Les étoiles dans le caniveau

Les étoiles dans le caniveau

Humeurs


L'obéissance au porc

Paris, novembre 2017

 

 

Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n’existent pas.

René Char (1907-1988) – La Parole en archipel (1962)

 

 

 

Il était déjà entendu que l’homme était un loup pour l’homme (1), mais voici que le bestiaire se complique : désormais, l’homme serait donc un porc pour la femme.

Partout, et c’est tant mieux, des femmes se dressent pour dénoncer viol, domination, machisme, agression dont elles sont victimes, réduites au rang d’objets des désirs et du pouvoir des mâles dominants.

En tant qu’homme, me voici contraint de prendre position pour ne pas passer pour complice de ces prédateurs.

Il faut absolument que j’ai un avis. Vite. C’est le sujet du moment…

Arrgh….Comment dire ? …

 

Je ne me sens pas concerné.

 

Je ne sais pas. Je n’ai jamais violé personne. Si si. Je vous assure. Jamais eu un geste déplacé, jamais tenté un bisou volé, jamais une main baladeuse. Même aujourd’hui, quand je caresse mon chat et que je sens que ça l’énerve, j’arrête. C’est vous dire !

A la maison, je balaie, j’aspire, je lave, je récure, je détache, je sèche, je repasse. Et d’ailleurs, quand je le dis, cela vous fait toujours sourire.

 

Mais bon, il y a des porcs parmi les hommes. Condamnons donc. Exigeons l’éradication du porc. Les porcs mis de côté, le reste du monde pourra enfin vivre dans une société apaisée.

Vous croyez vraiment ? Et si en réalité notre société était toute entière construite pour fabriquer, soutenir, voire idolâtrer tous ces porcs ? S’ils n’étaient, au fond, que le simple reflet de nos valeurs, la conséquence de notre idéologie ?

 

Tout d’abord, je me souviens de mes soirées, il y a longtemps….Les timides et les bons copains qui faisaient tapisserie. Les « agresseurs », « embrasseurs dans les coins », aux mobylettes rutilantes, qui repartaient accompagnés des plus belles, en ricanant. Oui, Mesdames : déjà, vous n’étiez pas toujours raisonnables.

 

Et encore aujourd’hui, quel est donc le modèle d’homme que notre société promeut ?

 

Prenons pour exemple, et au hasard, quatre des plus beaux spécimens de cette cohorte porcine récemment désignés à la vindicte populaire, du lourd, du premier choix :

 

Donald Trump: Homme d’affaire richissime, déclare en 2005: “When you’re a star, they let you do it. You can do anything… Grab them by the pussy. You can do anything ». (Quand vous êtes célèbre, elles vous laissent faire… Attrapez-les par la chatte… Vous pouvez tout vous permettre). Suspecté d’agressions sur plusieurs femmes avant son élection. En 2016, est élu président des États Unis d’Amérique... entre autre par 42% des femmes américaines.

Harvey Weinstein : Célèbre producteur Hollywoodien de films à succès. Surnommé l’homme aux soixante statuettes en raison du grand nombre de récompenses reçues par ces films. Soutien du camp démocrate aux États-Unis, de Bill Clinton à Barak Obama et Hillary Clinton. Chevalier de la légion d’honneur en France. A ce jour (et ce n’est pas fini) plus de 70 femmes l’accusent de harcèlement, agression sexuelle ou viol.

Roman Polanski : Célèbre réalisateur, producteur et scénariste de cinéma. Récompensé par un Oscar, trois Golden globes et une palme d’Or à Cannes. Accusé en 1977 de viol sur mineure, puis ensuite de quatre autres agressions sexuelles, toujours sur mineures.

Dominique Strauss -Kahn : Homme politique, ministre, maire de Sarcelles, puis député. Nommé directeur du Front Monétaire International. Suspecté d’emploi fictifs (MNEF, ELF…) Utilise son pouvoir à de multiples reprises auprès des femmes (affaire Myrta Merlino à la fin des années 1990, affaire Piroska Nagy en 2008, affaire Tristane Banon en 2011) Mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisé dans l’affaire du Carlton de Lille. Accusé d’agression sexuelle, tentative de viol, abus sexuel et séquestration sur une femme de chambre ( Nafissatou Diallo) de l’hôtel Sofitel de Manhattan.

 

Jolie brochette, non ?

 

Première constatation : tous ces hommes sont riches et possèdent, dans leur domaine respectif un pouvoir important. Ce sont des modèles de « réussite » pour cette société dans laquelle nous vivons : Trump et DSK ont été élus, plusieurs fois, et de façon démocratique. Polanski et Weinstein ont reçu, à plusieurs reprises, récompenses et reconnaissance de leurs pairs et du public.

Et qu’on ne me dise pas qu’on ne savait rien de leur côté sombre : il était connu de tous, et depuis fort longtemps. Notre société a donc choisi, reconnu, encensé comme représentant politique ou culturel des individus qu’elle savait être des agresseurs, en fermant les yeux et en se pinçant le nez.

 

Et puis oui, des dizaines de femmes ont porté plainte pour agression contre ces individus. Mais ces hommes avaient également du succès auprès de la gent féminine. En plus de très nombreuses maîtresses aux relations librement consenties, certaines choisissaient même de partager leur vie. Et pas n’importe lesquelles :

 

Donald Trump a 71 ans. Il est marié depuis 2005 à une jolie mannequin slovène,24 ans plus jeune que lui.

Harvey Weinstein a 65 ans. Il est marié depuis 2007 à une styliste et actrice, 24 ans plus jeune.

Roman Polanski a 84 ans. Il est marié depuis 1989 à une actrice française, 33 ans plus jeune.

Dominique Strauss –Kahn …. Son « explosion en vol » au Sofitel de New York a mis fin à son mariage avec Anne Sinclair, une brillante journaliste qui a partagé sa vie pendant 22 ans. Il vient de se remarier avec une jeune femme d’affaire franco-marocaine….19 ans plus jeune que lui. Convenons qu’elle pourra difficilement dire qu’elle ignorait le passé de son nouveau mari.

 

Ces femmes ont donc épousé des porcs, en pleine connaissance de cause, et ont vécu avec eux, pendant de nombreuses années. Bien évidemment, certaines tentent de prétendre aujourd’hui qu’elles ne savaient pas. Elles étaient les seules : la plupart ont entamé leur relation bien après les premières affaires dans lesquelles était impliqué leur petit cochon favori. Mais, fascinées par ce mélange de pouvoir et d’argent, elles préféraient en profiter plutôt que d’ouvrir les yeux… On peut même se demander si certaines n’étaient pas justement attirées par cette face sombre de leur conjoint.

 

Alors, si ces hommes sont des porcs, comment devons nous donc appeler ces femmes ? Des…

Non, ne comptez pas sur moi pour prononcer le mot. D’abord parce que je n’aime pas causer du tort à autrui. Et puis parce que, s’il faut choisir un nom, je préfèrerais alors les appeler des laies, version sauvage et femelle de notre porc. C’est moins… laid.

Mais peu importe le nom : elles existent. Ce sont celles qui trouveront toujours un riche quinquagénaire parisien au volant de son AUDI plus séduisant que Marcel, jeune agriculteur de la Haute Loire. Et croyez-moi, elles sont plus nombreuses que vous ne l’espérez.

 

Et nous tous, petits porcelets, aux indignations feintes ? N’est ce pas nous qui avons élu Donald Trump, voté Dominique Strauss Kahn, applaudi aux films de Polanski ? N’est ce pas nous qui avons contribué à donner encore plus de pouvoir, qui avons consacré et enrichi ces hommes dont nous avons voulu ignorer le côté sombre ? N’est ce pas nous qui vouons un culte maladif à la réussite, en admiration béate devant des petits winners chefs de rayon ou directeurs des ventes qui pourront ensuite librement coincer l’employée non consentante au détour d’un bureau?

 

Nous édifions chaque jour une société pire que la pire des meutes, ou seuls les mâles dominants peuvent se nourrir et choisir leur femelle et une bonne partie de notre société, hommes et femmes confondus, est fascinée par ces monstres que nous faisons semblant de découvrir aujourd’hui.

 

Nous portons aux nues le pouvoir et l’argent, nous faisons un modèle de ces gagnants aux mâchoires d’acier et nous nous étonnons de leur comportement ?

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes…(2)

 

Si le porc existe, c’est bien que nous lui avons donné toute sa place au sein de notre monde.

 

Mais rassurez-vous, Mesdames. Nous, hommes « normaux », nous resterons là, à vos côtés. On ne vous agressera jamais. On vous respecte. On se lèvera si on vous embête dans le métro. S’il le faut, on cherchera un contrôleur ou un policier. On dira aussi à notre copain bourré d’arrêter d’être lourd. On lui dira même le poing fermé, s’il le faut.

On vous ramènera jusqu’à la porte de votre immeuble si vous avez peur et que vous le demandez. On portera vos valises. On vous ouvrira les portes.

On ira chercher pour vous la boîte de biscottes sur l’étagère tout en haut au supermarché. Et tout cela pour rien.

 

Vous ne risquez rien : nous sommes les gentils. Mais si, vous savez ? Ceux dont vous ricanez…

 

 

 

 

(1)    Plaute, Pline l’ancien, Érasme, Montaigne, Thomas Hobbes…. Je ne sais plus, en fait !

(2)    Bossuet

 


10/11/2017
2 Poster un commentaire

Au bénéfice du doute

Paris, octobre 2017

 

 

 

 

Bonjour, vous avez cinq minutes ? C’est pour un sondage …

 

Question Politique :

Choix n°1 : faites vous partie des libéraux jeunes et modernes, ni de droite ni de gauche, qui veulent ancrer la France dans le monde compétiteur de la libre entreprise et du commerce ouvert ou

Choix n°2 : Êtes-vous de ces conservateurs frileux accrochés au vieux monde qui se meurt, à ses modèles surannés du siècle dernier et figés dans un immobilisme qui nous entraine inéluctablement vers l’abîme?

Et faisant donc par là-même le jeu du Front National…

 

Question sociétale : la PMA :

Choix n°1 : êtes vous sympathisant inconditionnel des fiertés homosexuelles, ouvert à tous modes de parentalité par souci d’égalité, partisan du droit inaliénable de chacun à avoir un enfant quelle que soit les conditions ou

Choix n°2 : un homophobe fasciste réactionnaire catholique traditionnaliste ?

Et faisant donc par là-même le jeu du Front National…

 

Question Écologie : en ce qui concerne les plans circulation a Paris, êtes vous plutôt

Choix n°1 : en faveur de déplacement alternatifs doux,  écologiques et démocratiques, participatifs et populaires dans des pistes cyclables de 4 mètres de large, avec éradication totale à court terme des véhicules à moteur, ou

Choix n°2 : êtes vous un représentant agressif de ces primates écumants au volant de 4x4 aux chromes rutilants, immondes émetteurs inconscients de fumées aux particules à la micrométrie variable et aux gaz azotés diversement oxydés, le tout pour aller chercher le pain à 100m de votre domicile ?

Et faisant donc par là-même le jeu du Front National… Mieux : faisant partie des « fachos», «réacs» « néo-réacs »et «gros machos», selon la terminologie officielle de la maire de Paris Anne Hidalgo (1)

 

 

Fin du sondage

 

Oui, je sais, le choix est difficile ! Mais ainsi va le monde en ce début de 21ème siècle. Il faut des avis tranchés sur tout.

 

Il faut surtout des avis tranchés ; en tous points, il va vous falloir choisir votre camp. Une seule pensée, forcément dynamique, ouverte, progressiste  et surtout MODERNE est possible sans faire de vagues : être un thuriféraire béat du libéralisme, gay friendly, pro PMA … et cycliste.

Toute pensée différente devient compliquée, car contrairement à ce que voudraient faire croire certains, la pensée n’a jamais été aussi peu complexe.

Et je l’avoue (honte sur moi et sur ceux de mon espèce), si je devais répondre aux questions du sondage précédent, je laisserais très probablement toujours une place pour le doute. Car oui, comme le disait Pierre Desproges : le doute m’habite !

 

Mais sachez-le, il n’y a plus de place céans pour la nuance : si, aux questions précédentes, vous commencez par répondre avec un sourire gêné: « … Écoutez, c’est un peu plus compliqué que cela… », Vous passerez immédiatement dans la deuxième catégorie, celle, honnie, des conservateurs réactionnaires.

 

Tordons donc tout de suite le cou à cette épithète infamante de conservateur. Être conservateur, c’est vouloir « conserver » un modèle, une situation ou une politique, en partant du principe qu’une évolution n’est pas nécessairement positive. Se battre pour conserver notre modèle social, la laïcité ou une éducation publique et gratuite pour tous, c’est être conservateur. Être résistant dans les années 40, c’était être conservateur du modèle démocratique contre la dictature nazie. Conservateur ou progressiste ? Tout dépend du sujet. Et c’est la même chose pour réactionnaire. Il est salutaire de réagir, parfois…

 

Par ailleurs, vous pensez probablement sottement que certains sujets sur lesquels on vous demande votre avis dépassent largement vos domaines de compétence et rendent donc difficile l’émission d’un avis sensé ? Erreur ! Vous êtes priés d’avoir un avis sur tout, de l’interdiction du glyphosate à la vaccination obligatoire en passant par l’indépendance du Kurdistan Irakien.

 

 

separateur-texte.gif

 

 

 

Et si, chaque fois que notre avis était sollicité, on cherchait plutôt en nous, loin des réactions épidermiques de chapelle politique ou morale, une opinion authentique ? La méthode parait simple :

 

On se pose. On évite d’abord les raccourcis de pensée. On réfléchit. A la proposition inverse. Aux conséquences de chacune des propositions. On lit. On écoute à nouveau les contradicteurs et on essaie de les comprendre tous. Et on conclut.

Et pourquoi ne pas conclure parfois sur l’impossibilité de conclure ?« Je ne sais pas » n’est pas un gros mot, et j’adorais ce mot qui ouvrait tant de voies d’investigations possibles et prometteuses à l’issue de nos réunions de laboratoire, jadis... Je ne sais pas. Mais je vais chercher. Je vais continuer à lire, à discuter, a expérimenter, …Et je trouverai. Ou pas.

 

Et si le doute subsiste a l’issue de la réflexion, alors, mieux vaut suspendre son jugement, comme le préconisaient les sceptiques.

 

Car on l’a oublié, mais il a existé une école sceptique : A l’origine contemporaine de l’épicurisme et du stoïcisme, elle a connu au cours des âges un certain succès, jusqu'à ce que l’homme moderne, grisé par la science qui devait tout expliquer et tout rationaliser, ne se retranche derrière son mur de certitudes, terrorisé à l’idée de douter dans un monde sans dieu.

 

Fondée à l’origine par Pyrrhon d’Elis, à la fin du IVème siècle avant Jésus-Christ (on parle depuis du doute Pyrrhonien), cette philosophie ne refuse pas systématiquement de trancher. Elle cherche, en se méfiant d’abord de la connaissance par nos sens. Nos perceptions ne sont que des phénomènes, c'est-à-dire des interactions entre l’objet observé et l’observateur, donc des représentations. Selon qu’un homme est jeune ou vieux, en bonne santé ou malade, en mouvement ou au repos… mais aussi selon le lieu, la position de l’objet, sa distance…selon les coutumes, les lois, les croyances…l’opinion formée sur l’objet sera différente. Et lorsque Platon en déduit qu’on ne peut donc connaitre que par les Idées, Pyrrhon lui en conclut qu’on ne peut pas connaitre du tout. (2)

Il n’y a sans doute pas de vérité absolue.

 

Il s’agit donc d’une philosophie de l’incertitude, et l’incertitude fait peur. Pourtant, il ne s’agit toujours que de parvenir à l’ataraxie, cette tranquillité de l’âme chère également aux stoïciens ou aux épicuriens : « Il sera donc sans opinion, sans penchant, sans vaine agitation d’esprit… la suspension du jugement conduit enfin à se taire»(3) : Et cette suspension du jugement, c’est ce qu’on appelle « l’épochè »…

 

(Hein ? Non … aucun rapport avec l’œuf poché. D’abord, ce n’est pas très bon, les œufs pochés, surtout avec des épinards... Parce que ma mère, elle faisait toujours des œufs pochés avec des épinards. Beurk ! C’était pas bon. Non. C’est pas bon les œufs pochés. A part peut-être s’ils sont cuisinés « en meurette », et encore avec la recette de Bernard Loiseau (4), qui…)

 

 Mais je crains que nous nous égarions. Non, l’épochè est un mot grec (ἐποχή / epokhế) qui signifie «arrêt, interruption, cessation ».  Cette suspension " est l'état de la pensée où nous ne nions ni n'affirmons rien…. c'est la tranquillité et la sérénité de l'âme" (5)

 

Ne rien nier, ne rien affirmer... Par delà le bien et le mal comme le dira Nietzsche un peu plus de 2000 ans plus tard, mais comme le disait déjà les philosophes grecs :

« Par nature, il n’y a ni bien ni mal. En effet, s’il y a quelque chose de bon et de mauvais par nature, il faut qu’il soit bon ou mauvais pour tout le monde, comme la neige qui est froide pour tout le monde …ce qui est jugé bon par l’un, comme le plaisir par Épicure, est jugé mauvais par l’autre, comme le même plaisir par Antisthène ; il arrivera donc que la même chose sera bonne et mauvaise. Mais si nous ne disons pas bon tout ce qui est jugé tel par tel ou tel, il nous faudra discriminer les opinions, ce qui n’est pas possible, à cause de la force égale des arguments. Il est donc impossible de savoir ce qui est bon par nature (6)

 

La force égale des arguments… Évidemment, nous pensons que nos arguments sont meilleurs, plus forts, plus intelligents, plus construits. Et pourtant :

 

« J’ai toujours prétendu pouvoir me mettre objectivement dans la situation de tout ce qui me fut antagoniste, et de ce fait, je n’ai jamais pu lutter contre ce qui s’opposait à moi, car je comprenais que la conception correspondante ne pouvait qu’équilibrer la mienne pour qui n’avait aucune raison subjective d’en préférer l’une ou l’autre »(7)

 

Nos opinions sont bien souvent de simples réflexes liés à notre morale, notre religion, notre culture, notre niveau social, notre éducation…. Combien sont construites sur la base d’une vraie réflexion ? Pourrions-nous penser autrement ?

« Ne fût-ce que par hygiène mentale, prendre clairement conscience de l’accidentel de nos goûts, de nos opinions, de nos croyances et de nos incroyances » (8)

 separateur-texte.gif

Avant de choisir sa meute, ou l’on hurlera avec les loups contre d’autres loups, suspendons donc d’abord notre jugement et pensons par nous-mêmes. Ou même ne pensons rien !

Et si cette suspension de jugement n’est pas définitive, qu’elle soit au moins suffisamment longue et honnête pour comprendre et respecter les avis contraires.

 

Il existe tant de psychorigides de par le monde… Et si nous devenions psychoplastiques ?

 

 

 

 

Bibliographie

 

  1. http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2017/09/07/25001-20170907ARTFIG00114-fachos-reacs-et-gros-machos-anne-hidalgo-replique-a-ses-detracteurs.php
  2.  http://sos.philosophie.free.fr/sceptiqu.php
  3. Léon Robin : La pensée grecque
  4.  http://madame.lefigaro.fr/recettes/oeufs-meurette-de-bernard-loiseau-210501-199943
  5. Sextus Empiricus : Hypotyposes pyrrhoniennes, I, 10
  6. Diogène Laërce : Vie et Doctrines des philosophes illustres Livre IX Pyrrhon 101
  7. Boris Vian : L’herbe rouge
  8. Jean Rostand : Carnet d’un biologiste

 

 

 


06/10/2017
4 Poster un commentaire

Sois sage, ô ma douleur...

Que faire de la douleur ?

 

L’accepter ? La combattre ? La mépriser ? L’ignorer ? Rien de tout cela n’est digne de cette compagne obligée de notre vie, de ce pendant sombre au bonheur.

 

  • L’accepter, c’est être comme le mouton sacrificiel. On ne peut pas accepter d’être jeté à bas ainsi sans réagir. On ne peut pas la laisser gagner. L’accepter, c’est mourir
  • La combattre, c’est vouloir être David contre Goliath, c’est vouloir remonter le fleuve tumultueux au risque de l’épuisement. C’est un combat perdu
  • La mépriser, c’est jouer à mains nues avec une bête féroce. La Douleur se venge de n’être pas considérée, d’être ainsi rabaissée. Elle tient à son statut, Elle veut pouvoir poser sur notre tête ses griffes noires et y régner en maître .La mépriser, c’est croire qu’on peut être plus fort
  • L’ignorer ? Elle en rit, la gueuse!… elle sait qu’elle prend le contrôle de nos sens, elle sait qu’elle est inoubliable, même un court instant. Elle est debout sur notre corps, aussi évidente que l’air qu’on respire ou que la lumière..

 

Alors ? Il faut l’apprivoiser, comme un animal dangereux que l’on veut voir partir. Se rendre à son évidence. Elle est là et nous domine. Elle nous prend. Elle devient nous.

Courber la tête. Sentir son souffle. C’est elle la plus forte quand elle est là. Mais elle partira. Dans cinq minutes, dans une heure, dans un mois. Elle partira. Elle perdra forcément.

Elle aura fait pleurer nos yeux, elle nous aura jeté à terre en gémissant… mais elle partira, à regret, en reculant, en revenant parfois…mais elle partira.

 

Et ensuite, telle la campagne après l’orage, la vie après la douleur, qui ruisselle comme une douche tiède.

L’absence de douleur est un Bonheur.


11/09/2017
0 Poster un commentaire

Signe particulier : Néant

A l'ouest, Août 2017

 

 

 

Préambule : ce billet d’humeur contient de vrais morceaux de mots compliqués et de citations culturelles. Tout d’abord parce cette oisiveté émolliente dans laquelle vous vous complûtes durant cet été commence à bien faire et qu’il est temps désormais de faire chauffer vos neurones : les vacances sont finies.

Et ensuite parce que, je vous le rappelle, la culture est la seule chose susceptible de donner enfin un sens à nos mornes existences de cloportes.

 

 separateur-texte.gif

 

 

Un obscur financier d’outre-Atlantique a décidé, il y a déjà une paire d’années, de mettre un terme au contrat synallagmatique qui nous liait depuis bien longtemps. Et paf, dès le début, un mot compliqué. Qu’est ce que vous croyez ? A vos dictionnaires (1)

Ce contrat de travail aux engagements réciproques consistait de ma part à me lever (presque) tous les jours que Dieu faisait aux aurores, voire souvent à parcourir une partie de ce si joli monde en aéronef, afin d’assurer la bonne utilisation par leurs heureux propriétaires d’appareils compliqués que mon employeur faisait profession de commercialiser dans l’espoir, en général récompensé, de remplir ses poches d’espèces sonnantes et trébuchantes et de préférence en dollars.

 

De son côté, il s’engageait à me verser chaque mois quelque menue monnaie qui me permettait au choix soit de remplir mon réfrigérateur de denrées diverses ou bien de revêtir de quelques oripeaux coûteux et bien taillés ce corps de rêve qui, comme chacun sait, faisait déjà mon succès dans les maternelles de Loire-Atlantique.

 

Bref, j’ai été viré de mon boulot. Oui, ça veut dire la même chose, mais avouez que c’est tout de même moins classe.

 

Depuis ce jour, je ne fais plus rien. Oh, Entendons-nous ! Je continue à regarder pousser mes plantes vertes, à caresser le chat ou à noircir quelques feuilles blanches comme celle-ci de réflexions puissantes sur le sens de la vie ou de récits désopilants sur les amours contrariées de la punaise de lit Cimex lectularius. (2)

Il m’arrive même parfois, bravant tous les dangers, de pousser la porte qui me sépare de ce monde hostile pour vaquer à quelques occupations extérieures, dans notre capitale enfumée ou sur les riants rivages de la côte Atlantique « qui m’a vu naître et que mon cœur adore », comme disait (à l’acte IV, scène V) Camille, la sœur d'Horace, sombre héros tragique et néanmoins éponyme de la pièce du grand Corneille. Re-paf, encore un peu de culture.

 

Mais je ne fais plus rien au sens ou l’entendent la plupart de mes congénères. Ma soudaine inactivité forcée ne m’a pas jeté sur les chemins cahoteux de l’inscription aux cours de gym, aux stages d’œnologie ayurvédique ou de self défense option karaté/zumba.

Pas non plus de garde obligatoire de petits enfants putatifs qui viendrait me casser les tympans et les génitoires en tentant de refaire la décoration de mon modeste logis à coups de ballon de foot.

 

Non, je ne fais rien… J’écoute pousser mes cheveux, comme le disait le grand Jacques (3). Ou pour rester dans le style des grands-chanteurs-disparus-qui-nous-manquent-comme-c’est-pas-possible, «Je vis à l'écart de la place publique, serein, contemplatif, ténébreux, bucolique »(4).

Et donc, ce faisant (c'est-à-dire ne faisant rien), je m’installe mine de rien dans une position hautement philosophique en faisant face au néant.

Ne riez pas. Lisez plutôt les dictionnaires :

 

Farniente : Douce oisiveté, état d'heureuse inaction. Étymologie : Mot italien signifiant proprement « ne rien faire », composé de fare (faire) et niente (néant) (5)

Fainéant : Personne qui ne veut rien faire. Personne qui n'a rien (ou peu de choses) à faire.

Étymologie : Altération populaire d'après la forme verbale fait (faire) et néant, de feignant : part. prés. adj. de feindre au sens de « se dérober, rester inactif » (5)

 

Voici donc ce qui jette la plupart de mes interlocuteurs dans des abîmes d’incompréhension :

« Non ? Mais vraiment…Tu ne fais rien ? Tu n’as pas peur de t’ennuyer ? Il  faut absolument que tu restes actif pour te maintenir… » (ce dernier commandement ayant ma préférence : n’ayant pour ma part aucunement l’impression de m’écrouler sur moi-même comme une vieille serpillière humide, cette obligation absolue d’activité me fait irrémédiablement penser au lapin de la publicité Duracell ). Et je ne suis pas un lapin.

 

L’éventualité de ne rien faire semble rejoindre chez mes contemporains la liste des grandes angoisses existentielles que sont la panne de LiveBox un soir de finale de coupe du Monde de foot ou la non-commercialisation de l’Iphone 7 Plus en finition gris sidéral. Et on ne m’ôtera pas de l’idée que cette terreur est liée au néant susmentionné : sinon, pourquoi cette insistance grotesque à vouloir à tout prix que je peuple mes journées d’activités fébriles ?

 

Le grand Rien semble donc vous faire peur ? Rassurez-vous : on peut toujours tenter de s’en tirer comme Parménide, qui disait que « le néant n’est pas, donc il n’est rien ».

Mais (en vérité) je vous le dis : ce n’est pas en niant le néant, ni en s’ingéniant à être casanier, ou dans tous les cas à nier le néant qu’il naît en nous une envie…néanmoins. Il faut qu’on ait envie de vie, sinon le néant vit. (Oui, ça me fait rire).

 

« Il faut regarder le néant en face pour pouvoir en triompher », disait le poète (6). Et ne rien faire, quelle belle activité, finalement… comme une nouvelle vie… : « Dans ce genre de vie t'attendent l'amour des vertus et leur pratique, l'oubli des passions, la connaissance de la vie et de la mort, et l'altière paix des choses » (7).

 

Et donc ….Vive rien puisque c'est la seule chose qui existe! (8)

 

 

 Bibliographie

 

 

  1. Allez, je suis sympa : Synallagmatique : [En parlant d'un contrat, d'une convention; par opposition à unilatéral] Dans lequel chaque partie s'oblige vis-à-vis de l'autre. Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose (...). Le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les contractants s'obligent réciproquement les uns envers les autres (Code civil, 1804, art. 1101-1102, p. 200).
  2. Voir : Vagabondages hétéroptériques : http://les-etoiles-dans-le-caniveau.blog4ever.com/vagabondage-heteropterique
  3. Jacques Brel : Les bonbons 67
  4. Georges Brassens : Les trompettes de la renommée
  5. Toutes les définitions sont empruntées à l’indispensable CNRTL, ou Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales : www.cnrtl.fr
  6. Louis Aragon : Les poètes
  7. Sénèque : De la brièveté de la vie
  8. Albert Camus : L'Etat de siège

 

 


24/08/2017
5 Poster un commentaire

Parole d'homme blanc

Paris, juin 2017

 

 

Allez, c’est décidé je fais mon coming-out ... je vais tout vous dire, même si c’est difficile, même s’il m’en coûte : j’avoue…

Oui, je suis un homme blanc.

Si si, je vous assure, j’ai vérifié. Et tout petit, déjà, si j’en crois les photos de ma prime enfance ou, nu sur une  peau de chèvre….

 

Bon j’arrête, j’excite tout le monde…

 

Même si le constat m’accable, il n’y a aucun doute possible. Je dois me rendre à l’évidente navrance de ma mâlitude blanche, ou de ma blanchitude mâle, comme vous voudrez…

 J’ai un chromosome en plus (le Y) et une protéine en moins (la mélanine)… Je suis un mâle blanc, vous dis-je. J’ai tout essayé pour quitter ce groupe, mais rien à faire. Mon corps, cette carcasse honnie, s’obstine stupidement à fabriquer de la testostérone et à prendre des coups de soleil, même en Bretagne au mois de juin.

 

Et ce n’est pas fini. Il me faut ici poursuivre mon examen de conscience et finir mes aveux devant vous. J’ai été élevé dans la religion catholique (apostolique et romaine), au sein d’une famille ni pauvre, ni riche, en province.

Je me rends bien compte du misérabilisme absolu de tout mon être. Homme, blanc, catholique, « bourgeois » et provincial…

 

Selon une ligne de pensée à la mode un peu partout actuellement, me voici donc de facto définitivement disqualifié pour parler des grands sujets de ce monde qui sont, dans l’ordre, le Sexisme, le Racisme,  les Problèmes sociaux, la Place de l’Islam dans la société et la Fermeture des voies sur berges à Paris.

 

Parce qu’un nouveau courant de pensée est né en ces temps troublés : pour élaborer une opinion qui puisse être considérée comme avisée sur un sujet quelconque, il faut nécessairement avoir vécu ce quelque chose dans sa chair.

Je m’explique : seules les femmes peuvent parler de féminisme, les noirs de racisme et les musulmans de l’islam, par exemple.

N’étant ni femme, ni noir… mes opinions sur le féminisme ou le racisme sont suspectes. Plus que suspectes même, elles sont forcément erronées : je pense en mâle dominant blanc, inéluctablement. Beurk.

A moi donc les sujets de vrais mâles blancs: foot (duel Monaco/PSG),  bagnole (duel Porsche Panamera / Maserati Granturismo) ou culture (duel Nabilla / Kim Kardashian). Là se limite mon domaine d’expertise…

 

Me voici marqué au fer rouge….et ces marques s’accumulent les unes sur les autres pour me ranger dans ma petite boîte : toute opinion émise, toute idée formulée  est aussitôt repoussée d’un « ah, toi, tu es bien un……un mec, un blanc, un catho, un bourgeois (pour les prolos) , un prolo (pour les bourgeois), un capricorne, un breton (pour les parisiens), un parisien (pour les bretons), un gauchiste (pour les gens de droite), un facho (pour une certaine gauche)…

 

Peu importe mon athéisme farouche… Je suis né catho blanc, je pense donc comme un catho blanc et suis donc responsable (en bloc) de la quatrième croisade (et donc de la prise de Constantinople subséquente), de l’inquisition et du massacre des Templiers, des guerres coloniales, du malaise des banlieues et des mauvaises ventes du dernier single du rappeur Abd al Malik. Que la honte soit sur moi jusqu’à la treizième génération de ma race, ceci dit pour rester dans l’esprit Templier !

 

Dire que je pense ce que je pense PARCE QUE je suis homme ou blanc, c’est de l’essentialisme. Une vieille théorie qui « estime que l'innéité biologique prévaut dans le comportement d'un individu sur les acquisitions ultérieures qu'il a adoptées ou construites »(1).

A cette théorie, s’oppose l’existentialisme de Sartre, qu’il nous faudrait bien relire aujourd’hui (2) : « L'existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité-humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait »

 

Exprimé de manière encore plus simple, l’existentialisme est résumé en une phrase par Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme. On le devient »(3).

Etre femme n’est pas un préambule (au sens de pre-ambulus, qui marche devant, qui précède), mais le résultat d’une exploration, d’un voyage, d’une découverte qui passe par la découverte de l’autre. Phrase que devraient méditer quelques féministes adeptes de non-mixité (de genre ou de couleur) et farouches contemptrices de blanchitude.

 

On ne naît pas homme non plus. On le devient. C’est Erasme qui l’avait dit, bien avant Simone, qui n’avait fait en réalité que lui piquer l’idée : « at homines, mihi crede, non nascuntur, sed finguntur » (Pour ce qui est des hommes, à mon avis, ils ne naissent pas hommes, ils sont façonnés comme tels.) (4)

 

Alors oui, on sait maintenant que tout n’est pas si simple. Que l’inné et l’acquis, que la psychologie, la génétique et même désormais l’epigénétique se mélangent pour venir  compliquer tout cela… mais n’oublions quand-même jamais Sartre : « Nous sommes condamnés à être libre ».

 

Et donc si, au lieu de se demander « qui » parle, on se demandait plutôt « d’où » on parle ?…

 

Je suis né homme blanc. Mes voyages, mes rencontres, mes réussites, mes échecs…m’ont tour à tour rendu un peu plus noir, un peu plus femme, un peu plus africain, un peu plus juif, un peu plus pauvre, un peu plus athée…Je pense parfois en vieille femme africaine, ou en enfant juif … L’existence précède l’essence, disait Sartre.

 

On ne peut plus me réduire à mon phénotype (4)

 

Une pensée provient nécessairement d’un corps. La disqualifier (ou la qualifier) a priori,  parce que ce corps est blanc, ou noir, ou mâle, ou pauvre, … est un rétrécissement de l’esprit et la base de tous les replis sur soi, de tous les racismes et de toutes les intolérances.

 

Désolé, mais une pensée complexe, élaborée dans ce que je crois être un néocortex en état de marche, ne sera jamais réductible à un gène perdu de mon ADN.

 

Je ne pense pas avec ma mélanine (5).

 

 

 

 Bibliographie

 

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Essentialisme
  2. Jean-Paul Sartre  - L'existentialisme est un humanisme – Poche Folio
  3. Simone de Beauvoir – Le deuxième sexe – Tome II
  4. Érasme - De pueris instituendis (1528) 
  5. Ensemble des caractères observables, apparents, d'un individu
  6. @Doctor_Mouse : « Des millénaires de civilisation pour penser avec sa mélanine. L’Histoire est une poubelle de crânes vides »

25/06/2017
10 Poster un commentaire

La java des mandibules

 

Paris, juin 2017

 

 

Je vais vous faire une confidence : j’aime faire à manger. Oui. « A manger »

 

Oh, j’entends déjà les ayatollahs de la calorie, les snobs de la papille, les délicats du palais. On ne dit pas « manger », voyons ! On déjeune, on dîne, on soupe, on goûte, on déguste, on picore, on chipote… on brunch, cet hybride entre le breakfast et le lunch …(une excuse pour boire du mauvais vin bio au petit-déjeuner, en fait…)

On apériritive-dinatoire même… Mais on ne mange pas. Manger, c’est sale.

 

Etymologiquement, c’est le « manducare » qui évoque le mouvement des mandibules, des mâchoires. Une activité animale. Beurk.

Cela avait même gravement indisposé Pétrone, le poète latin du premier siècle après Jésus-Christ, qui remplaçait déjà d’ailleurs ce « manducare » forcément populaire par le plus élégant « comedere »..

Les Italiens ont gardé « mangiare », les Espagnols « comer ». Nous, nous avons conservé manger, mais nous semblons le regretter chaque jour. Seuls les pauvres mangent. Les riches, eux, se sustentent, voire se restaurent.

 

Les esthètes dévots (pardon) de la nouvelle cuisine n’aiment pas manger, tel Franck, le cuisinier virevoltant joué par Victor Lanoux dans « Le bal des casse-pieds » d’Yves Robert :

….Franck, ami que seule la jalousie m'autorise à chambrer, était un Cuisinier Gentilhomme : Il offrait à sa cuisine le plus beau des ustensiles : le langage « Ici l'on braise, on blanchit, on blondit, on écume, on affriande, on écorche, on découenne, on escalopine… On ne presse pas un citron, on l'exprime… »

 

Evidemment, pas question ici de pot au feu, de bœuf bourguignon, de blanquette de veau ou de garbure fermière… il nous faut des tartares de légumes, des espumas de tomate, des smoothies et des muffins ou des pâtisseries véganes sans gluten et sans sucre…

 

Faire à manger, c’est donner. Des sensations, du plaisir. De l’amour. C’est incompatible avec le calcul, la mesure, le petit peu, l’étriqué. Il n’y a pas de normes, de règles ou de lois. Même si je préfère un Madiran 2005 avec mon tournedos aux morilles, libre à toi de préférer un Coca ou un jus d’orange, si tu le choisis en connaissance de cause et en accord avec tes papilles (mais goûte quand-même le Madiran d’abord !). La cuisine est férocement généreuse, tolérante, ouverte sur les autres cultures. On traverse le monde en mangeant, et tous les pays y sont beaux. Les religions s’y mélangent. Le goût n’a pas de race, pas de couleur

 

Oui, le vin blanc est bon avec le fromage. Oui, le rouge se marie aussi avec le foie gras. Ose ! Goûte ! Essaie ! Rien n’est interdit. Ici comme ailleurs, les églises sont à renverser. Une seule règle : Cela te plait ? Alors, c’est réussi.

 

Et non, il ne faut pas nécessairement dépenser plusieurs mois de salaires dans l’achat de matériel compliqué que le marché nous vante : blenders, hachoirs, robot pâtissier ou multifonction, robot cuiseur même, Magimix, machine à pain, centrifugeuse, crêpière, extracteur de jus, presse agrumes, émulsionneur… Un mauvais photographe a forcement besoin du dernier appareil à la mode. On peut réaliser des petits miracles avec une poêle, une batterie de casseroles et un mauvais four.

 

Faire à manger, ce n’est pas compliqué. C’est ce que les cuistres de cuisine ont voulu te faire croire. Il suffit de vouloir et d’aimer. Tout le monde peut réussir une soupe aux légumes, excellente si les légumes sont bons …et un bon vieux mixer, voir un simple presse-purée suffit. Avec une grille fine.

Et une pointe de crème fraiche.

 

Alors… On mange ?


12/06/2017
2 Poster un commentaire

Comme une rage dedans

Paris, avril 2017

 

 

Mais moi,

La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête…

 Edmond Rostand - Cyrano de Bergerac Acte II scène VIII

 

 

Il est digne en cette après-midi, dans la cour des Invalides à Paris. Il est debout. On le devine immensément triste. Son compagnon a été tué de deux balles dans la tête par un illuminé. Sans raison. Deux morceaux de métal qui massacrent à jamais le visage de l’être aimé. L’absence. L’angoisse. L’inconcevable .Le vide…

 

Et puis soudain, la phrase. « Vous n’aurez pas ma haine ». Cette phrase déjà prononcée par un père a qui on avait enlevé son enfant de la même manière, quelques mois auparavant. Cette phrase qui vient elle-même après les « Nous n’avons pas peur », incantations dérisoires après les attentats de Paris, de Nice, de Londres, de Tunis, de …..

 

Je sais peu la psychanalyse… Sans doute cette phrase est-elle un moyen pour le malheureux de sublimer sa douleur, de ne pas tomber à terre. Alors, elle est respectable.

 

Mais je ne peux m’empêcher de me poser des questions : des fous terroristes tirent à l’arme automatique sur vos enfants, vos frères, vos sœurs, vos amours et vous n’avez ni peur, ni haine ? Mais de quel bois êtes-vous donc faits ?

 

Moi, j’ai de la haine et de la peur…vous pouvez même y ajouter de la révolte, de la colère et de la rage. Mais où sont passés notre fougue, nos coup de sang, nos échauffements de bile… ?

 

Parce que nous ne sommes pas des purs esprits…

 

separateur-texte.gif

 

 

Au commencement était la brute.

Que ce soit pour manger ou pour argumenter lors d’un léger désaccord d’ordre relationnel, le Néandertalien ou l’Homo Sapiens moyen ne connaissait qu’une technique : « Assommer bisons, aurochs et bonne fortune »(1). Il ne dédaignait ni le viol, ni le meurtre, ni même l’anthropophagie (2) et la massue restait la première réponse à quiconque mettait en péril la survie de l’individu ou la conquête de l’être aimé.

Et puis la civilisation est venue…et principalement Saint Paul, par qui, juste après Jésus-Christ, tout a commencé.

La doctrine paulinienne a voulut extirper de l’homme forcément imparfait toute émotion, quelle qu’elle soit : « On les connaît, les œuvres de la chair: libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuveries, ripailles et autres choses semblables ; leurs auteurs, je vous en préviens, comme je l’ai déjà dit, n’hériteront pas du Royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n’y a pas de loi.

Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. (3)

 

Crucifier la chair… La dompter au point de la rendre inexistante, et avec elle, toute émotion qui en résulte.

 

Pas de sexe, pas de haine, pas de jalousie, pas de discorde... L’homme devient une créature affranchie de ses hormones et de ses liquides biologiques, son corps est un tabernacle à maintenir indemne pour l’existence d’une âme propre. «Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ?»(4)

 

La rage et la colère sont suspectes. Le corps est suspect. Tout ce qui le compose est suspect : la chair, le sang, la bile, la sueur, la salive, … les odeurs, les désirs…tous suspects, vous dis-je.

 

Bien évidemment, Saint-Paul est mort et sa doctrine ne se porte plus très bien. Mais elle nous a marqués à jamais.

 

 

separateur-texte.gif

 

 

Et puis est venu la science, et avec elle, nos trois blessures narcissiques, qui, selon Freud, ont « infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité de graves démentis »(5)

 

Par Copernic, tout d’abord qui nous montra que « La terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur »(5). Nous n’étions pas le centre de l’univers.

 

Par Darwin ensuite qui supprima à l’homme sa « place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale »(5). Pour Darwin, nous avions un corps, et il était animal.

 

La dernière blessure fut infligée par Freud lui-même dont les travaux allaient « montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. »(5). L’essentiel de nos vies était hors de notre contrôle.

 

Nietzche est ensuite venu porter le coup final : « Ma formule pour ce qu'il y a de grand dans l'homme est amor fati : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni dans les siècles des siècles. Ne pas se contenter de supporter l'inéluctable, et encore moins se le dissimuler - tout idéalisme est une manière de se mentir devant l'inéluctable -, mais l’aimer.»(6)

Dieu est mort, il n’y a aucun arrière-monde. Et il ne s’agit pas de se résigner tristement à ce destin, de le supporter ou de d’endurer. Il nous faut le choisir, le construire, puis le vouloir, l’aimer de toutes ses forces même, lui dire oui .Il nous faut acquiescer. Amor fati… Aime ton destin !!

 

Seuls dans un univers sans limite, animal parmi les animaux, soumis à un inconscient tout-puissant et dans l’obligation de créer et d’aimer notre destin tragique … Tout cela était insupportable. La science avait fait l’homme libre, mais terriblement seul et Nietzche voulait en plus qu’on y acquiesce ?!! … C’en était trop ….

 

Il faut être fort pour être seul. Alors, nous sommes repartis vers l’éther paulinien désincarné…

 

Nous devons à tout prix reprendre le contrôle de l’animal qui sommeille en nous en tentant d’oublier notre matérialité. Dans les publicités pour les serviettes hygiéniques, le sang n’est plus rouge, mais bleu. Nous chassons le poil, la sueur et les secrétions diverses. Le végétarisme éloigne toute chair de notre vue. Tuer un lapin fait aujourd’hui de vous un criminel contre l’humanité. Même la mort n’existe plus…

Nos congénères s’en vont, seuls, dans une lointaine chambre d’hôpital. C’est à peine si on les voit quelques instants sur leur dernier lit, et puis nous les dématérialiserons encore un peu plus par une crémation au son du Requiem de Mozart…

 

Pour l’homme, la nature n’est plus que le paradis des légumes bios ou des gentils zanimaux. Exit le bourbier violent ou les bêtes se déchirent et se mangent pour survivre. Le simple et évident tragique de la réalité nous est insupportable.

 

Bien sûr, nous avons encore un corps. Mais une nouvelle ascèse nous ordonne de le maintenir mince, jeune, svelte. … désincarné. Plus de graisse, plus de sucre, plus de gluten, plus d’alcool….

 

En position du lotus, zen devant notre salade au Tofu et notre verre d’eau tiède, nous n’avons plus ni colère, ni haine.

 

Rabelais et Brillat-Savarin ont disparu… Seul subsiste Saint Paul, aujourd’hui déguisé en Dalaï Lama.

 

Plus de poings fermés et de cris face au ciel. Plus de genoux qui ploient sous la colère et la haine, plus de rage … plus de hurlements.

Nous désodorisons tout : nos intérieurs, nos voitures, nos corps, notre cerveau. Notre pensée est désormais hygiénique.

 

Rien ne doit sentir la bête.

 

Et tant pis si les bêtes qui nous menacent sont partout déjà autour de nous….

 

 

 

Bibliographie

 

1 Pierre Tisserand -L'homme fossile (chanté par Serge Reggiani)

2 Hélène Rougier et al. : Neandertal cannibalism and Neandertal bones used as tools in Northern Europe - Scientific Reports 6, Article number: 29005 (2016) - http://dx.doi.org/10.1038/srep29005

3 Saint Paul : Ga 5,13-25 : « Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs » (v. 24)

4 Saint Paul : Co 6,12-20 : « Le Seigneur est pour le corps » (v. 13b)

5 Sigmund Freud:  Introduction à la psychanalyse (1916),

6 Nietzsche : Ecce homo


30/04/2017
0 Poster un commentaire

Le pêcheur aquoiboniste

Paris, avril 2017 

 

Parce qu’il y a eu César, Marc Aurèle,  Néron, Cincinnatus et Caligula...

 

Des dictateurs, des consuls, des rois, des empereurs, des princes, des tsars et des présidents du conseil…

 

Parce que je suis né sous la IVème république (de justesse, mais bon…), que j’ai vécu sous la Vème et que je ne désespère pas de voir la VIème…

Parce que ma France a successivement été gouvernée par René Coty, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande…..

 

Soit par la droite, la gauche, le centre, la droite, les républicains indépendants, les républicains de progrès,  le libéralisme, le néo-libéralisme, le socialisme libéral, la coalition socialo-communiste, le socialisme à visage humain, le souverainisme, l’européanisme, la gauche réaliste et la droite décomplexée….

 

Parce que je me souviens précisément de l’enthousiasme suivant ces élections, parce que j’ai connu mai 68, parce que j’ai voté Mitterrand en 1981…

 

Parce que j’ai connu l’abolition de la peine de mort de Mitterrand et le mariage pour tous de Hollande , mais aussi la majorité a 18 ans et le droit à l’avortement de Valery Giscard d’Estaing…

 

Parce que j’ai connu le travail du dimanche de Hollande.

 

Parce que j’ai connu toutes les aventures du monde : le communisme soviétique de Khrouchtchev, ou le communisme chinois de Mao, le Chili de Salvator Allende, le Brésil de Lula, le Cuba de Castro, l’Angleterre de Thatcher, le Burkina de Sankara, le Ghana de Nkrumah, les Etats-Unis de Ronald Reagan puis ceux de Barak Obama…

 

Parce que j’ai connu la fin des dictatures qui ont amené des chaos

Et la fin des chaos qui ont amené d'autres dictatures

 

La fin de l’apartheid et la chute du mur de Berlin.

 

Parce que j’ai vu la corruption sous Mandela  et les émeutes raciales sous Obama.

 

Parce que j’ai connu Paris Chirac et Paris Hidalgo… 

 

Parce que je sais que les lendemains ne chanteront jamais et qu’on ne rasera jamais gratis

Parce qu’il n’est pas de sauveur suprême

Ni dieu, ni César, ni tribun (1)

 

Mais surtout

 

Parce qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils

Parce que voilà que j'ai touché l'automne des idées (2)

 

Parce que d'avoir trop pleuré des larmes encore me perlent aux paupières

Parce qu’en politique, je ne rêve plus, mes livres s'ensommeillent, mon piano est fermé (3)

 

Parce que dorénavant, je vais consacrer mon énergie à changer les hommes et non les lois,

Parce que le destin d’un pays ne dépend pas de notre façon de voter… le pire des hommes est aussi bon à ce jeu que le meilleur des hommes.

Parce qu’il ne dépend pas du type de bulletin que vous déposez dans l’urne une fois par an, mais du type d’homme que vous déposez depuis votre chambre jusque dans la rue chaque matin.(4)

 

 

Parce que j’ai vu les bras coupés des enfants de Sierra Leone

Parce que j’ai vu Ghetto, Varsovie et le mur de la Shoah

 

Parce que les enfants des rues…

 

Parce que j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans (5)

Parce que je ne crois plus en l’homme.

 

Pour toutes ces raisons…. Je ne voterai pas aux prochaines élections.

 

 

 

1- L’internationale

2 - Baudelaire – L’ennemi

3- Jacques Brel – Les vieux

4- Henry David Thoreau -  La moelle de la vie

5- Baudelaire - Spleen


11/04/2017
2 Poster un commentaire

Paris sur-saine

Paris, novembre 2016

 

Avant de sortir de chez lui et de mettre un pied dans la rue, Pierre prit soin de déchirer en petits morceaux son mégot de cigarette avant d’en disperser les fragments dans le vent d’automne, puis de corriger son haleine à l’aide du petit spray à la menthe qui ne le quittait jamais.

De trop nombreux amis à lui, fumeurs également, étaient tombés en n’étant pas assez prudent avec ces détails. Ils s’étaient fait rapidement interpeller par les unités de la police de la Santé Municipale (démocratique et populaire) et certains croupissaient encore dans les gymnases de rééducation de l’Est parisien.

 

En cette année 2034, à Paris, fumer était en effet interdit partout. La loi avait été votée par le Conseil Municipal Sanitaire (démocratique et populaire) de la capitale après un sondage qui avait établi que 51% des parisiens étaient non fumeurs, et donc profondément hostiles à l’idée même de croiser un fumeur, parce que « d’abord, ça sent pas bon, et en plus, c’est pas bon pour la santé !».

 

Une étude scientifique indépendante, réalisée par le laboratoire (démocratique et populaire) de la ville de Paris avait ensuite prouvé que les taux de nicotine dans l’air entraînaient une diminution notable (1.05%) de la fertilité de la Coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata). Or cet insecte était désormais le seul autorisé par le Ministère de la Santé comme agent de lutte biologique contre les pucerons qui envahissaient les jardins populaires (et démocratiques) qui se développaient un peu partout dans la ville grâce aux Permis de Végétaliser distribués à tous les habitants qui en faisaient la demande.

                                                                                                              

On avait donc d’abord commencé par interdire le tabac dans les restaurants, les bars, les boîtes de nuits…puis dans les squares et les aires de jeux… Le quatrième arrondissement, fer de lance du progrès écologique, avaient ensuite été déclaré non fumeur, et la mesure avait été plus tard étendue à toute la capitale.

Les Brigades des Voisins (démocratiques et populaires) veillaient à ce que cette loi soit également appliquée dans les domiciles privés où la moindre odeur de tabac émanant de votre appartement était susceptible d’être dénoncée aux autorités et de causer votre expulsion.

 

separateur-texte.gif

 

Pierre partait donc ce matin là, en marchant d’un bon pas, vers l’Espace Ludique et Sportif  (démocratique et populaire) distant de cinq kilomètres de son domicile. L’utilisation d’une voiture n’était plus autorisée que trois jours par mois et par personne et de toute façon, le prix du stationnement, récemment fixé à 50 euros le quart d’heure, dépassait ses faibles moyens. Et depuis que la perception des droits de stationnement avait été confiée à une milice privée armée, plus question de prendre le risque de ne pas payer : la menace d’un enlèvement, puis de la confiscation pendant 30 jours, suivi d’une restitution contre le paiement d’une amende égale à 25% du prix de la voiture avait dissuadé les derniers tricheurs.

 

De toute façon, la plupart des rues étaient devenus piétonnes et l’utilisation d’une voiture, fortement déconseillée, entraînait immédiatement pour le pauvre conducteur railleries, quolibets et huées de la part de tous sur le bord de la route. Certains jetaient même des cailloux sur ces primitifs non éco-responsables qui osaient encore se déplacer en utilisant un véhicule à moteur. Une autre étude scientifique, toujours indépendante, réalisée par le même laboratoire (démocratique et populaire) de la ville de Paris avait d’ailleurs établi qu’il n’était ni plus pratique, ni plus rapide d’utiliser une voiture pour se déplacer.

 

Les derniers automobilistes récalcitrants devaient également se rendre une fois par semaine à un stage obligatoire de désensibilisation à la voiture, organisée par les Brigades Vertes (démocratiques et populaires). Les plus difficiles à convertir au Vélib, trottinettes et autres MAD (moyens alternatifs de déplacement) étaient les quelques seniors qui s’obstinaient encore à habiter la capitale, mais ils étaient de moins en moins nombreux. Leur maintien dans la cité n’était d’ailleurs pas encouragé, du fait du peu d’enthousiasme qu’ils montraient à participer aux nombreuses activités d’Enchantement de l’Espace Public organisées par la Mairie : on notait en effet une très faible participation de leur part lors des soirées Zumbas sur les quais ou lors de la Love Run organisée chaque année pour la Saint Valentin dans le Bois de Boulogne.

 

 

separateur-texte.gif

 

 

 

Pierre n’était pas non plus un véritable adepte du sport. Mais le Conseil Municipal Sanitaire (démocratique et populaire), en collaboration avec les compagnies d’assurance avait rendu quasi obligatoire l’appartenance à un club sportif : les tarifs des Mutuelles de Santé étaient fortement diminués si vous pouviez prouver que vous étiez non fumeur, non buveur, végétarien, ne consommant ni gluten, ni produits laitiers et que vous pratiquiez régulièrement une activité physique. Une carte Vélib et une carte d’abonnement à un club sportif était  également une condition indispensable pour pouvoir obtenir un rendez-vous à la Maison de Santé (démocratique et populaire) de votre arrondissement, seul endroit où se faire soigner depuis que le dernier médecin avait fermé son cabinet et que la médecine libérale avait été déclarée illégale.

 

 

separateur-texte.gif

 

 

 

Après ses quatre heures de sport, il irait prendre part au Conseil Hebdomadaire de la Démocratie Locale Participative Populaire et Citoyenne. Celui-ci devait discuter du Grand Projet de Réimplantation des espèces sauvages dans la capitale : on avait commencé dans les années 2000 par installer des ruches et des abeilles sur les toits des immeubles, puis enchaîné par l’utilisation de moutons sur les pelouses qui bordaient le périphérique. Mais ces derniers avaient récemment proliféré et menaçaient d’envahir la ville… La résolution, cette semaine, concernait donc la réimplantation des loups dans les jardins de la capitale.

 

Il avait hâte d’y être…


02/11/2016
9 Poster un commentaire

Le Parti d'en rire

Paris, septembre 2016

 

 

Dire qu’il existe des gens qui préfèrent François Mauriac à Pierre Dac.
Comment se peut-ce ? Si je devais écrire une biographie un jour, j’écrirais
celle de Pierre Dac. Je voudrais tant expliquer aux cons et aux jeunes
l’importance de cet homme dans la pensée moderne. 
Pierre Dac est à l’esprit d'aujourd’hui, ce que Charles Trenet est à la chanson.
Merci Pierre Dac de nous avoir enfoncé tant de portes !

 

SAN-ANTONIO, (Emballage Cadeau, Editions Fleuve Noir)

 

 

 

Françaises, Français,

 

En ces temps de débats religieux et politiques heurtés, et en hommage au regretté Pierre Dac (1893-1975), phare de la pensée contemporaine et immortel auteur du célèbre sketch «Le Sar Rabindranath Duval », j’ai pensé que la création d’un nouveau grand parti s’imposait : j’ai nommé le « Parti pour la promotion et la défense du slip en chachlik mercerisé » ou PPLPELDSECM.

 

Ce parti, au fondement solide et à la doctrine élastique s’articulera selon deux axes indissociables et néanmoins parallèles, l’un religieux, l’autre politique et le troisième international.

 

Religieux, évidemment : le port du slip en chachlik mercerisé représente tout à la fois la clé de voûte, la pierre angulaire et le témoin fondamental de notre attachement séculaire et atavique à la civilisation chachlikienne, telle qu’elle nous a été léguée par nos glorieux ancêtres gaulois.

 

Porter librement ce symbole, le vendredi matin entre 11:47 et 12:32, les jours de mistral, est un droit sacré et imprescriptible que nous entendons défendre de toutes nos forces contre les menaces des tenants du slip kangourou ou du Boxer Short.

Ces brebis, égarées dans leurs croyances primitives, doivent savoir qu’elles nous trouveront toujours dressés face à leur obscurantisme. Le port du slip en chachlik mercerisé est une tradition de longue date, et les écrits anciens attestent d’ailleurs de la DIMension historique et donc de la pré EMINENCE de notre religion.

 

Mais qu’on se le dise : notre guerre sera également sans merci contre les adeptes naturistes, ces athées du slip, dont le nihilisme caleçonnier se vautre dans l’anarchie et la perte des valeurs morales traditionnelles, préambule comme chacun sait à l’usage de drogues dures et à l’écoute en boucle d’albums de Christophe Maé.

 

Et nous abordons ici la seconde dimension de notre action, l’aspect politique : le savoir-faire français en matière de chachlik mercerisé est indiscutable et constitue un des fleurons de notre industrie depuis des siècles. Pour cette raison, nous entendons réunir dès que possible un groupe de députés à l’Assemblée Nationale afin de promouvoir le port du slip en chachlik mercerisé partout en France métropolitaine, ainsi que dans les départements et territoires d’outre mer, dans sa version allégée, bien sûr, nous ne sommes pas des monstres.

 

Vive le chachlik français ! Halte à l’importation de chachlik venu de pays gangrenés par les métèques basanés ou la finance cosmopolite, pâle imitation de notre chachlik national !

 

La fabrication de slip en chachlik mercerisé est la fierté du Made in France et représente un pilier essentiel dans le redressement de notre économie nationale. Seule la relance de cette activité est susceptible d’inverser les courbes du chômage, de réduire le déficit de notre balance commerciale et de faire baisser notre taux de cholestérol… Dans cette optique, la nationalisation de l’usine de slips de la ville de Montcuq, dans le Lot sera décidée dès que possible et une loi sera votée pour rendre obligatoire l’achat de 2.3 slips par habitant mâle avant l’hiver prochain.

 

 La vente de slip en coton, soie, laine Mérinos, macramé, fil d’Ecosse, fil de pêche, fil dentaire ou philodendron sera lourdement taxée… La commercialisation des strings sera, elle, purement et simplement interdite et passible des galères royales, de bannissement à vie ou d’interdiction de sortie après 22 heures…

 

Il faut le dire : le chachlik français, détenteur de l’appellation d’origine protégée, est le seul reconnu par l’Institut International du chachlik, basée à Genève, et nous atteignons ici, enfin, la dernière dimension de notre action : l’International.

 

Soyons vigilants ! Debout, la France ! Le parti de l’étranger veille, à l’affût, et les ambassades ennemies sont à pied d’œuvre. Cet outil qui fait rayonner la culture, le savoir-faire et disons le, la puissance de la France fait des envieux. Ils vont venir jusque dans nos bras, n’en doutez pas, et ce ne sera plus pour égorger vos fils et vos compagnes, mais bien pour voler vos slips en chachlik mercerisé.

S’il faut défendre le slip français, que nos ennemis sachent que nous serons debout et prêts à verser notre sang jusqu'à la dernière goutte.

Qu’ils soient certains que nous n’hésiterons pas à ameuter l’OTAN et, si nécessaire, à utiliser le feu nucléaire et nos Opinels à virole tournante afin de défendre les valeurs occidentales traditionnelles, dont le port du slip en chachlik mercerisé est un élément constitutif, essentiel, mais également fondateur.

 

Françaises, Français, soyez en certains : ça va mieux ! Demain, grâce à notre action, un soleil radieux se lèvera enfin sur une France forte et apaisée, confortée dans ses traditions chachliko-chrétiennes et fière de ses valeurs. Dans cette France, crainte et respectée par nos ennemis slippiers, nos usines produiront à plein régime cet élément éternel de notre identité et de notre richesse nationale.

 

Poil à la poche marsupiale.

 

Vive le slip en chachlik mercerisé

Vive la France !

 

(Marseillaise)

 

 separateur-texte.gif

Petites annonces (toutes réellement de Pierre Dac !)

 

  • Vends fous à lier. Ficelle fournie.
  • Femme de ménage pieuse cherche emploi dans institution religieuse pour regarder ménage se faire tout seul par opération du Saint-Esprit.
  • A vendre : Tandem à une place pour personne seule. Les deux : 310 fr.
  • On demande deux hommes de paille, un grand et un petit pour tirage au sort.
  • Vends papier glacé pour lettres de rupture.
  • Athée récent échangerait bon Dieu vivant contre bon vieux divan
  • A vendre : Pendule à réservoir. Sert à remplir les heures creuses.
  • Souffrant insomnies, échangerais matelas de plume contre sommeil de plomb
  • Cède bombe à retardement. Très très urgent…

24/09/2016
7 Poster un commentaire

En Coran colère

Paris, mai 2016

 

 

 

 

Il faut que je vous avoue une chose : l’islam m’emmerde. Ca y est, c’est dit !

 

Ne criez pas … Entendons-nous bien : je n’ai rien contre mes amis du Maghreb, du Mali  ou d’ailleurs … La religion Islam m’emmerde. Et pour être complet, le catholicisme tout autant, et le judaïsme à peine moins !

 

Pouvez-vous me comprendre ? Je suis athée.

 

Il y a des chrétiens, catholiques, orthodoxes ou protestants. Il y a des juifs. Il y a des musulmans. Il existe des bouddhistes, des hindouistes, des animistes…

Il y a des jésuites, des islamologues, des théologiens, des cardinaux, des imams, des rabbins, des grands muftis, des médiums…

Il y a des musulmans féministes, des juifs antisionistes et même des chrétiens de gauche…

Il y a des monothéistes, des théistes, des déistes, des polythéistes. Il y a des panthéistes…

 

Il y a des agnostiques, des qui doutent, des qui s’interrogent, qui hésitent, des qui ne savent pas, des qui ne savent pas s’ils croient, des qui croient qu’ils savent, des qui voudraient croire…

 

Et puis il y a des athées. A.T.H.E.E.S.

 

De « a » privatif et « θεός, theós » dieu. « Personne qui ne reconnaît pas dieu ou nie l'existence de dieu ».

J’appartiens à ce groupe : en ce qui me concerne, je réponds même à la première partie de la définition : Ce n’est pas que je nie dieu ou que je sois « contre » dieu…. Je ne reconnais ni ne conçois cette pure création du cerveau humain. Exactement comme pour les fantômes, les vampires, les korrigans, la petite souris ou les extraterrestres.

 

Et encore j’ai un doute pour les extra terrestres. Et pour la petite souris.

 

Rien que le mot athée est une incohérence : «ne pas croire à  quelque chose qui n’existe pas ». Est-ce qu’on doit se définir comme a-licorne si on ne croit pas aux licornes ? Je l’affirme : je suis aussi anhydre : je ne crois pas à la mythologie grecque de l’hydre de Lerne…

 

Dois- je vraiment me définir par une double négation, qui s’annule pour devenir positive comme dirait un mathématicien ?

Je ne conçois pas dieu. C’est plutôt simple non ? Dieu n’a aucune place dans ma vision de l’univers, de la vie, de l’amour et des relations entre les gens. Son concept m’est étranger, sa nécessité un mystère et surtout, surtout… les discussions le concernant m’ennuient.

 

Quand on m’interroge sur la création de l’Univers ou le sens de la vie, je réponds : « Je ne sais pas ».

 

Je ne sais pas… c’est simple, non ?

Comme répondait un homme préhistorique quand on l’interrogeait sur le système solaire

Un homme du Moyen Age quand on l’interrogeait sur la cause de la peste

Un homme de la Renaissance quand on lui parlait d’électricité

Un homme du XIXème siècle quand on lui parlait de télévision

Un homme d’aujourd’hui quand on lui parle du vaccin anti Ebola ou des extra-terrestres.

 

Quand à la vie après la mort, puisque cela semble une autre motivation à l’ardente nécessité d’un dieu, je sais qu’elle ressemblera en tous points à la vie avant la naissance : un ensemble d’atomes désordonnés voletant dans l’air. Et oui, cette conscience peut être angoissante, mais se créer un ami imaginaire n’y changera rien. D’ailleurs, souvenez-vous que nous naissons tous athées.

Ce n’est qu’après que notre famille, ou la société, ou nos ennemis ou notre peur, nous nomment ou nous construisent croyants.

 

Je ne vois pas la nécessité de créer cette idée de dieu. Elle n’a rien à faire dans ma construction intellectuelle. Elle n’explique rien, ne justifie rien, elle ne me rassure pas…Je n’en éprouve pas le besoin.

 

Voila, je crois que cela résume tout : JE N’EN AI PAS BESOIN !

 

separateur-texte.gif

 

Secondairement, mais secondairement uniquement, je considère cette idée de dieu comme incohérente, à la limite du cliniquement délirant, et difficilement justifiable par la raison raisonnante. Et l’un des mots qui me fait le plus rire dans la langue française est le mot de « théologie ». « Science de dieu » .L’oxymore en seul mot, ultime, encore plus parfait qu’un « socialiste de gauche »  ou que « cette obscure clarté » qui tombe des étoiles, comme chacun sait… 

 

Donc vous comprendrez que l’avis du pape sur le mariage gay ou la contraception, ou celui de la grande mosquée sur le port du voile m’intéresse autant qu’un colloque sur les apparitions des fantômes écossais au XIXème siècle ou un débat sur l’histoire du père Noël.

 

Mais comme quelqu’un a pu dire récemment : « "Dieu, je m'en fous. C'est son personnel au sol qui m'emmerde!"(1)

 

Les religions (toutes les religions) n’ont apporté au cours des siècles qu’intolérance, tortures, massacres, inquisition, croisades, exclusions, guerres, refoulement, régression, conditionnement, interdictions, tabous et névroses.

 

Depuis des années, nous luttons contre l’église catholique pour qu’elle nous lâche enfin sur le mariage obligatoire, le divorce, le port du préservatif…pour que les curés s’arrêtent enfin de donner leur avis sur tout et d’interférer à chaque instant avec nos vies quotidiennes. Nous avons voulu redevenir maitres de nos destinées et de notre morale : nous commencions à peine à entrevoir un début de calme, avec le pape et sa clique renvoyés dans leurs cellules du Vatican, à discuter du sexe des anges. On n’a vraiment pas envie de recommencer, mais s’il le faut, soyez assurés que nous serons là. Nous sommes entrainés et décidés.

 

Nous savons que vos religions et vos croyances sont solubles dans le temps qui passe, la démocratie, l’éducation, la culture et l’avancée des sciences.

 

Alors soyez gentils…. Arrêtez vos articles sur le Conseil Français du Culte Musulman ou le Collectif contre l’Islamophobie en France,  vos débats radiophoniques sur la place du voile et vos émissions sur la nourriture halal.

 

Je m’en fous. Intensément, profondément et définitivement.

 

Relisez le sens du mot laïcité : priez, agenouillez-vous, prosternez-vous, psalmodiez, chantez, discutez, argumentez mais de grâce….chez vous. Arrêtez de polluer l’air que je respire et l’intégralité des radios, journaux, livres, (sans parler de la politique) avec cette omniprésence de vos dieux polymorphes et de vos discussions stériles. Pouvez-vous comprendre ce qu’il y a d’insupportable à entendre une secte monopoliser l’attention et les débats sur la meilleure manière d’intégrer dans une société moderne des croyances en des êtres fictifs et les rites qui vont avec ?

 

Votre prosélytisme me hérisse. Est-ce que je vous agresse en portant ostensiblement un T-shirt : « DIEU EST MORT » ?  Est-ce que je hurle tous les dimanches ou 5 fois par jour urbi et orbi que « Lourdes a la même direction que le cirque Pinder(2) ? »

 

Mon athéisme est discret (bon à part ici…). Soyez-le aussi.

 

Je vous en veux de me donner cette impression de revenir 100 ans en arrière et d’avoir tout à recommencer. Je vous en veux même d’avoir à écrire un texte sur ce qui ne devrait pas être un sujet.

 

Je ne veux plus vous entendre.

 

En revanche je vous préviens, ne touchez pas :

 

à notre Liberté de vivre et d’aimer qui on veut

à notre Egalité des droits entre homme et femme

À notre Fraternité au delà de nos croyances, de notre couleur ou de notre nationalité

Ou je vous emmerde avec des études comparatives sur le choix de la meilleure race de rennes pour tirer le traineau du Père Noël.

 separateur-texte.gif

 

Bibliographie (courte !)

 

1 Twitter, @nicole_chn

2 Jean Yanne –Je vais m’en farcir quelques uns -Pensées, répliques, textes et anecdotes


22/05/2016
2 Poster un commentaire

Recherche bonheur désespérément

Paris, décembre 2015

Il faut imaginer Sisyphe heureux.

A.Camus

 

 

« Vous voudriez au ciel bleu croire, je le connais ce sentiment… »(1) disait le poète qui espérait  en un monde meilleur… qui n’est d’ailleurs jamais arrivé.

Mais là STOP... il va falloir arrêter, ce n’est plus raisonnable !

 

Un vendredi soir de novembre, à Paris, une petite dizaine de décérébrés gonflés de croyances moyenâgeuses et de haine de la vie ont massacré 130 jeunes au hasard. Ils sont arrivés tranquillement et ont craché dans la douceur du soir parisien un effroyable déluge de feu et d’acier. La douleur. La mort. Le sang. Les cris…

Après l’école de Toulouse, après Charlie, après l’hyper Cacher. Avant Bamako. Avant Tunis. Avant…. ?

Car, dans nos esprits, cette certitude : Ils reviendront. Demain, dans une semaine, un mois, un an…

 

Face aux armes automatiques qui mutilent et qui tuent, aux tueurs aux yeux noirs qui rechargent froidement, méthodiquement, leurs chargeurs de 30 cartouches face à ces jeunes qui pleurent et supplient , face aux kamikazes et à leur ceintures d’explosifs gorgées de boulons et de clous pour faire encore plus mal, bien sûr, nous avons réagi…

 

Nous avons défilé

Nous nous sommes recueillis

Nous avons prié

Nous avons joué du piano ou de l’accordéon

Nous avons chanté la vie en rose, la Marseillaise ou bien des cantiques

Nous avons dansé

Nous avons fait du bruit ou des minutes de silence

Nous avons allumé des bougies et déposé des fleurs

Nous avons brandi des drapeaux

Nous avons cité Hugo, Camus, Gandhi ou John Lennon

Nous avons déclamé des poèmes

Nous avons fait la fête et bu de la bière

Nous avons trinqué à la Liberté

Nous avons célébré les différences, l’amour et la paix

Je suis Charlie, Je suis Paris, Je suis Bamako

Paris est une fête,

On est fort, On continue, On est debout

Pas d’amalgame,

On ne change rien, on ne lâche rien,

Même pas mal,

Même pas peur,même pas peur…..

 

Même pas peur ??…Mais quel est ce déni, cette pitoyable rodomontade, cette fanfaronnade a deux balles ? Des scènes de guerre se déroulent dans Paris et vous dites que vous n’avez pas peur ? Moi si. J’ai peur.

 

Et ça me parait à la fois normal et salutaire. Et il faudrait mieux réaliser que si vous désirez survivre face à des tueurs déterminés, il va vous falloir avoir peur, changer votre mode de vie et que toutes vos belles actions sont d’une totale inutilité.

Les fleurs, les chansons et les poèmes sont magnifiques. Leur intérêt en face d’une AK 47 chargée ou d’une charge explosive est hélas totalement nul. Objectivement, aucune de ces belles actions n’a la moindre chance de changer le cours des choses.

J’espère que vous en êtes conscients.

 

Jeunes, vieux, religieux ou athées, de droite, de gauche, riches ou pauvres, homme ou femme…..soudain, nous voici devenus tous un peu Juifs : On nous massacre non pas seulement en raison d’une religion, d’une activité, ou d’une opinion. On nous massacre pour ce que nous sommes.

On nous massacre parce que nous sommes. Et nous ne pouvons pas ne pas être. Le piège est refermé.

 

 separateur-texte.gif

 

 

Il faut bien se rendre à cette évidence : Nous sommes entre deux néants, celui qui a précédé notre naissance et celui d’après notre mort. Dans cet entre-deux, la mort rode et peut frapper à chaque instant. Et elle continuera de roder encore longtemps.

Face à cet « inintégrable » par le cerveau humain, Il n’y a que trois réponses possibles : la fuite, la lutte (le combat armé) ou…. l’apprentissage du désespoir

 

-La fuite est tentante... « Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites « psychotogènes ». D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire.

Il y a peut-être une autre façon encore : fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. Dans ce monde on risque peu d’être poursuivi. On peut s’y tailler un vaste territoire gratifiant »(2)

Dans ce monde de l’imaginaire, les croyances, les bougies, les fleurs et les chansons arrêtent les balles. Emotivement stabilisant, certes, mais dramatiquement inefficace.

 

On peut aussi tenter de fuir ailleurs… Partir…Loin…

Mais la terreur est mondiale : Etats-Unis, Espagne, Indonésie, Nigéria, Tunisie, Grande-Bretagne, Turquie, France, Mali… a qui le tour ? Il n’y a plus un seul endroit qui ne soit à l’abri de la folie meurtrière.

Notre monde se rétrécit. Mes villages africains s’éloignent… Nous ne boirons plus de sitôt un thé à l’ombre des fromagers, nous ne marcherons plus sur les rives du fleuve Sénégal…

 

-Bien sûr, nous pourrions prendre les armes. Devenir une société armée, militaire et organisée. Avoir un service national et des réservistes. Vivre l’arme au pied, les pieds dans les bottes et le doigt sur la détente. Développer la culture du combat permanent… Il faut plus de bombes, plus d’avions, plus de militaires dans les rues…. Il faut envoyer des troupes au sol en Syrie…Il faut…

Mais le point commun à tous les va-t’en guerre c’est qu’ils n’y vont jamais eux-mêmes. Ils délèguent, ils organisent, ils réclament, et il faut que… Nous devrions…. Mais ils restent au bar et partent en week-end en Normandie.

Jean Moulin, en 1941, ne s’est pas contenté de prendre une bière à une terrasse de café. Et Spartacus ne s’est pas battu avec des bouquets de fleurs.

Se battre c’est faire des choix et nous manquons de courage, anesthésiés par nos années de langueur. Nos appartements sont trop pleins, nos corps et nos cerveaux trop nourris. Nous n’avons jamais eu assez faim pour avoir le désir de combattre. Nos adversaires, si.

 

-Il ne nous reste plus que le désespoir, ce « gai désespoir » dont parlait Comte-Sponville

 

Nous sommes nus en face de cet Absurde : Il n’y a aucune place pour l’espoir et probablement aucune sortie au labyrinthe :

« Ainsi dans le labyrinthe, quand il eut longtemps couru, quand il eut traversé ces milliers de salles, de couloirs, quand il se fut tellement perdu dans tous ces tours et détours, dans tous ces coins et recoins, dans toutes ces sinuosités sans nombre, d’impasse en impasse, de faux-fuyant en faux-fuyants, et toujours les mêmes portes, toujours les mêmes murs, il y eut un moment sans doute où Icare, épuisé, à bout de forces et de courage, hors de souffle et d’espérance, comprit qu’il n’y avait pas d’issue, nulle part, que sa course était vaine et folle, tous ses efforts inutiles, et tout espoir illusoire. Alors il s’arrêta. Et je devine le bruit de son souffle, et ce silence en lui comme une mort. (…)

 

Je l’imagine assis par terre, le dos contre un mur, la tête sur les genoux… Et soudain la sérénité étrange qui le saisit. L’angoisse qui s’annule à l’extrême d’elle-même. Le désespoir. » (3)

 

On peut croire que les poèmes arrêteront la folie meurtrière, que les fleurs protégeront des balles, que l’amour sauvera le monde, que clamer « Même pas peur » évitera le prochain massacre. Mais c’est une illusion et une perte de temps. Et la certitude d’une tristesse à venir plus grande encore car « la tristesse n’est jamais que la déception d’un espoir préalable »(3).

 

Nous allons d’espoir en espoir, et chaque nouvel espoir nous fait oublier l’espoir précédant déçu. « Oscillant, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui »(4) « nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre » (5)

 

separateur-texte.gif

 

 

Alors ? Je te dis, ami, qu’il est urgent d’arrêter d’espérer.

 

« Commencer par l’angoisse, commencer par le désespoir : aller de l’une à l’autre. Descendre. Au bout de tout, le silence. La tranquillité du silence. La nuit qui tombe apaise les frayeurs du crépuscule. Plus de fantômes : le vide. Plus d’angoisse : le silence. Plus de trouble : le repos. Rien à craindre ; rien à espérer. Désespoir. »(3)

 

Alors nous commencerons enfin à vivre. Avec, comme une douleur, la certitude prégnante de nos deux néants, enfin apprivoisés. En n’espérant plus ni en demain, ni au ciel. En étant certain que « le bonheur n’est pas une chose, c’est une pensée. Ce n’est pas un fait, c’est une invention. Ce n’est pas un état, c’est une action. Disons le mot : le bonheur est création »(3)

 

Alors nous créerons notre bonheur. Mieux : Nous transformerons notre quotidien imparfait en bonheur. Parce qu’il n’y aura peut-être pas de demain.

 

Nietzsche disait que l’esprit naissait chameau agenouillé, puis devenait lion qui « veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert » pour finir enfant, « un renouveau et un jeu » car « celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde » (6).

 

Notre monde est perdu. Il nous faut maintenant devenir enfant désespéré pour gagner notre propre monde. « Pour qu’un jour – aujourd’hui peut- être- sans espoirs, sans regrets, la vie nous soit douce, légère lumineuse et belle, comme un rêve d’enfant heureux perdu dans le plein ciel »(3)

 

Et n’oublie pas : « Tu cesseras de craindre si tu as cessé d’espérer» (7)

 

 separateur-texte.gif

 

Bibliographie

 

  1. Aragon – J’entends, J’entends-Les poètes
  2. Henri Laborit – Eloge de la fuite
  3. André Comte-Sponville – Traité du désespoir et de la béatitude
  4. Schopenhauer - Le Monde comme Volonté et comme Représentation
  5. Pascal- Pensées
  6. Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra (Les trois métamorphoses)
  7. Hécaton (in Sénéque - Lettre 5 à Lucilius)

02/12/2015
5 Poster un commentaire

Misanthropie à part...

Paris, octobre 2015

 

 

"Un jour pourtant un jour viendra, couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche "(1)

 

Disait le poète…

Bon, il n’a pas précisé non plus quand ce jour viendrait. Parce que soyons francs…Ce n’est pas demain la veille. Il y a encore du boulot.

 

Pour l’instant, je ne vous aime pas.

 

A part toi,  Hypocrite lecteur, -mon semblable, - mon frère!  (2) et quelques individus qui se compteraient probablement sur les doigts d’une seule main d’un employé de scierie maladroit … je ne vous aime pas, vous dis-je.

Au mieux, les humains m’indiffèrent. Au pire, ils me révulsent. Ce monde m’insupporte. Définitivement.

Dès que je mets le nez au dehors de chez moi, ils sont déjà tous là :

 

Le 4X4 arrogant qui éclabousse le piéton de ses chromes vulgaires, l’énervé klaxonnant la bave aux lèvres ou le livreur bloquant la rue parce qu’il « travaille, lui, monsieur ».

 

Le piéton agressif qui pense que se déplacer sur ses deux pieds l’exonère à jamais du respect du code de la route et qui oscille donc entre cécité et daltonisme dès qu’il croise un feu tricolore.

 

Le vélo insolent qui s’approprie route, rues, trottoirs, chemins, persuadé que son effort physique pour se déplacer doit être récompensé par une dispense définitive du respect des stops et feux rouges ainsi que par un droit inaliénable à emprunter les sens interdits.

 

Les scooters ou les motos qui estiment qu’attendre  sagement 30 secondes derrière un véhicule, respecter les limitations de vitesse ou ne pas être en première position au feu tricolore constituerait une indignité inacceptable. Et puis je crains que le casque, en contrariant le développement de votre cerveau, ne vous empêchent de réfléchir sereinement… : Est-il vraiment indispensable de briser les oreilles de vos congénères (et aussi par la même occasion certaines glandes endocrines des éléments mâles) en traversant Paris dans un boucan d’enfer ? Vos pots apocalyptiques sont-ils réellement nécessaires à votre épanouissement personnel ?

 

Mais même immobiles, je ne vous aime pas. Comment pouvoir supporter…

 

Les vieilles filles aigries qui ressassent leurs frustrations et leurs rêves ratés en se desséchant entre leurs toutous pelés et les plantes rachitiques de leur balcon…

 

Les mères  reproductrices, la matrice en avant, dont les accouchements ont été les seules aventures et qui vous enduisent d’épisiotomies, de péridurales et de couches merdeuses dès lors qu’on leur adresse la parole…

 

Les familles « Foyers clos, portes refermées, possession jalouse du bonheur » (3) qui brisent les yeux clairs des enfants et excluent l’étranger.

 

Ces cadres médiocres préoccupés par leurs revenus en bourse, leurs stocks options, leurs primes, leurs actions, leurs placements, leurs rendements. Leur mépris de classe, leur dédain du faible, leur rejet de la différence…

 

Ces syndicats impuissants qui veulent leur part du gâteau et sont prêts pour cela à toutes les bassesses, compromissions et renoncements

 

Cette gauche qui ne rêve que de devenir riche ou puissante pour opprimer à son tour

Ces bourgeois dominateurs qui ont beaucoup trop d’argent pour leur intelligence

 

Ces religions qui excluent, stigmatisent, dénoncent, rejettent

Vos prêtres pédophiles, vos rabbins belliqueux, vos imams sanguinaires

Le sioniste extrémiste et le palestinien fanatique

 

Ces politiciens de droite frileux qui veulent garder un monde qui se meurt

Ces politiciens de gauche qui veulent leur place dans ce monde qui se meurt

 

L’extrême droite brune qui chasse le chevelu, le noir, le juif ou l’immigré

L’extrême gauche qui barbote dans ses caricatures simplistes, ses désaccords dérisoires et son antisémitisme rampant.

 

Le royaliste méprisant et le révolutionnaire sanguinaire

 

Ces hommes cavaliers, présomptueux, fats, hautains, impertinents,  impudents, insolents, méprisants, orgueilleux, outrecuidants, prétentieux, fiers et suffisants,

Ces femmes intrigantes, hypocrites, futiles, arrogantes, vénales, soumises, sournoises et intéressées,

Leur fierté dégoulinante pour le succès accidentel de l’union de leurs gonades, ces enfants tyranniques, manipulateurs, pleurnichards et morveux, qui leur autoriseront l’inutile autocollant « Bébé à bord » sur la bétaillère dominicale.(4)

 

Et passons sur tous ceux qui ne cessent de s’activer pour rien, de préférence le matin, avec des perceuses hurlantes, des scies sauteuses,  des tondeuses vrombissantes ou des souffleurs de feuilles rugissants.

 

Oh ! Combien je fais mienne cette pensée de Pierre Desproges qui disait  « Je trouve que les riches puent et je sais que les pauvres sentent, que les charcutiers sont dégueulasses et les végétariens lamentables » (5)

 

Bref, je vous hais. Alors que faire ?

 

Changer le monde ? Je n’en ai plus ni le souhait, ni la volonté, ni le courage, ni même l’espérance.

 

Je vais continuer à vivre donc. Je vais continuer à parler aux fleurs, aux pierres, aux oiseaux, aux chiens et aux chats, et aux quelques humains aux yeux tendres. Cela devrait rendre la vie possible.

"Et le plus simplement du monde il y aura

La jeunesse d’aimer et les yeux des pervenches

Des parfums plus profonds et des aubes plus blanches

Et le tendre infini dont m’entourent tes bras"

 

Disait toujours le même poète optimiste…

 

 

Et puis surtout…Je vais continuer de vous haïr.

 

 

 separateur-texte.gif

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

(1)    Louis Aragon – Le Fou d’Elsa

(2)    Charles Baudelaire – Au lecteur (Les fleurs du mal)

(3)    André Gide – Les nourritures terrestres

(4)     D’ailleurs, quelqu’un peut me dire à quoi sert cet autocollant ? Est-ce à dire que le chauffard moyen tentera avec plus d’insistance d’épargner la vie des occupants d’une voiture porteuse de ce signalement? Ou qu’il faut fait faire plus attention parce qu’il y a un petit d’homme ? Et que donc un homme, une femme, une grand-mère ou mon chat ne mérite pas les mêmes égards et peuvent donc être emboutis en toute sérénité ? Expliquez-moi !

(5)    Pierre Desproges Tribunal des flagrants délires. Réquisitoire contre François Béranger

 


12/10/2015
7 Poster un commentaire

Je vais me mettre en couleurs...

Paris, mai 2015

 

Depuis quelques temps, je le savais, j’étais devenu leur bête noire.

Après m’avoir mis sur liste rouge, le jeune blanc-bec qui me servait de responsable me l’a annoncé de but en blanc : j’étais licencié. Bien sûr, je n’étais pas un bleu, ni une oie blanche et je m’y attendais. Même si je connaissais bien leurs méthodes cousues de fil blanc, cela me mettait tout de même un peu de bleu à l’âme.

Sans noircir la situation, ce carton rouge me sortait prématurément du monde du travail et j’avais de quoi me faire des cheveux blancs.

 

L’actualité, en ce début d’année, n’était pas rose non plus et cela n’arrangeait rien. On ne parlait que du retour des chemises brunes, du rassemblement Bleu Marine, des migrants d’Afrique noire et des querelles des Verts. Pas de quoi voir la vie en rose, vraiment.

 

Après quelques nuits blanches passées à ressasser des idées noires, il fallait prendre une décision : que faire ? Il me suffisait d’utiliser ma matière grise, une page blanche s’étalait devant moi…

Chercher l’oubli dans des verres de petit blanc ou de gros rouge, se griser, sniffer de la blanche… bref, chercher l’oubli dans les éléphants roses ou les petits hommes verts ? Non.

 

Retrouver un travail au noir ? Je risquais fort de faire chou-blanc …

 

Non, plutôt profiter de ce temps libre. Ecouter de la musique… les Roses blanches, la Java bleue, la Vie en rose ... Brown Sugar ou Yellow Submarine….ou encore George Gershwin et sa Rhapsody in Blue…

Lire le « Rouge et le Noir » ou « Le mystère de la chambre jaune. Regarder « La Rose pourpre du Caire » ou « Le grand Bleu ».

 

Devenir cordon bleu et passer son temps en cuisine, a réaliser sauces blanches et roux blonds, salades vertes et blanc-manger, steaks au bleu et canards à l’orange ?

 

Ou bien voyager…

Partir à la campagne se mettre au vert en regardant rouge-gorges, mésanges bleues, chevaliers culblancs et goélands argentés ? Ou bien, après s’être assuré que cette situation ne me mettrait pas dans le rouge à la banque, envoyer tout le monde sur les roses et partir au bord de la grande bleue…

 Ou plutôt se fâcher tout rouge, piquer une colère noire  et brandir un drapeau rouge sur le boulevard Richard Lenoir?

 

Tout était possible. Une chose était certaine, la vie ne serait jamais grise.

 « La terre est bleue comme une orange », disait Eluard…


26/05/2015
0 Poster un commentaire

Enfumages

Paris, avril 2015

 

Paris est à nouveau pollué ces jours-ci …. Comme d’habitude, l’ennemi est désigné à la vindicte populaire..Haro sur la voiture !

 

L’Homo automobilus est décrit urbi et orbi comme un gros beauf dégénéré se vautrant sur les coussins luxueux de son 4X4 en asphyxiant sans vergogne les petits n’enfants et les vieillards cacochymes. Honte sur lui. Beurk.

Mais pourquoi cet individu s’obstine-t-il à user de ce moyen  de transport de prolo demeuré alors que « ma chère, le Vélib sur les quais, c’est juste divin au printemps, je ne comprends pas les gens qui se privent de ce plaisir, quôa !.. »

 

Passons brièvement sur le fait qu’une voiture est tout de même plus pratique qu’un Vélib pour amener votre voisine de 94 ans faire ses examens à l’hôpital, ou pour transporter échelle et boite à outils nécessaires aux menus travaux dont certains ont fait profession, les gueux !

L’ennemi, on vous le dit, c’est la voiture et principalement les moteurs Diesel et cela ne souffre aucune discussion. Donc après des années de promotion et de taxes réduites sur le Diesel, c’en est fini de ces engins dépassés. Exit. Kaput .Ringard. Dangereux, même.

 

Après avoir appliqué pendant des années une fiscalité réduite sur le fioul, ce qui avait conduit les animaux stupides que nous sommes à privilégier ce mode de propulsion, voici que tous nos décideurs tournent casaque en envisageant même pour certains (comme  Mâme la Maire de Paris, Anne Hidalgo) d’interdire carrément le moteur Diesel dans Paris à l’horizon 2020. Une des principales raisons évoquée pour cela : ces moteurs sont polluants. Les fameuses particules fines produites par ces moteurs (connues sous le joli nom de PM 10, pour « Particulate matter » de diamètre inférieur à 10 microns) sont dangereuses pour la santé et menace la délicate fraicheur de nos frêles poumons. C’est vrai.

 

Mais si on supprime les Diesels, aurons- nous donc enfin des levers de soleil radieux dans l’air pur et la scintillante rosée du matin ? Pas sûr, comme le montre ce schéma très officiel (issu du site de Airparif(1)) détaillant l’origine des PM10 présentes dans l’air de la capitale.

 

 

airparif4.gif

 

Source : Inventaire Airparif année de référence 2012

 

 

separateur-texte.gif

Que dit ce schéma ? Que 72% des émissions de PM 10 n’ont rien à voir avec les voitures.

Seuls 28% (en bleu  sur le schéma) sont émis par le trafic routier. Le chauffage des habitations en produit à peu près tout autant (26%). Bientôt, le chauffage alterné pour chaque côté de rue en cas de pic de pollution ?

La troisième cause (18%), c’est l’agriculture avec ses épandages agricoles (principalement dû à l’ammoniac). A égalité avec les chantiers et carrières, 18% également. Etonnant, non ?

 

Mieux, la part liée aux véhicules particulier diesels (que l’on désigne comme coupables) ne représente, elle, que 32% de ces 28 %. Donc au total (et vive la Mathématique !) les véhicules particuliers diesels sont responsables de 32x28 = 9% de l’ensemble des émissions des PM10.

C’est encore pire pour les bus et les cars de touristes roulant dans la capitale, première cible désignée de l’ire Hidalgienne : ces pelés, ces galeux sont responsables de 2% de ces 28% soit ….2x28 = 0.56% des PM10.

Le Diesel comme source principale de pollution ? Pour le moins douteux.

Cependant  il est vrai que la région parisienne a en effet connu un épisode de pollution sévère aux particules fines au mois de mars dernier, au cours duquel  l’interdiction de circuler pour la moitié des véhicules a été demandée (et obtenue). Pour un air plus pur ?

Penchons-nous sur les cartes décrivant la pollution sur le nord de la France ce jour-là (voir ci-dessous) : de Brest au land de Bade-Wurtemberg en Allemagne, même situation… Les diesels parisiens polluent vraiment beaucoup, non ?

 nordfrance.gif

 

 

Il semblerait plus judicieux, au vu de cette carte, de se pencher sur les nombreuses usines du Nord de la France, des bords du Rhin et des pays de l’Est…

 

separateur-texte.gif

 

 

Ce qui est certain, c’est que l’air parisien est pollué. Il nous faut privilégier les transports en commun.

Ben… euh… non : selon les relevés d'Airparif (encore eux), le réseau souterrain émet en moyenne trois à quatre fois plus de particules fines que l'anneau routier. Lors de mesures effectuées en juin 2009 au métro Faidherbe-Chaligny, riante station de l’Est parisien, les taux de PM10 sont en moyenne de 100 à 150 microgrammes (µg)/m3 pour les quais du métro contre environ 60 µg/m3 a l’extérieur…. 2 fois plus, donc ! (2)

Si vous regardez bien la carte ci-dessus représentant la situation de la France au 25 mars 2015 au plus fort de l’épisode de pollution, le maximum indiqué en rouge sombre/brun, représente « seulement »  60 µg/m3… je vous laisse imaginer les 150 µg du métro...qui présente donc en routine plus du double du plus fort de l’épisode de pollution du mois de mars. Allez zou, attention à la fermeture des portes.

Donc pas de métro non plus..

 

separateur-texte.gif

 

 

Mais alors que faire ? Nous voilà semblables à de pauvres papillons de nuit aveuglés par ces révélations,  voletant sans but dans les bourrasques du doute et de l’indécision. Que faire ?

Heureusement, nous pouvons faire confiance à nos avisés décideurs politiques.  Tournons-nous donc vers cette élite et les solutions alternatives qu’ils proposent. Principalement le nouveau Saint Graal, le nec plus ultra, LA solution : la  voiture électrique. Voilà un mode de déplacement non polluant qu’il nous faut promouvoir et utiliser, disent-ils ! Ecoutons Anne Hidalgo et ses amis « Verts »: « les propriétaires de véhicules électriques pourront prendre les couloirs de bus et recharger gratuitement la nuit sur les bornes installées par la Ville»(3)

Elle ne dit pas encore qu’on leur offrira des bouquets de fleurs, des repas gratuits, que les routes seront tapissées de pétales de roses devant ces heureux conducteurs, et que des masseuses Thaï feront patienter pendant le rechargement des batteries, mais patience…

 

10 000 euros de bonus sont même offerts si l’on se débarrasse de son vieux véhicule Diesel.

Mais bon, puisqu’on vous dit que la voiture électrique est « propre », « écologique », « non-polluante » « zéro émission »…

A l’endroit ou circule la voiture c’est vrai. Pas de bruit, pas de fumées… un rêve ?

Pour les « NIMBistes » que sont les bobos Parisiens, certainement. Adeptes du « Not In My Back Yard », c'est-à-dire « pas dans mon jardin ».Les NIMBistes, c’est ainsi que l’on appelle dans les pays anglo-saxons «des personnes qui veulent tirer profit des avantages d'une technologie moderne, mais qui refusent de subir dans leur environnement les nuisances liées aux infrastructures nécessaires à son installation »(4) 

Je crains qu’une fois de plus, ami lecteur, on nous prenne pour un demeuré apte à gober n’importe quel conte pour enfant sans réfléchir. Car pour consommer de l’électricité, il faut tout d’abord la produire. Ben oui, cela peut paraitre stupide mais j’ai l’impression qu’il est utile de rappeler que l’électricité ne sort pas toute seule des prises de courant. Si, si. Je vous assure. J’ai des preuves.

Petit rappel à l’attention des ardents écolos bobos adeptes de la voiture électrique : en France, voici comment on produit de l’électricité (5):

 

 

 origine elec.gif

Passons rapidement sur l’électricité produite par la combustion de fioul (en jaune, 1%), où là, on sombre dans l’aberration écologique et énergétique si on l’utilise pour faire rouler une voiture: on brûle du fioul, pour produire de l’électricité qui fournira de l’énergie pour une voiture. Beaucoup plus simple et efficace sur le plan du rendement énergétique de brûler le fioul directement dans la voiture, non ?

 

Passons également pudiquement sur l’électricité produite par le charbon (3.3%, en rouge). Pas certain qu’une centrale au charbon soit l’avenir en termes de lutte contre la pollution. Parlez-en aux Chinois, dont l’électricité est produite à 75% dans des centrales au charbon responsables en 2012 de 26 % du total mondial des émissions de CO2 par combustion et dont les grandes villes sont régulièrement envahies de nuages nauséabonds.

 

Non, concentrons-nous sur le sérieux : 79.3% de l’électricité produite en France est produite par l’énergie nucléaire. Grâce à cette énergie, et selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) (dans un rapport  qui compare véhicules électriques et véhicules thermiques) la voiture électrique produit moins de gaz à effet de serre. Si elle sort de l'usine en ayant émis à peu près deux fois plus de CO2 (du fait principalement de l'extraction des métaux qui composent la batterie), la voiture électrique rattrape assez vite son retard grâce…. à une électricité nucléaire peu ou pas émettrice de gaz à effet de serre. C’est vrai. Beaucoup moins de CO2 grâce aux centrales nucléaires.  Youpi. Plus de fumées. Les petits oiseaux chantent.

 

Mais pas mal de PM 10 quand même, causées par l’abrasion des routes, des pneus et des freins. Vous vous souvenez du schéma de début d’article ? Les moteurs diesels honnis étaient responsables de 32% des émissions de PM10 liées au trafic routier. L’abrasion, elle, est responsable de 41% de ces mêmes émissions et cette valeur est la même que la voiture soit électrique, à essence ou Diesel.

 

separateur-texte.gif

 

Et n’oublions pas surtout le principal : quelques déchets nucléaires, dont les fameux HAVL (Haute activité à vie longue), comme uranium 235, plutonium ou uranium 233, dont on ne sait pas quoi faire et qui vont nous embêter pendant les prochains 500 000 ans. Et qu’on envisage donc d’enfouir sous le sol de la Meuse, comme j’ai eu l’heur de vous le conter avec cette verve qui me caractérise dans l’article « Des lendemains radiants » disponible sur ce même blog.

Ben oui. Si je ne cite pas mes propres articles, qui le fera ? Je vous le demande.

Donc pas de pollution dans les belles rues de Paris…mais des contaminations autour des mines d’uranium (mais c’est à Arlit, au Niger, par exemple), des risques de rejets et pollution dans l’air et dans l’eau autour des centrales, (mais c’est dans les campagnes)  et production de déchets nucléaires entassés dans des sites de stockage situées en zones déshéritées très loin des centres urbains.

Passons sur l’extraction du lithium nécessaire aux batteries des véhicules électriques dans les mines d’Argentine(5) : corruption, trafic d’influence, conflits d’intérêt, pollution, épuisement des ressources en eau, exploitation de main d’œuvre non qualifiée… 

Paris rit et reste propre, l’Argentine pleure. Don’t cry for me, Argentina.

Roulez, roulez, petits bolides !

 

separateur-texte.gif

 

Se déplacer est un phénomène physique qui demande de l’énergie. Presque toutes les énergies sont polluantes. L’essence, le fioul, le charbon, le bois, le gaz polluent. Mais faire croire qu’un Diesel neuf et bien réglé est l’ennemi à abattre au profit de la voiture électrique nucléaire est – au mieux- une incompétence. Au pire, une malhonnêteté.

Comme le disent les écologistes (enfin ceux que le nucléaire préoccupe): « la voiture électrique n’est finalement qu’un outil de communication au service du lobby nucléaire. Une pompe à fric avant d’être "zéro émission " ! Une "atomobile" qui engendrera une accentuation des pointes de la consommation très carbonée tout en justifiant le programme nucléaire et ses déchets. » (7)

 

Enfumage, dites-vous ?

 

 

 

Bibliographie

 

1 http://www.airparif.asso.fr/pollution/air-et-climat

2 Campagne de mesure a la station de métro Faidherbe-Chaligny http://www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/Rratp_20090701.pdf

3 Municipales de Paris - Anne Hidago mise sur la voiture électrique  http://www.avem.fr/actualite-municipales-de-paris-anne-hidago-mise-sur-la-voiture-electrique-4695.html

4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Nimby

5 Information sur l'origine de l'électricité fournie par EDF http://fr.edf.com/autres-pages-53295.html

6 Corruption, pollution, consommation : les ravages du lithium en Argentine http://www.reporterre.net/Corruption-pollution-consommation

7 La voiture électrique… l’atomobile !  http://www.sortirdunucleaire.org/La-voiture-electrique-l-atomobile

 

 

 

 

 

 

 


13/04/2015
1 Poster un commentaire