Les étoiles dans le caniveau

Les étoiles dans le caniveau

La statue du Commandeur

Paris, décembre 2013

 

Connaissez-vous le mythe de Don Juan ? Son origine semble être très ancienne, mais toutes les versions racontent en gros la même chose : un séducteur libertin, infidèle et sans religion, défie les dieux et est ensuite puni par ceux-ci.  La puissance du désir érotique s’oppose à la morale chrétienne et perd. Na ! Bien fait ! Non mais !

Parmi les versions les plus connues de ce mythe, le « Dom Juan ou le Festin de pierre», pièce de Molière en cinq actes et le « Don Giovanni » de Mozart, opéra en deux actes.

 

Voici le détail de l’histoire : un Commandeur, personnage noble espagnol, est tué par Don Juan alors qu’il tente de sauver l'honneur de sa fille qui vient d'être abusée dans ses propres appartements.  Après sa mort, on le place dans un somptueux mausolée, dans lequel  se trouve une grande statue de pierre à son image. Don Juan, passant par hasard quelque temps plus tard devant le mausolée, se moque du luxe de ce bâtiment, et, narguant la statue du Commandeur, il l’invite à dîner. Contre toute attente, la statue accepte en hochant la tête…

Un soir où Don Juan se met à table, il est soudain dérangé par un invité : c’est la statue du Commandeur qui vient lui rappeler son invitation et lui proposer un dîner le lendemain.

Mais lorsque la statue du Commandeur revient le lendemain, c’est pour entrainer Don Juan aux enfers afin de lui faire expier ses crimes….

 

Fable éminemment chrétienne, donc, où, si l’on ne jette pas la pierre à la femme adultère, c’est la statue de pierre toute entière qui se jette sur l’homme adultère dans une sorte de « rétro-lapidation », si vous voulez bien me passer l’expression. Merci.

 

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Tout cela pour vous dire qu’on ne se moque pas impunément de la statue du Commandeur. Et que les trois gugusses originaires de la région de Nottingham qui ont récemment signé un article paru dans le British Medical Journal du 12 décembre dernier feraient bien de se méfier (1).

Ces trois scientifiques anglais, Graham Johnson, Indra Neil Guha et Patrick Davies ont osé s’attaquer, dans cet article, au mythe de James Bond, « Double Zéro Sept », le personnage créé par Ian Flemming et héros de nombreux films.

 

James Bond… Titulaire du grade de Commandeur dans la marine britannique, membre des services secrets, il incarne l’élégance,  la séduction et le chic anglais. Au service de sa Majesté, vêtu de son smoking, il séduit les femmes de son œil de velours, se régale de caviar, boit du Dom Pérignon ou du Bollinger et déguste des vodka Martinis mélangées « au shaker, pas à la cuillère »…. Bref, la classe quoi !

Et voilà t’y pas que ces « salisseurs de mémoire » osent déboulonner la statue du Commandeur en prétendant  que James Bond est un alcoolique invétéré, et lui conseillent de consulter rapidement un addictologue s’il ne veut pas mourir jeune.

 

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Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont étudié 12 aventures du célèbre agent secret britannique.

Ils ont épluché par le détail les livres de Ian Fleming en recensant toutes les boissons ingurgitées par James et en les convertissant ensuite en  « unités d’alcool » (Au Royaume Uni, une unité d’alcool est définie par 10ml (soit 8g) d’alcool pur).  A titre d’exemple, une vodka Martini représente 3 unités d’alcool, une flasque de saké, c’est 3.6 unités….

 

Conclusion : Dans les 12 livres étudiés, la vie de James est décrite pendant 123.5 jours, dont 36 jours au cours desquels il n’a pas pu consommer d’alcool pour diverses raisons (admission à l’hôpital, incarcération…).

Restent donc 87.5 jours, pendant lesquels il a bu l’équivalent de 1150.15 unités d’alcool, soit 92 unités par semaine. Son maximum est atteint dans «Bons Baisers de Russie »,  où il s’enfile même en un seul jour (le troisième)  49.8 unités derrière le nœud papillon.

Or, selon les recommandations du service national de santé publique du Royaume Uni (UK NHS), un mâle adulte (ce qui me semble une bonne définition -quoique un peu restrictive- de James Bond) ne devrait pas dépasser 21 unités par semaine, avec un maximum de 4 unités par jour. Donc James Bond, en buvant 4 fois plus que le maximum autorisé, est un buveur de catégorie 3, c'est-à-dire appartenant au groupe présentant le plus haut risque de « cancer, dépression, hypertension et cirrhose ».

 

Il augmente également de manière significative ses risques de mourir dans un accident de voiture : dans Goldfinger, il rentre chez lui en voiture en ayant bu l’équivalent de 18 unités d’alcool, l’équivalent de … 6 vodka Martinis! On se demande comment il évite les platanes, et ne parlons même pas de l’usage d’une arme à feu dans cet état là…

 

Bref, James Bond est un alcoolique chronique. Preuve supplémentaire : chacun sait qu’une bonne vodka Martini doit être mélangée à la cuillère. Quand on connait l’élégance de James, s’il manque ainsi à l’étiquette culinaire la plus élémentaire en réclamant qu’elle soit mélangée au shaker, c’est parce que ses mains tremblent tellement qu’il est incapable de tourner une cuillère dans un verre.

Selon une autre étude (2), il fume par ailleurs quotidiennement trois paquets de cigarettes par jour, d’un tabac Macédonien à très forte teneur en goudrons.

Alcool et tabac en quantité excessive…. : on peut donc en conclure que le célèbre Double Zéro Sept est probablement impuissant, incapable de tout effort physique, en surpoids et devrait mourir jeune.

 

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Et c'est encore une icône qui s’effondre. ..

Ah, voici bien où nous a conduit cette idéologie décadente et gauchisante post-Nietzschéenne et son inversion des valeurs : on commence par tuer Dieu (« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! » Nietzsche, Le gai savoir), et ensuite les ressortissants de la perfide Albion, ne respectant plus rien, se croient alors autorisés à ridiculiser James Bond.

L’Evangile selon Saint-Matthieu (8:20) l’avait annoncé : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids; mais le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête ».

Nous sommes donc désormais condamnés à errer dans un monde sans valeurs, sans phares, tels de pauvres papillons amnésiques qui ne savent plus où se poser. Soyons francs : même s'il demeure la pensée de Jean-Luc Layahe et la musique de Lara Fabian, toutes deux peinent à donner un sens à notre vie.

Que va-t-il nous rester ? Tous nos maîtres à penser ont disparu ...c’est le crépuscule des idoles…

 

Mais maintenant, je vous préviens : le premier qui s’attaque au Marsupilami aura affaire à moi.

 

 

 

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BIBLIOGRAPHIE :

 

(1) Graham Johnson, Indra Neil Guha &Patrick Davies: Were James Bond’s drinks shaken because of alcohol induced tremor? British Medical Journal  2013 ; 347:f7255

(2) F. Hache-Bissette, F. Boully et V. Chenille, James Bond : figure mythique (éd. Autrement)



29/12/2013
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