Les étoiles dans le caniveau

Les étoiles dans le caniveau

De la Nature des choses


Le vice de l’écrevisse

Paris, mai 2017

 

 

Dans un article récent dont la verve ne vous aura pas échappée (1), je décrivais dans ce style inimitable qui, tel le plat pays, est le mien, et qui faisait déjà mon succès dans les maternelles de Loire-Atlantique, l’agacement profond que m’inspire la plupart de mes congénères.

 

Résumé : Non, pour l’essentiel, je ne vous aime pas. Soyons francs, même : j’ai pour habitude de dire que vous me saoulez. Grave.

 

Et la science vient d’ailleurs de me donner raison, dans un article publié en février 2017 par des chercheurs de l’université du Maryland, aux Etats-Unis, dans le très sérieux Journal of Experimental Biology (2)

 

Ces chercheurs ont étudié l’effet de l’alcool sur les jeunes écrevisses. Bon, à priori, j’en conviens, cela parait plutôt bizarre. Pourquoi des jeunes écrevisses ? … et bien par ce que ces charmantes petites bêtes ont démontré par le passé que leurs changements de comportement sous l’action de diverses drogues (comme les amphétamines et la cocaïne) étaient très similaires à ceux observés chez des vertébrés comme vous et moi (enfin, surtout comme vous).

 

Oui, j’entends votre étonnement…il existe donc des gens qui, après des études longues et pénibles, passent leur temps sur cette terre de douleurs à filer de la coke à des écrevisses.Ne riez pas. Je crains qu’ils ne le fassent avec vos impôts.

 

De plus, chez l’écrevisse, les effets de l’alcool interviennent à partir de niveaux de concentration dans le sang très similaires à ce qui se passe chez les humains (3), ce qui en fait un bon sujet d’étude. Par ailleurs, ces bestioles ont également démontré qu’elles étaient capables de s’habituer à l’alcool après quelques semaines, comme n’importe quel supporter de foot lors d’une coupe du Monde…

 

Que se passe-t-il quand on saoule une écrevisse ? Je vous le demande…. Je suis certain que vous ne vous êtes même jamais posé la question. Et vous voudriez que la science avance, misérables moutons paissant, hébétés, dans les champs émollients de l’insouciance et du stupre ? …Et bien voilà : Tout d’abord, elle se met à marcher sur la pointe des pieds en levant la queue. Telle un petit rat faisant les pointes. Du moins en ce qui concerne la première partie de la phrase. La pointe des pieds. Parce que…

 

Non…passons !

 

Ensuite, elle perd toute coordination motrice et tombe sur le dos, sans parvenir à se relever. On notera ici une similitude de comportement étonnante avec celui de mon pépé Jean quand il finissait de raconter pour la dixième fois sa guerre des tranchées à son auditoire aviné du bar le Balto dans la banlieue de Lorient.

 

Tout cela pour vous dire qu’il est donc très facile d’observer les effets d’une dose croissante d’alcool chez Procambarus clarkii, plus connue sous le nom d’écrevisse de Louisiane. Charmante bestiole qui est par ailleurs en train d’envahir nos cours d’eau en remplaçant la bonne vieille écrevisse à pattes rouges (Astacus astacus) de nos belles provinces françaises, mais ceci est une autre histoire.

 

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On sait que la dépendance à l’alcool est un phénomène extrêmement complexe : la plupart des autres drogues ont des récepteurs spécifiques dans le cerveau et il est facile d’étudier et de comprendre la liaison entre ce récepteur et la drogue. L’alcool non…On pense que l’intoxication par l’alcool est liée à un phénomène complexe d’interactions entre la molécule d’alcool et le système nerveux dans son ensemble… et sa complexité.

 

On savait déjà, grâce à des études réalisées sur d’autres animaux, que la consommation d’alcool était fonction de certains facteurs sociaux : chez les rats ou les singes, par exemple, les dominés consomment plus d’alcool que les dominants. D’autre part, les individus qui sont maintenus à l’isolement ont plus tendance à picoler que ceux vivant en groupe.

 

Mais voici ce qu’on découvert nos amis du Maryland au cours de cette étude :

En alcoolisant des écrevisses, les auteurs ont démontré que l’histoire « sociale » de ces petites bêtes était capable de modifier les effets de l’alcool sur leur organisme : les écrevisses qui avaient eu la possibilité d’établir des interactions fréquentes avec leurs congénères étaient plus sensibles à l’alcool que les animaux qui avaient été privés de tout contact. En clair, plus elles avaient de copines, moins il leur fallait d’alcool pour être bourrées.

 

L’hypothèse des chercheurs est que l’environnement social, les relations avec les congénères, entrainent des changements dans le système de neurotransmetteurs, ces composés chimiques qui assurent la communication entre les cellules du système nerveux spécialisées dans la communication et le traitement d'informations (les neurones). Les relations sociales modifieraient le nombre et l’accessibilité de certains récepteurs de ces neurotransmetteurs (sérotonine et GABA, principalement). Et l’alcool est connu pour justement interagir avec ces systèmes de neurotransmission.

 

En interagissant avec vos amis ou avec vos collègues de travail, vous modifiez votre système nerveux  et ce sont donc ces systèmes nerveux ainsi modifiés par la vie sociale qui réagiront ensuite différemment à l’action de l’alcool : Les écrevisses « sociables » seront ainsi plus vite ivres que les écrevisses solitaires.

 

Et les auteurs de conclure : « Il est tentant de suggérer que la sensibilité réduite à l’alcool que nous avons observée chez les écrevisses socialement isolées peut expliquer l’augmentation de consommation d’alcool qui a été souvent décrite chez les mammifères vivants seuls ….. Si le fait de vivre isolé entraine une diminution de la sensibilité à l’alcool, il est raisonnable de penser que les animaux (et les humains) dès lors qu’ils sont seuls ou exclus, devront augmenter leur consommation d’alcool, puisqu’ils doivent boire plus pour en ressentir les effets ».

 

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Première conclusion : avoir beaucoup d’amis entraînerait donc une sensibilité supérieure à l’alcool et donc une diminution de la consommation. Puisqu’on devient ivre plus rapidement, il deviendrait donc plus économique de boire en groupe. De plus, le dégoût que ne manque pas d’inspirer la proximité avinée de vos compagnons de beuverie, en poussant à la consommation d’alcool, irait dans le même sens.

 

Seconde conclusion : boire seul est donc un plaisir coûteux.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

(Ces conclusions ne sont pas approuvées par le Ministère de la Santé et sa copine modération avec laquelle il est pourtant recommandé de boire régulièrement)

 

Bon… je vous laisse.

 

…….I am a poor lonesome crevette and I am totally pompette……

 

 

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Bibliographie

 

  1. Misanthropie à part, octobre 2015 : http://les-etoiles-dans-le-caniveau.blog4ever.com/misanthropie-a-part  Et bien oui… si je ne me cite pas moi-même, qui le fera ? 
  2. Matthew E. Swierzbinski, Andrew R. Lazarchik, Jens Herberholz : Prior social experience affects the behavioral and neural responses to acute alcohol in juvenile crayfish - Journal of Experimental Biology 2017 220: 1516-1523; doi: 10.1242/jeb.154419
  3. Bon, chez les écrevisses, ce n’est pas vraiment du sang…on appelle cela de l’hémolymphe

09/05/2017
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Sister Morphine

Paris, juillet 2016

 

 

Si ca se trouve,  Baudelaire (Charles de son prénom) souffrait tout simplement d’un déficit génétique en récepteurs opioïdes de type µ…

 

Ben oui…Il y a des indices : je m’explique :

 

Penchons nous un peu sur son œuvre : le poème « L'étranger » tout d’abord (Petits poèmes en prose, I)

 

-Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?

- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

- Tes amis?

-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

- Ta patrie?

- J'ignore sous quelle latitude elle est située.

- La beauté?

- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.

- L'or?

- Je le hais comme vous haïssez Dieu.

- Eh! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?

- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!

 

Puis allons faire un tour dans « Les fleurs du mal «, avec « Recueillement », et la fameuse première strophe :

 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

Résumons la situation du poète : Pas de père, ni de mère, ni frères, ni sœurs….tellement peu d’amis qu’il en ignore même le mot …. et la douleur qui s’en vient quand descend le soir….

 

Selon un article récent paru dans le journal «Nature»(1), ce que ressentait Charles Baudelaire est logique : cette étude récente montre qu’on peut établir une corrélation directe entre la résistance à la douleur d’un individu et la taille de son réseau social.

Pour faire simple : Plus un individu est entouré d’amis, plus il est résistant à la douleur.

 

Et la question se pose, qui a commencé ? La poule ou l’œuf ?

Est-ce que c’est parce qu’il a plein d’amis que, béat, l’être humain supporte les douleurs en souriant stupidement, ou bien parce qu’il supporte la douleur sans broncher qu’il peut s’entourer une kyrielle de chouettes copains hurlants?

Et bien ni l’un ni l’autre : les deux ont la même cause : le système des récepteurs opioïdes de type µ.

 

Comme souvent pour ce qui se passe dans le corps humain, tout s’explique par un système de récepteurs et de ligands : une molécule (clé) se fixe dans un récepteur (serrure), ce qui ouvre une porte (un effet biologique).

Ici une morphine fabriquée par notre corps : la beta endorphine qui se fixe sur  des récepteurs (appelés opioïdes de type µ) situés dans le cerveau. Et cette fixation a deux effets : favoriser le contact avec les autres (socialisation) et provoquer une diminution de la douleur (analgésie).

 

Afin de mieux comprendre le phénomène, observons ce qui se passe chez Marcel, habitant de la caravane 23 du camping « A l’abri côtier » de Tremponzy les Arpions.

 

Lorsque cette endorphine se fixe sur ses récepteurs opioïdes de type µ, Marcel est soudain envahi d’une sensation de bien-être et d’euphorie… Il trouve tout merveilleux, ce qui le pousse immédiatement à se frotter à ses congénères, en leur offrant de partager illico une partie de pétanque ou un apéritif anisé.

 

C’est la « Brain Opioid Theory Of Social Attachment » ou BOTSA, (2) ou Théorie de l’attachement social via les opioïdes du cerveau. Plus son système endorphine/récepteur fonctionnera, plus Marcel aura l’envie irrépressible de se faire de nouveaux amis.

 

Mieux, le contact avec ses voisins de caravane, en favorisant lui-même la production d’endorphine,  va entretenir le système en prolongeant cette euphorie qui le conduira à proposer la revanche de la partie de pétanque, puis la belle….jusqu’à l’inévitable échange d’adresse et les retrouvailles l’hiver venu autour des photos de vacances.

 

Par la même occasion, cette beta endorphine produit un important effet antidouleur (encore plus élevé que la morphine médicament !)(3) qui permettra au même Homo Sapiens de se prendre la dite boule de pétanque sur les orteils tout en gardant d’une part un sourire béat et d’autre part la main dans la main de son copain de camping. Même pas mal ! …

 

Mais alors comment expliquer ces hordes d’amis en bobs Ricard bras dessus bras dessous d’un coté et la longue complainte lugubre du misanthrope hurlant seul dans la nuit d’autre part ?

Pourquoi certains individus (j’en suis) comptent-il leurs amis sur les doigts d’une seule main d’un employé de scierie maladroit ?

 

Eh bien, nous n’y pouvons rien (ou pas grand chose) : Il semble que la cause en soit essentiellement le nombre de récepteurs opioïdes de type µ présents dans le cerveau (et la moelle épinière), qui peut varier de 30 à 50% selon les individus. Et cette densité est déterminée de façon génétique…

 

Nous ne choisissons pas d’être misanthrope. En revanche, misanthropes, nous devons en surplus nous résoudre à souffrir plus que les autres….

Les grandes douleurs sont muettes, disait Sénèque, le stoïcien.

 

Je  propose donc de réécrire l’acte I Scène 1 de la pièce de Molière, "Le Misanthrope" :

 

« Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net,

L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait »

 

en

 

 « Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net

J’ai les beta-endorphines qui sont dans les chaussettes… »

 

Ça a une autre gueule, non ?

 

 

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Bibliographie

 

 

  1.  Johnson, K. V.-A. and Dunbar, R. I. M. : Pain tolerance predicts human social network size. Sci. Rep. 6, 25267 (2016).
  2.  A.J. Machin1 and R.I.M Dunbar :  Behaviour, Volume 148, Issue 9-10, pages 985 - 1025  (2011)
  3.  Loh, H. H., Tseng, L. F., Wei, E. & Li, C. H. β -endorphin is a potent analgesic agent. Proc. Natl. Acad. Sci. USA 73, 2895–2898 (1976)

29/06/2016
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La fabrique des cerveaux lents

Paris, décembre 2014

 

On s’en doutait déjà un petit peu : le cerveau de l’homme va mal.

 

Celui-ci a en effet un tantinet tendance à considérer la planète comme quelque chose se situant entre un immense garde-manger et un paillasson. Garde-manger sans fond, toujours plein, dans lequel les riches peuvent se servir librement, et prélever plus que ce dont ils ont besoin, au détriment des autres. Paillasson ensuite sur lequel les mêmes pays développés peuvent s’essuyer les pieds, sans se soucier plus que cela des conséquences écologiques.

 

Trancher les arbres de l’Amazonie au rythme de l’équivalent de la surface d’un terrain de football toutes les 7 secondes, éventrer régulièrement des supertankers pétroliers sur les rochers des côtes un peu partout dans le monde, créer un continent de plusieurs millions de km2 de déchets plastiques dans l’océan Pacifique, construire des centrales nucléaires en zone à risque (tremblement de terre ou tsunami)… on se doutait bien que le cerveau de l’homme ne marchait pas toujours parfaitement bien, alors que bizarrement, il était en revanche très performant dès qu’il s’agissait de réaliser des profits juteux.

Selon un article paru récemment, il y a même des risques que le cerveau humain fonctionne de moins en moins bien, et cela principalement à cause des phtalates.

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Les phtalates sont des produits chimiques, très utilisés dans l’industrie chimique pour deux raisons : ils assouplissent les plastiques et ils stabilisent les parfums.

 

Mais les phtalates ont deux inconvénients majeurs : le premier, c’est qu’il est physiologiquement impossible de prononcer leur nom en mangeant des lentilles. Ben si.. Essayez. Ah vous voyez, vous en avez mis partout. Inconvénient mineur, me direz-vous. J’en conviens.

 

Le second inconvénient, plus sérieux, est qu’ils appartiennent à une famille de molécules que l’on appelle des perturbateurs endocriniens.

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Le système endocrinien est composé d’un ensemble de glandes qui sont responsables de la sécrétion des hormones (parmi ces glandes, les plus connues sont l’hypophyse, la thyroïde, les testicules ou les ovaires).

 

Ces glandes endocrines secrètent donc des hormones, qui sont des substances chimiques responsables de la transmission de messages dans l’organisme. Ces hormones circulent dans le sang, puis vont se fixer sur des récepteurs. A chaque hormone correspond un récepteur spécifique, comme une clé est spécifique d’une serrure. Quand la clé « hormone » rencontre la serrure « récepteur », elle déclenche une cascade de réactions aboutissant à la réalisation, par la cellule, de nouvelles tâches.

 

Prenons un exemple : la thyroïde produit des hormones thyroïdiennes (triiodothyronine en très faible quantité et surtout thyroxine). Ces hormones circulent dans le sang et lorsqu’elles rencontrent leur récepteur, elles s’y fixent, ce qui déclenche une série de réactions essentielles au développement et à la différenciation de toutes les cellules du corps humain, notamment celles du système nerveux central.

 

Le problème des perturbateurs endocriniens, c’est que ces molécules ressemblent beaucoup à des hormones. Du coup l’organisme se trompe : soit le perturbateur se fixe sur le récepteur (comme une fausse clé) mais sans déclencher de réaction. Du coup il bloque la serrure (et donc le récepteur), la « vraie » hormone ne peut plus se fixer et il empêche donc son action : c’est l’effet « antagoniste ».

Soit il se fixe sur le récepteur, déclenche la série de réactions prévues, mais le fait sans arrêt, sans régulation et même si cela n’est pas nécessaire : c’est l’effet « analogue » ou « agoniste ».

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Mais revenons à nos phtalates. Les scientifiques savaient déjà qu’ils pouvaient agir comme des antagonistes des hormones androgènes : en bloquant les récepteurs spécifiques de ces hormones, ils peuvent inhiber la production de testostérone et entrainer des malformations génitales comme des cryptorchidies (testicules ne descendant pas dans les bourses à la puberté) ou des micro pénis (là, pas besoin d’explication...)

 

Mais plus récemment, on s’est mis à soupçonner que l’exposition prénatale aux phtalates pourrait avoir une incidence sur le développement mental et psychomoteur des bébés.

 

A ce sujet, une étude inquiétante vient d’être publiée par des scientifiques américains (1): ils ont tout d’abord mesuré les taux de phtalates dans les urines de 328 New-Yorkaises lors du troisième trimestre de leur grossesse. En parallèle, lorsque leurs enfants ont eu 7 ans, ils ont réalisé sur ceux-ci des tests d’intelligence (portant, entre autres, sur la mémorisation des informations nouvelles, la mémoire à court terme, la concentration…).

 

Des phtalates ont été trouvés (à des concentrations variables) dans les urines de toutes les femmes enceintes étudiées, ce qui montre bien que ces molécules sont partout. Les concentrations mesurées n’ont par ailleurs rien de surprenantes et sont conformes à ce qui est mesuré régulièrement.

Les femmes ont été ensuite classées en quatre groupes, en fonction du taux de phtalates mesuré dans leurs urines. Les enfants nés des 75% de mères présentant des taux de phtalates les plus élevés présentait un QI inférieur d’environ 7 points (sur 100) si on les comparait au 25% restants, nés de mères présentant les plus faibles concentrations de phtalates.

 

Selon Robin Whyatt, un des auteurs de l’article, cette baisse de QI est significative et “risque d’avoir des conséquences substantielles sur les résultats scolaires et sur la réussite professionnelle ».

 

Et les phtalates sont loin d’être les seuls membres de la grande famille des perturbateurs endocriniens : en 2013, on recensait environ mille molécules différentes (2) utilisées dans l’industrie et susceptibles de perturber notre système endocrinien : Bisphénol A, Dioxines, Parabènes, Alkylphenols, certains herbicides (atrazine et glyphosate)…. Selon leur nature, elles peuvent cibler testicules, prostate, glande mammaire, hypothalamus, hypophyse, thyroïde, système cardiovasculaire, pancréas, ovaires, utérus… et provoquer des cancers, des atteintes du neurodéveloppement, des troubles immunitaires, des pathologies thyroïdiennes, l’obésité et le diabète.

 

Les perturbateurs endocriniens sont soupçonnés d’être parmi les responsables de l’augmentation du nombre de certains cancers, dont celui du testicule, celui de la prostate (5,3%/an entre 1975 et 2000, soit une multiplication quasi par 4 de leur nombre) et celui du sein (en France, leur nombre a presque doublé entre 1980 et 2000 : le risque de développer un cancer du sein est passé de 4,9% pour une femme née en 1910 à 12,1% pour une femme née en 1950).

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Les phtalates semblent aussi jouer un rôle dans l’autisme : une récente étude du CDC (Centers for Disease Control and Prevention, la principale agence gouvernementale américaine en matière de protection de la santé publique) estime qu’en 2014, c’est désormais 1 enfant sur 68 (3) qui est atteint d’ASD (autism spectrum disorder ou troubles du spectre autistique) aux Etats-Unis. Au-delà du chiffre inquiétant en lui-même, c’est surtout sa progression qui fait peur : cette nouvelle estimation est supérieure de 29% par rapport à celle de 2008 (1 enfant sur 88), de 64% par rapport à 2006 (1 sur 110) et de…. 123% par rapport à 2002 (1 sur 150).

 

Les gènes de la population américaine n’ayant que très peu évolués en si peu de temps, il est logique de rechercher une cause environnementale plutôt que génétique. De plus, selon une étude publiée en 2012, c'est un garçon sur 54 qui est touché, contre une fille sur 252… cette différence liée au sexe suggère ici également la piste des perturbateurs endocriniens qui interfèrent avec le système hormonal et dont l’action pourrait donc être différente selon le sexe.

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La déforestation, les déchets nucléaires, le réchauffement climatique… tout cela avait été réalisé par un Homo Sapiens au mieux de sa forme et au cerveau encore peu imprégné de perturbateurs endocriniens.

Les prochaines générations seront donc composées d’autistes dotés de micro pénis et au QI d’huître.

Je ne suis pas certain que ces mutants nous tricoteront un monde meilleur.

Souriez ! Demain sera pire….

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

  1. Pam Factor-Litvak, Beverly Insel, Antonia M. Calafat, Xinhua Liu, Frederica Perera, Virginia A. Rauh, Robin M. Whyatt : Persistent Associations between Maternal Prenatal Exposure to Phthalates on Child IQ at Age 7 Years . PLOS ONE | DOI:10.1371/journal.pone.0114003 December 10, 2014
  2. TEDX List of Potential Endocrine Disruptors : http://endocrinedisruption.org/endocrine-disruption/tedx-list-of-potential-endocrine-disruptors/overview
  3. Rapport complet du CDC disponible sur :http://www.cdc.gov/ncbddd/autism/states/comm_report_autism_2014.pdf

 


23/12/2014
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La Chansonnette du Sansonnet

 

Paris, novembre 2014

 

Mesdames, Messieurs,

 

Dans le cadre des causeries du GORET (Groupement Ornithologique Rigolo Et Transrhinoscope*), vous voudrez bien trouver ci-après le texte intégral de la conférence donnée le 27 octobre 2014 par le Professeur Krane de PIAF et intitulée: « l’étourneau Sansonnet, sa vie, son œuvre »

 

(*pour mémoire, la transrhinoscopie est définie comme « la capacité de voir plus loin que son nez »)

 

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Chaque année, des vols d'étourneaux sansonnets traversent le ciel gris de novembre et choisissent de s'arrêter dans nos belles villes de France, sur la route de leur migration en provenance de l'ex-Union Soviétique, et tout particulièrement d’Ukraine.

Très grégaires à cette époque de l'année, ils envahissent alors nos villes et constituent des dortoirs dont les effectifs peuvent compter plusieurs centaines de milliers d'individus. Ces dortoirs sont à l'origine de nuisances importantes, notamment pour les voitures stationnées sous les perchoirs de nuit.

A ce sujet, je vous laisse méditer la question de Pierre Légaré(1), l’humoriste québécois : pourquoi « les crottes d'oiseaux sur une voiture blanche, c'est noir et sur une voiture noire, c'est blanc? »

 

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Vous avez également peut-être eu la chance de voir ces vols, composés de plusieurs milliers, voire dizaine de milliers d’individus : le nuage s’étire, se dilate, puis se densifie avant de changer de direction comme une vague…

 Ces nuages ont fasciné les chercheurs, qui ont voulu comprendre à qui ou à quoi obéissaient ces mouvements (2&3).

 Leur conclusion : aucun oiseau ne mène l’ensemble. Aucun leader, ni hiérarchie, donc…. Mieux, quel que soit la taille du nuage (et donc le nombre d’individus), et que les individus soient distant de 20 centimètres ou d’un mètre, chaque oiseau n'interagit qu'avec un maximum de sept de ses plus proches voisins. Les mouvements de chaque individu sont ainsi influencés par ceux des autres, comme si tous étaient reliés entre eux, permettant une coordination parfaite de l’ensemble.

Pour faire simple, le comportement de chaque individu est déterminé par celui de ses voisins : c’est ce que l’on appelle l’allélomimétisme, que l’on pourrait traduire de la manière suivante : ce qui assure la cohésion du système, c'est la tendance de chacun à faire la même chose que ce que fait son voisin.

 

N’en tirons aucune conclusion politique hâtive…

 

On peut néanmoins en déduire que l’étourneau sansonnet suit la pensée de Nietzsche, qui disait : « Veux-tu avoir la vie facile? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui »(4).

 Et mine de rien, nous venons donc ici d’inventer le concept d’oiseau Nietzschéen, ce qui n’est tout de même pas rien, vous en conviendrez.

 

Certains ont été jusqu’à prétendre que le comportement des traders sur les marchés financiers obéissait également à ce mimétisme : il suffit que quelques-uns de ces opérateurs financiers décident de vendre pour que, de proche en proche, la décision se propage à un très grand nombre d'agents, provoquant ainsi une crise financière…

 Mais cela voudrait dire que la finance internationale est contrôlée par des têtes de piafs, ce que je me refuse personnellement à croire.

 

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Mais revenons au thème principal de notre causerie : Etourneau sansonnet, qui es-tu ? Hmm ?

 

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L’étourneau sansonnet (ou Sturnus Vulgaris) est une espèce de passereau de la famille des sturnidés, nous dit le dictionnaire. Voilà qui ne nous avance guère. Enquêtons donc tout d’abord sur son double nom, puisqu’il est indifféremment appelé étourneau ou sansonnet :

 

Etourneau : Tout d’abord, tordons le coup à l’étourneau  euh non, à une idée reçue : l’étourneau ne doit qu’au hasard de la phonétique sa réputation d’étourderie. Il n’est pas plus tête en l’air que vous et moi. Enfin surtout que vous.

 Son nom viendrait plutôt du bas latin Sturnellus, lui-même issu d’une racine indo-européenne que l’on retrouve dans plusieurs autres langues : en allemand (Stern), en Danois (Stjerne,) ou en Anglais (Star) et qui veulent tous dire « étoile ». En effet, pendant la période de reproduction, l’étourneau revêt son plus beau plumage scintillant pour draguer l’étournette. Son ventre ressemble alors à une nuit étoilée (voir photo). Enfin, avec beaucoup d’imagination.

 

Comment vous décrire l’oiseau ? Globalement, et vu par un sombre après-midi de novembre, il semble noir et je sais des ornithologues approximatifs du dimanche qui le confondent avec un merle.

Pas sexy, sexy, comme piaf : Selon Jean Baptiste Bonaventure de Roquefort, dans son « Dictionnaire étymologique de la langue Françoise où les mots sont classés par famille », paru en 1829, il s’agit d’une « sorte d’oiseau très remuant et fort bruyant, noirâtre et tacheté». Difficile de faire moins sympa, comme définition. Moi, je crois plutôt que ce garçon était un peu furieux d’avoir ce nom ridicule (Bonaventure de Roquefort) et que, du coup, il se vengeait sur des piafs qui ne lui avaient rien fait.

Dans le sens figuré, et par analogie phonétique dont on parlait plus haut, un étourneau est devenu ensuite une personne irréfléchie, un jeune homme présomptueux. Ce sens a été utilisé par Molière, dans « Sganarelle ou le Cocu imaginaire » :

 

Ah ! Truande, as-tu bien le courage

De m’avoir fait cocu dans la fleur de mon âge

Et femme d’un mari qui peut passer pour beau,

Faut-il qu’un marmouset, un maudit étourneau…

 

Et voilà comment un oiseau attrape une réputation de tête en l’air. Jean-Baptiste, les étourneaux ne te remercient pas !!

 

Sansonnet : Ici, l’étymologie est plus discutée : certains y voient un diminutif de Samson, le personnage de l’ancien testament auquel on avait (après la trahison de Dalila) crevé les yeux avant de l’enchaîner. L’oiseau était en effet souvent tenu en cage, tel un petit Samson, un Sansonnet.

Sornettes et billevesées, rétorquent d’autres, il s’agit d’une évolution du mot sas (ou crible), ayant donné sassonet (l’oiseau étant criblés de petites tâches).

D’autres encore évoque « Chansonnet » en raison du chant de l’oiseau. Bref, les avis divergent. Et divergent, c’est énorme aurait-dit le regretté Pierre Desproges (que Dieu ait son âme, et moi-même, Dieu lâche la mienne).

 

Deux choses à noter concernant ce mot de sansonnet :

 

  • Tout d’abord, il est passé dans une expression commune : « De la roupie de sansonnet » pour désigner quelque chose d’insignifiant, de valeur négligeable. Quel rapport avec l’oiseau me direz-vous ? Aucun. Au Moyen Age, le terme de roupie désignait la « goutte au nez ». Chose qui vous l’admettrez, est de peu de valeur. Mais si elle est ensuite « sans son nez », c’est-à-dire privé de l’organe émetteur, elle devient encore moins que rien. Elle devient en quelque sorte l’équivalent du célèbre couteau de Lichtenberg, défini philosophiquement comme « un couteau sans lame auquel ne manque que le manche », c’est-à-dire un presque rien.
  • Plus drôle, sansonnet est synonyme de « pet discret » en 1532 chez Rabelais et décrit un certain pet (également discret) des galantes du XVIIIe. Origine proposée : « sans son est » c’est-à-dire non voulu, à l’insu de son plein gré….(5)

 

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A part cela, l’oiseau est très intelligent : il a une vie sociale très développée et possède un chant très varié : sifflet mélodieux, cris rauques, claquements métalliques, gazouillis, cliquetis, grincements, bavardages et gargouillements, jusqu'aux imitations réussies de sons tels que les chants d'autres oiseaux, les téléphones, les carillons de porte et les klaxons…

 

Certains chercheurs (6) ont même découvert que les oiseaux qui chantent le mieux (nombre de chants par heure et durée de ce chant) sont également ceux qui ont le meilleur système immunitaire. Grâce à ce plus beau chant, ils attireront donc plus facilement les femelles et transmettront ainsi leurs gènes, garants d’un bon système de défense à leurs oisillons. Comme quoi bien causer, ça aide à emballer les gonzesses… Mais je m’égare.

 

Il peut aussi apprendre à parler et c’est pour cela qu’il était autrefois capturé et mis en cage dans nos vertes campagnes françaises. Selon Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon (c’est-à-dire le naturaliste Buffon..)(7) : «Un étourneau peut apprendre à parler indifféremment François, Allemand, Latin, Grec, etc. et à prononcer de suite des phrases un peu longues : son gosier souple se prête à toutes les inflexions, à tous les accens. Il articule franchement la lettre R et soutient très bien son nom de sansonnet ou plutôt de chansonnet par la douceur de son ramage acquis, beaucoup plus agréable que son ramage naturel ».

 

Mais il ne faut pas exagérer tout de même, et il semblerait qu’à ce sujet notre ami Pline l’Ancien (écrivain et naturaliste Romain du premier siècle après J.C) se soit un tantinet emballé :

 

« … Pline a écrit que les deux jeunes princes Drusus et Britannicus, fils de l’empereur Claude, avaient un étourneau qui parlait grec et latin, étudiait seul les leçons qu’on lui donnait, disait tous les jours quelque chose de nouveau et répétait quelquefois des discours entiers et suivis. Assurément le merveilleux surpasse ici la vérité. Ce qu’il y a de certain, c’est que les anciens faisaient grand cas de la chair de cet oiseau ; qu’ils en servaient souvent sur leur table, quoique ce soit un assez mauvais met, la tête ayant une odeur de fourmi et la peau étant amère. »(8)

 

Ben oui, parce qu’on consomme encore assez souvent, de nos jours, l’étourneau sous forme d’un pâté (la fameuse terrine de sansonnet) ou de salmis.

 Buffon confirme d’ailleurs le goût moyen de l’animal, mais en suggère une autre utilisation :

 

« En disséquant un jeune étourneau de ceux qui avaient été élevés chez moi, j’ai remarqué que les matières contenues dans le gésier et les intestins étaient absolument noires, quoique cet oiseau eût été nourri uniquement avec de la mie de pain et du lait : cela suppose une grande abondance de bile noire, et rend en même temps raison de l’amertume de la chair des oiseaux, et de l’usage qu’on a fait de leurs excréments dans les cosmétiques »(6).

 

Dégoûtant, pensez-vous et digne d’un autre âge ? Pas tant que cela : un produit cosmétique à la mode de nos jours, le Geisha, tire son nom de l'utilisation ancestrale des excréments d’un autre oiseau, le rossignol, par les courtisanes japonaises, dont la peau s’abîmait en raison du haut niveau de plomb de leur maquillage blanc. Il coûte 180 dollars dans les salons de beauté de New York.(9)

 

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L’étourneau sansonnet est omnivore et peut s’adapter à toutes sortes de nourriture. Il a néanmoins un fort penchant pour les fruits (cerises, olives, raisin…) ce qui pourrait bien lui poser quelques problèmes. En effet, la plupart des fruits sucrés qu’il consomme sont fermentés et contiennent donc des quantités importantes d’alcool : certains animaux n’y résistent d’ailleurs pas et on a pu voir récemment, dans la banlieue de Stockholm, des élans ayant abusé de pommes fermentées (et donc imbibés comme des biscuits dans un Tiramisu) rendus agressifs par l’alcool, se mettent à attaquer des passants ! (10)

Si un animal de la taille d’un élan peut se retrouver ivre, imaginez l’effet sur un petit oiseau de moins de 100g comme l’étourneau…

 

Et bien pas du tout, vous ne verrez jamais un étourneau ivre : même après plusieurs tournées de pommes fermentées, l’étourneau peut sans problème se tenir sur une patte en touchant son bec avec son aile (même s’il s’y risque rarement) et ne chante qu’exceptionnellement la Marseillaise en Breton. Pourquoi donc, me direz-vous ?

 C’est la question que s’est posée le Professeur Roland Prinzinger, grand ornithologue allemand (11) de la région de Francfort.

 

Après avoir fait boire des étourneaux (les chercheurs ont parfois des distractions bizarres…), il a démontré qu’ils pouvaient métaboliser l'alcool à une vitesse exceptionnelle … La raison : une des enzymes impliquées dans la dégradation de l’alcool (l’alcool déshydrogénase) est …. 14 fois plus active chez l’étourneau que chez l’homme. Pour une quantité équivalente d’alcool (rapportée au poids de la bête, bien sûr !), un homme mettra 30 heures à récupérer alors que l’étourneau sera frais comme un gardon en un peu plus de deux heures (130 minutes). Ainsi cet oiseau peut consommer en abondance des fruits fermentés sans être saoul car l'alcool disparait très vite.

 

La prochaine fois, ne cherchez pas votre capitaine de soirée… A la sortie de la boîte de nuit, attrapez donc un étourneau !

 

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Néanmoins, même si je ne voudrais pas finir sur une note inquiétante, je vous dois la vérité. Les étourneaux, s’ils ont peu de problèmes avec l’alcool, supportent en revanche assez mal les antidépresseurs selon une étude récente (12).

 

Quel rapport entre les antidépresseurs et l’étourneau, me direz-vous ? Suivez le guide : à force de vous gaver de petites pilules de toutes les couleurs, pour oublier au choix (ou successivement) l’augmentation de vos impôts, la diminution de votre salaire, ou le dernier album de Lara Fabian, une partie des médicaments ingurgités se retrouvent (via vos toilettes) dans les eaux usées, puis dans les boues des stations d’épuration, boues qui sont ensuite utilisées en épandage pour l’agriculture. Une fois étendues sur le sol et mélangées avec de la terre, elles attirent toute une série de bestioles, en particulier des vers de terre, dont sont friands nos amis étourneaux.

Cette étude allemande a calculé par exemple que les étourneaux se nourrissant à proximité de stations d’épuration ou sur des champs d’épandage avalaient en moyenne (via les vers de terre) une dose d’environ 0.9 microgrammes par jour de Fluoxetine, plus connu sous le nom de … Prozac.

Ils ont ensuite étudié le comportement de ces individus en comparaison avec un groupe témoin : « L’effet principal est la perte d’appétit » : les oiseaux ayant consommé des antidépresseurs « mangent beaucoup moins et grignotent toute la journée. Ce qui diminue leur chance de survivre pendant les longues et sombres nuits d’hiver ». Mais ils n’ont pas seulement perdu l’appétit : quand on présente un mâle à une femelle sous Prozac, elle reste au milieu de la cage, regarde ailleurs et n’est absolument pas intéressée ... Libido zéro pour l’étourneau accro et ramollo.

 

En revanche, toujours selon les auteurs de l’article, leur humeur semble inchangée mais ils avouent eux-mêmes que leur estimation est basée sur des études du comportement, qui peuvent donc donner des réponses imprécises car « il est impossible de demander à un oiseau s’il se sent plus ou moins anxieux »…

 

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Mis en cage, chassés, cuisinés en salmis ou en pâté, moqués, alcoolisés et drogués aux antidépresseurs…Si les étourneaux pouvaient parler comme Pline l’Ancien le croyait, ce qu’ils diraient ne serait sans doute pas très aimables pour les humains.

 

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BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

  1. Pierre Légaré : Mots de tête – Editions Alain Stanké
  2. Ornithomedia.com “Les vols d'étourneaux fonctionnnent comme des systèmes critiques »
  3. Scale-free correlations in starling flocks : Andrea Cavagna, Alessio Cimarelli, Irene Giardina, Giorgio Parisi, Raffaele Santagati, Fabio Stefanini and Massimiliano Viale ; Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America,June 29, 2010 vol. 107 no. 26, 11865–11870
  4. Friedrich Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra – 1883
  5. Pour tout l'or des mots, par Claude Gagnière. Laffont/Bouquins,
  6. Johns Hopkins University. "Male Starlings Sing A Song Of Reproductive Fitness." ScienceDaily, 19 April 2002. <www.sciencedaily.com/releases/2002/04/020419065041.htm>.
  7. Oeuvre d’histoire naturelle par Monsieur le comte de Buffon – Oiseaux Tome cinquième
  8. Histoire des progrès de l’esprit humain dans les sciences et dans les arts qui en dépendent -Alexandre Saverien - 1778
  9. Fertilizer for the Face? New York Times. By ALIX STRAUSS - Published: July 4, 2012
  10. Libération : 28 août 2013
  11. Alkoholaufnahme und Alkoholabbau beim Europäischen StarSturnus vulgaris - Roland Prinzinger & Ghassem Ahmed Hakimi - Journal für Ornithologie July 1996, Volume 137, Issue 3, pp 319-327
  12. Behavioural and physiological responses of birds to environmentally relevant concentrations of an antidepressant - Tom G. Bean, Alistair B. A. Boxall, Julie Lane, Katherine A. Herborn, Stéphane Pietravalle and Kathryn E. Arnold - Phil Trans R Soc B November 19, 2014



02/11/2014
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La mémoire de nos émotions

Paris, mars 2014

 

Convenons-en. L’actualité est un tantinet terne, ces jours-ci.

Pas terne, austère ! aurait rétorqué notre ami Jacques Pater dans son recueil de pensées (1)...

 

Heureusement, il nous reste la science pour sortir la tête de l’eau et faire briller nos yeux d’enfants. Et plus particulièrement, grâce à un article (4) publié en décembre dernier dans le journal « Nature Neuroscience » par Messieurs B.G Dias et K.J. Ressler, deux chercheurs américains, le monde merveilleux de l’épigénétique.

 

Qu’est-ce que l’épigénétique, me direz-vous ? C’est une excellente question, que je vous remercie de m’avoir posée.

Non, cela n’a rien à voir avec José Bové et sa révolte contre les épis de maïs transgénique.

Vous connaissez la génétique : c’est l’étude des gènes, c'est-à-dire de ces petits morceaux d’ADN présents dans nos cellules et qui contiennent l’information nécessaire à la fabrication d’une molécule : on parle ainsi de gène de l’insuline (revoir l’article sur Fred Sanger), ou de gène HBB (qui contrôle la fabrication de notre hémoglobine), ou encore des différents gènes qui, présentant des défauts (gènes mutés) entrainent une prédisposition à telle ou telle maladie (mucoviscidose…).

Une des grandes découvertes de la génétique a été d’établir que l’ensemble des caractères observables d’un individu (ce que l’on appelle phénotype) est déterminé par ses gènes. Ce sont les gènes qui conditionnent la couleur des yeux, des cheveux, ou de la peau, par exemple.

 

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Mais revenons-en à l’épigénétique…. Tout a commencé par une question de Thomas Hunt Morgan (1866-1945) : ce généticien du Kentucky a été l’un des premiers à réaliser des expériences de génétique en taquinant la fameuse mouche du vinaigre appelée aussi Drosophile (Drosophila melanogaster, en français « mouche- qui - aime- la-rosée- et -qui- a -l’estomac- noir »).

Un embêteur de mouches, en quelque sorte, Thomas.

Mais qui se posait des questions, dont celle-ci : « Si les caractères d’un individu sont déterminés par les gènes, pourquoi toutes les cellules d’un organisme ne sont-elles pas identiques, vu qu’elles renferment le même ADN ? »

Question longtemps restée sans réponse….

 

Toutes les cellules d’un même organisme contiennent en effet le même ADN. Donc, en théorie, les mêmes gènes. Donc toutes les cellules devraient être identiques et produire les mêmes choses. Or une cellule du pancréas ne va pas produire la même chose qu’une cellule de peau : l’une va fabriquer de l’insuline, l’autre de la mélanine.

Comment expliquer également que, chez des jumeaux identiques partageant un patrimoine génétique commun, l'un puisse développer un trouble bipolaire ou une schizophrénie par exemple, et l'autre pas ? Que, chez deux sœurs jumelles présentant la même altération du gène BRCA1 (gène impliqué dans le cancer du sein), l'une puisse développer un cancer du sein à l'âge de 25 et l'autre pas avant 70 ans?

 

L’épigénétique, c’est l’idée que tout n’est pas inscrit dans la séquence d’ADN. L’organisme reste construit à partir de ses gènes, bien sûr, mais l’activité de ceux-ci peut être modulée. Prenons une image : l’ADN d’une cellule peut être représenté par un CD, qui est lu par la machinerie cellulaire. En collant des petits morceaux de scotch sur le CD, on peut empêcher que certains morceaux soient lus : le patrimoine génétique est inchangé, mais certaines parties ne sont plus lues (ou exprimées) : c’est comme si le gène n’avait jamais existé.

Une partie de ces petits morceaux de scotch est normale : c’est ainsi que chaque cellule va se spécialiser et décider de la partie de l’ADN qu’elle va lire (et de celle qu’elle va rendre silencieuse), répondant ainsi à la question de Thomas Morgan.

Mais d’autres marquages peuvent être causés par des éléments extérieurs, comme certains produits chimiques, ou une exposition à des stress.

 

Très récemment, on a commencé à accumuler les preuves que ces modifications occasionnées par des éléments extérieurs étaient également inscrites dans les cellules sexuelles et pouvaient donc être transmises aux générations futures.

L’idée de cette possible transmission de certains caractères acquis repose sur plusieurs observations :

 

  • Pendant la dernière guerre, en 1944, des Hollandais en lutte contre le régime Nazi se retrouve « punis » par celui-ci : Au cours de l’hiver 1944, leurs rations de nourriture sont réduites à des niveaux extrêmement bas : environ 580 calories par jour, soit un quart du nécessaire vital pour un adulte. C’est « l’hiver de la faim », Hongerwinter en néerlandais…
    Parmi les adultes souffrant de la faim, des femmes enceintes, qui vont accoucher de bébés plus petits que la normale et en mauvaise santé. Rien d’étonnant à cela. Ce qui est beaucoup plus étonnant en revanche, c’est que les petites filles nées à cette époque, et devenues adultes dans les années 1960, donnent également naissance à des bébés plus petits que la normale (2). Qui à leur tour donneront naissance, dans les années 1980, à des bébés rachitiques. En clair, la famine de 1944 a entrainé des changements permanents dans le patrimoine génétique de ces Hollandaises, qui se sont transmis ensuite de génération en génération….
  • En 2002, une étude épidémiologique (3) réalisée par des scientifiques de l’université d’Umeå, et publiée dans le European Journal of Human Genetics, étudie la population d’une petite commune suédoise sur plusieurs générations. Ses auteurs mettent en évidence un fait étonnant : Si les parents (ou les grands parents) ont manqué de nourriture pendant leur enfance, alors la mortalité par maladie cardiovasculaire des descendants est faible. En revanche, la mortalité par diabète augmente si le grand-père paternel a été exposé à une abondance de nourriture avant sa puberté.
  • En avril 2009, un scientifique Suisse, le docteur Renato Paro, de l’université de Bâle, s’ennuie un peu dans son laboratoire…. Alors il s’amuse comme il peut et décide de chauffer à 37°C des œufs de la fameuse petite mouche appelée drosophile. Ne me demandez pas pourquoi, des envies d’omelettes, sans doute. Toujours est-il que les petites drosophiles nées de ces œufs chauffés n’ont plus les yeux blancs (comme toute drosophile qui se respecte) mais rouges. Passionnant me direz-vous, et c’est pour cela qu’on paye des impôts?
    Attendez, jeunes et fougueux impatients que vous êtes ! Ce qui l’est, passionnant, c’est que ces drosophiles donnent ensuite naissance à des petites drosophiles aux yeux rouges… qui donnent à leur tour naissance à des drosophiles aux yeux rouges etc, etc…. Une caractéristique acquise en raison d’un facteur externe (la température) devient héréditaire !
  • Dernière expérience en date : celle de cet article de Nature Neuroscience (4). Les auteurs ont soumis des souris adultes à de légers chocs électriques sur les pattes après leur avoir fait sentir un produit chimique à odeur caractéristique. Très rapidement, la seule odeur du produit chimique entraine une peur chez les souris.
    Mais là aussi, ce qui est étonnant, c’est que cette même peur va exister chez les enfants de ces souris, qui n’ont pourtant jamais été en contact avec un quelconque champ électrique… Et chez les enfants des enfants. Quand ces descendants sentent l’odeur caractéristique du produit chimique, c’est la panique. Et ceci même si les enfants sont conçus « in vitro », avec des ovules et des spermatozoïdes de souris dans un tube.

Conclusion : la peur s’est transmise génétiquement, de génération en génération….

 

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Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte, mais cela bouleverse complétement tout un système de pensée :

 

-Première révolution : Dans le grand match qui a eu lieu au XIXème siècle, entre Lamarck et Darwin, il était communément admis que c’était Darwin qui avait gagné.

Lamarck pensait que l’évolution des espèces était basée sur le fait que des caractères acquis par une génération par suite de l’influence du milieu, étaient transmis à la génération suivante (théorie de l’hérédité des caractères acquis). C’est la quatrième loi de Lamarck : « Tout ce qui a été acquis, tracé ou changé, dans l'organisation des individus, pendant le cours de leur vie, est conservé par la génération, et transmis aux nouveaux individus qui proviennent de ceux qui ont éprouvé ces changements ».

Ah là là, pas du tout, mon frère, tu ne dis que sornettes et billevesées, rétorquait (à peu près) Darwin : Seule la théorie de la sélection naturelle peut expliquer l’évolution : la sélection naturelle c’est le fait que les traits qui favorisent la survie et la reproduction voient leur fréquence s'accroître d'une génération à l'autre. Cela découle « logiquement » du fait que les porteurs de ces traits ont plus de descendants. « J'ai donné à ce principe, en vertu duquel une variation si insignifiante qu'elle soit se conserve et se perpétue, si elle est utile, le nom de sélection naturelle. » disait Darwin.


La différence par rapport à la pensée Lamarck est subtile : Pour illustrer cette différence, prenons l’exemple - désormais célèbre - de la girafe : Pour Lamarck (Théorie de la transmission des caractères acquis), la girafe étire son cou et ses pattes pour manger les feuilles tendres au sommet des arbres. A force d’étirement, son cou et ses pattes s’allongent. Elle transmet ensuite ce caractère à la génération suivante.

Pour Darwin, il existe dans la nature des girafes plus ou moins grandes. Celles qui sont plus grandes, en ayant accès au sommet des arbres, mangent mieux et sont donc en meilleure santé. Les mâles sont plus forts et plus séduisants, les femelles ont plus de petits et les allaitent mieux. Ces petits ont donc plus de chance de devenir adultes et de se reproduire à leur tour. En revanche, en cas de disette, les petites girafes sont condamnées à disparaitre. La nature sélectionne ainsi les grandes girafes.

 

Théorie de l’hérédité des caractères acquis contre théorie de la sélection naturelle… Lamarck versus Darwin…

Bon, en fait, c’est un petit peu plus complexe que ça, et Lamarck et Darwin n’étaient pas forcément autant en opposition dans leur théorie, mais c’est ce que retiendra l’histoire : à ma droite le beau, l’intelligent Darwin, inventeur de la seule théorie scientifique qui vaille, à ma gauche le vilain Lamarck, et ses élucubrations risibles sur la transmission des caractères acquis. Darwin 1, Lamarck 0.

Mais voilà le « hic ». Les quatre observations mentionnées précédemment sont toutes un début de démonstration d’une transmission héréditaire des caractères acquis. Et si Darwin ET Lamarck avaient tous les deux raison ?

 

-Seconde révolution : Sigmund Freud explique les tabous (ou interdictions sociales sans fondements apparents) de notre société par une étude des sociétés primitives. La horde aurait tout d’abord tué le père, chef de la meute, puis l’aurait dévoré lors d’un banquet cannibale. « La société repose désormais sur une faute commune, sur un crime commun ; la religion sur le sentiment de culpabilité et le repentir ; la morale sur les nécessités de cette société d'une part, sur le besoin d'expiation fondé sur le sentiment de culpabilité d'autre part » (5).

La transmission (dite phylogénétique) des acquis de l’humanité chère à Freud, voire l’inconscient collectif de Jung, écartés jusqu’alors par les théories du tout-génétique et tout-moléculaire, peuvent à nouveau pointer le bout de leur nez !!

Un sentiment, une peur, un dégoût… peuvent bien se transmettre de génération en génération.

 

Mais, m’objecterez-vous, comment par exemple une peur peut-elle s’inscrire ainsi chez un individu et se transmettre de génération en génération ? On m’avait pourtant appris à l’école que les caractéristiques d’un individu étaient décidées par les gènes et uniquement par eux? Devrais-je alors jeter par-dessus les moulins cette connaissance scientifique si durement acquise, grâce aux privations de mes pauvres parents, aux longues heures d’étude à la lumière des bougies,et au prix de cette abnégation qui me faisait user mes fonds de pantalon sur les bancs de l’école au lieu de gambader sottement avec ma cousine Emilie dans les vertes prairies insouciantes de l’innocence enfantine ? (ici, merci de respirer profondément).

Que nenni. Conservons la génétique, mais ajoutons-y l’épigénétique ! Fromage ET dessert !

 

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Résumé des épisodes précédents : selon l’épigénétique, de petites molécules (des groupements méthyls, par exemple), suite à des stress ou à des expositions à des produits chimiques, peuvent venir se coller sur l’ADN et empêcher ainsi sa « lecture » par la cellule (ce sont les petits morceaux de scotch mentionnés plus haut). Le gène ne sera pas alors exprimé, c'est-à-dire qu’il ne sera pas lu et traduit par la machinerie cellulaire ; la molécule dont il était censé commander la synthèse sera absente. Et cet ADN modifié pourra être transmis aux générations suivantes avec son petit morceau de scotch qui empêche l’expression de ce gène.

Reprenons l’exemple de la peur chez la souris : les parents ont donc transmis leur peur à leur descendance, via leur ADN modifié. La question que l’on peut se poser est bien évidemment de savoir si on peut « décoller » le petit morceau de scotch, et ainsi restituer à la descendance de ces souris son absence initiale de peur ?

 

Des chercheurs américains (6) se sont penchés sur l’ESPT, ou état de stress post traumatique : cet état se retrouve par exemple chez des victimes de guerre ou des personnes ayant subi des traumatismes pendant l’enfance et qui ont souvent beaucoup de mal à poursuivre le cours de leur existence. Selon un des auteurs de cet article, Li-Huei Tsai , « elles revivent la situation difficile presque quotidiennement. En leur faisant se remémorer les faits dans un environnement protégé, on arrive à les aider pendant un temps, mais cela n’est en général pas définitif ». C’est ce que les psychologues appellent la réactivation de la mémoire traumatique, préambule à la « reconsolidation de la mémoire ».

Ces chercheurs ont utilisé un modèle animal pour étudier l’ESPT. Encore une fois, ces sont les souris qui ont trinqué : ils ont envoyé à plusieurs reprises des chocs électriques dans les pattes des animaux, tout en leur faisant écouter un bruit caractéristique. Assez rapidement, le traumatisme s’installe : le bruit fait peur aux rongeurs, même s’il n’est pas accompagné du choc électrique.

 

Puis les chercheurs ont mis au point une « thérapie comportementale » : ils ont à nouveau émis le son, mais cette fois sans choc électrique. Cette opération, répétée plusieurs fois, peut permettre aux animaux d’oublier progressivement leur peur.

Enfin, uniquement si cette thérapie commence rapidement après l’expérience de conditionnement.. . Passé un certain délai, ces thérapies comportementales ne parviennent plus à soigner l’état de stress : chez les rongeurs, il faut à peu près une semaine pour que les traumatismes s’inscrivent durablement dans le génome. Une des raisons pourraient être des modifications épigénétiques de l’ADN engendrées par le traumatisme initial, qui seraient persistantes, très difficiles à effacer et pourquoi pas….transmissibles à la descendance.

 

Les chercheurs ont eu ensuite l’idée d’utiliser une certaine classe de médicaments (appelés Histone Deacetylase inhibitors, ou HDACi) qui sont connus pour « effacer » certaines marques épigénétiques présentes sur l’ADN (des « décolleurs de scotch, en quelque sorte): En donnant des HDACi aux souris traumatisées, la thérapie comportementale s’est révélée beaucoup plus efficace, même longtemps après le traumatisme.

En revanche, les HDACi seuls ne fonctionnent pas : ils doivent absolument être accompagnés d’une thérapie…

 

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Finalement, j’aime bien ce printemps : tout le monde se réconcilie : Lamarck avec Darwin, les tenants de la psyché et les tenants du moléculaire...

Il n’y a guère que les drosophiles et les souris avec lesquelles on n’est pas prêts de se réconcilier...

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1 : Jacques Pater : Le petit Pater Illustré ; Virgule Seuil

2 : RC Painter, « Transgenerational effects of prenatal exposure to the Dutch famine on neonatal adiposity and health in later life. », BJOG : an international journal of obstetrics and gynaecology, vol. 115, no 10,‎ 2008 Sep, p. 1243–9

3 : Kaati, G - Bygren, L O - Edvinsson, S : “Cardiovascular and diabetes mortality determined by nutrition during parents' and grandparents' slow growth period”. European Journal of Human Genetics. Nov2002, Vol. 10 Issue 11, p682

4 : Brian G. Dias & Kerry J.Ressler : Parental olfactory experience influences behavior and neural structure in subsequent generations . Nature Neuroscience 17, 89–96 (2014)

5: Sigmund Freud : Totem et tabou

 6 : Johannes Gräff, Nadine F. Joseph, Meryl E. Horn, Alireza Samiei, Jia Meng, Jinsoo Seo, Damien Rei, Adam W. Bero, Trongha X. Phan, Florence Wagner, Edward Holson, Jinbin Xu, Jianjun Sun, Rachael L. Neve, Robert H. Mach, Stephen J. Haggarty, Li-Huei Tsai : Epigenetic Priming of Memory Updating during Reconsolidation to Attenuate Remote Fear Memories. Cell, Volume 156, Issue 1, 261-276, 16 January 2014


10/03/2014
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Du goût et des odeurs : L’omniprésent parfum des viverridés (Tome II)

Paris, novembre 2013

 

 

II – Un café et l’addition

 

Passons maintenant, après la famille ras du sol et ses deux célèbres représentants que nous venons d’évoquer, aux civettes qui gambadent gaiement en se goinfrant de fruits divers au sommet des arbres. Parmi celles-ci, la civette palmiste commune (Paradoxurus hermaphroditus) qui vit dans les forêts tropicales d’Asie.

Tout d’abord, et suite à diverses plaintes de l’animal, rendons à Paradoxurus ce qui lui revient : la bête n’est pas hermaphrodite contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer : il existe pour cette espèce, comme pour tout mammifère qui se respecte, des mâles et des femelles, avec tout l’équipement nécessaire. Ce nom vient du fait que des observateurs approximatifs ont pris les glandes odoriférantes, présentes sous la queue chez les deux sexes, pour une paire de testicules. Les sots !

 

Cette civette-là est plutôt du genre petit modèle : 3.5kg pour un corps d’une longueur moyenne de 53 centimètres et une queue de 48 centimètres.

Cette « luwak » (c’est son nom local) vit également principalement la nuit, comme toutes ses copines dont nous avons parlé. Elle a une petite gourmandise pour les fruits : mangue, ramboutan (dit « Litchi chevelu ») et … fruits du caféier. Lorsque la saison de la récolte approche, et en raison de l’omniprésence des plantations de café dans certaines régions, il devient si facile de se procurer ces « cerises de café » que cela représente même sa source de nourriture quasi exclusive.

 

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Au début du XVIIIème siècle, les Hollandais décident de créer des plantations de café dans leurs colonies de Java et Sumatra. Dès 1711, le premier chargement de café est exporté de Java vers l’Europe et en seulement dix ans, les exportations vont s’élever à 60 tonnes par an. Conséquence : entre le début et la fin de ce siècle, le prix du café va fortement chuter, ce qui va rendre cette boisson accessible à la quasi-totalité de la population européenne.

Tout cela bien évidemment au plus grand bénéfice de la Compagnie Unie des Indes Orientales, mais au détriment de la population locale, exploitée et maltraitée par les gardes-chiourmes bataves, qui –entre autres brimades- interdirent aux autochtones de cueillir le café pour leur usage personnel.

Les indigènes découvrirent rapidement que les « luwaks », elles, se servaient largement sur les caféiers sans demander l’avis des hollandais, vu qu’elles ne parlaient pas la langue. C’est vrai que le hollandais, ce n’est déjà pas une langue facile, mais pour une civette…..

Elles rejetaient ensuite dans leurs excréments le précieux café, à peine abîmé par son passage dans leur estomac. Un fois nettoyées, grillées et moulues, ces graines faisaient un café très correct. Meilleur même que le café non digéré. On l’a baptisé « kopi luwak », c'est-à-dire café de civette.

 

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Le fruit du caféier fait partie de la famille des drupes, c'est-à-dire des fruits charnus à noyaux. Le noyau est appelé « graine » et la chair autour est appelée « péricarpe ». Il y a beaucoup de fruits dans cette famille : tantôt, c’est le péricarpe qu’on déguste (cerise, pêche) en laissant le noyau de côté, tantôt c’est la graine qui est comestible (noix, café) et pas le péricarpe.

Le caféier, lui, produit des cerises de café qui sont des fruits charnus, jaunes violets ou rouges, contenant deux noyaux, chacun contenant un grain de café. Drôle de cerises, puisque ici, ce n’est pas la chair qui est intéressante, mais le(s) noyau(x).

Lorsque la graine de caféier est avalée par la civette, elle est encore entourée de son péricarpe. Oui, ce qui intéresse la civette, c’est la chair pulpeuse de la cerise de café. Mais elle ne passe pas son temps à manger les fruits et à recracher les noyaux. On peut donc en conclure que c’est un animal bien élevé par maman Civette.

Après environ un jour et demi dans l’estomac, puis l’intestin de la civette, les noyaux sont rejetés dans ses excréments. Et c’est probablement à ce moment-là qu’elle se dit qu’elle n’aurait pas dû écouter sa maman. Mais bref…

Ce serait donc ces grains de café, récupérés dans des excréments, qui donneraient un meilleur café que le café non digéré ? Je vous le demande : comment c’est-t’y Dieu possible ?

Heureusement, la Science est là – et la Technologie aussi- pour expliquer tout cela à nos misérables cerveaux incrédules et dubitatifs.

 

Et ceci principalement grâce à un scientifique d’origine italienne, Massimo Marcone, travaillant à l’université de Guelph, charmante bourgade de l’Ontario, à l’est de Toronto, au Canada. (Si vous voulez faire branchés, ne dites pas « University of Guelph », dites juste « U of G »). C’est un petit truc pour briller en société. Bon d’accord, pas très facile à placer…

Massimo s’est tout d’abord penché sur la question de savoir si le café provenant de la civette était scientifiquement différent. (Quand il s’agit de café, les italiens, ils ne rigolent plus). A l’issue d’une étude poussée (8), il en a conclu qu’il existait bien des différences importantes entre le « kopi luwak » et le café normal.

Tout d’abord la couleur est différente. Ensuite, l’analyse en microscopie électronique (grossissement 10000) de la surface des graines a montré des « micro-piqûres » dues à l’action des sucs gastriques et des enzymes de digestion. Ces sucs digestifs pénètrent dans le grain et modifient leur microstructure…

Massimo a ensuite analysé les protéines de ces grains de café à l’aide d’une autre technique appelée électrophorèse. Cette technique permet de séparer toutes les protéines d’un mélange d’abord en fonction de leur charge, puis en fonction de leur masse. Il en a conclu que les protéines de stockage contenues dans la graine étaient en grande partie digérées (« tronçonnées ») par les enzymes de la civette. Et ce sont justement ces protéines qui, suite à des réactions chimiques intervenant pendant la torréfaction (réactions de Maillard), sont responsables des arômes… Donc si on modifie les protéines, on modifie les arômes. CQFD.

Deuxième question que se posait notre ami Massimo : bon, il y a bien une différence de goût, mais est-ce que c’est bien sain, cette boisson-là ?

En effet, tout produit provenant des excréments est en général porteur de diverses bactéries dites fécales (comme la célèbre Escherichia Coli), voire de parasites et autres vers, susceptibles d’entrainer chez le consommateur imprudent diverses maladies peu sympathiques.

Ici, Massimo est formel, pas de risque : le lavage, probablement bien aidé par la torréfaction qui suit (à haute température) rend le café aussi propre qu’un café normal.

 

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Consécration suprême, le prix Ig Nobel de Nutrition a été décerné en 1995 à John A. Martinez de la société « J. Martinez et Compagnie », négociants en café à Atlanta (Géorgie)) pour avoir été l’un des premiers à proposer ce café à la vente et pour son travail en faveur de la promotion du kopi luwak.

Pour mémoire ce prix Ig Nobel (fin jeu de mot anglais sur Nobel et Ignoble) a pour but principal d’«honorer les travaux qui font tout d’abord rire, puis qui font réfléchir ».

Cette blague de scientifiques est organisée de manière très sérieuse : chaque année, les prix Ig Nobel sont remis aux gagnants lors d’une soirée de gala qui se tient au Sanders Theatre à Harvard. Le choix des vainqueurs et la cérémonie qui suit sont organisés par la revue « Annals of Improbable Research » (littéralement « Les Annales de Recherche Improbable »(9).

 

En 1995, J. Martinez a donc reçu le prix Ig Nobel, dans la catégorie « Nutrition ». Pour vous donner une idée, parallèlement, la même année :

  • Le prix Ig Nobel de Psychologie a été remis à Shigeru Watanabe, Junko Sakamoto, et Masumi Wakita, de l’université Keio à Tokyo, pour avoir entrainé -avec succès- des pigeons à faire la différence entre les peintures de Picasso et celle de Monet.
  • Le prix Ig Nobel d’Odontologie a lui été remis à Robert H. Beaumont, de Shoreview (Minnesota) pour son étude incisive "La préférence du patient va-t-elle au fil dentaire ciré ou non ciré ?".

Tous ces travaux sont –bien évidemment- tous authentiques et publiés dans de très sérieuses revues scientifiques !

Mais revenons à notre café…

 

Ce café est acheté 18 dollars (13 euros) le kilo au producteur soit 5 fois le prix du café normal (le salaire mensuel moyen d’un ouvrier Philippin est d’environ 150 dollars).

Importé pour la première fois en Europe et aux Etats Unis en 1991, il est très rapidement devenu Ze café branché… et les prix ont flambé : il était vendu 25 livres les 50 grammes chez Harrods, le fameux magasin de luxe britannique, ce qui nous faisait quand même du … 600 euros le kilo, soit 46 fois le prix d’achat. Dans les cafés, l’expresso « kopi luwak » est facturé entre 30 et 50 euros la tasse.

Comme la demande de ce café a rapidement augmentée, des individus peu scrupuleux ont imaginé de mettre sur le marché de faux « Kopi luwak », dont les graines avaient été digérées par un oiseau brésilien, le Jacu. Cet oiseau, aussi appelé la « Pénélope Yacouhou », en Français (Penelope Obscura  en latin), ne doit pas être confondu, bien sûr, avec la « Pénélope à front blanc » ou Penelope Jacucaca, oiseau très voisin mais qui n’a curieusement -malgré son nom- rien à voir avec l’histoire.

 

Quand les mêmes malhonnêtes ont commencé à utiliser les éléphants pour digérer les graines de café, la Science a décidé de se dresser toute entière contre cette fourberie : Eiichiro Fukusaki, de l’université d’Osaka au Japon a sorti l’artillerie lourde : à l’aide d’une méthode analytique appelée GC-MS (ou chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse), il a établi l’empreinte digitale, la signature chimique du kopi luwak, qui permet d’identifier ce café de manière certaine et de le différencier des autres (10). On ne peut plus faire passer du café de Jacu ou du café d’éléphant pour du Kopi Luwak. Non mais, il y a des sujets importants avec lesquels on ne rigole pas !

En raison également de la demande croissante, la production de café de civette est passée de quelques centaines de kilos à plus de 50 tonnes par an, et désormais la Chine, l’Inde, le Vietnam et les Philippines s’y sont mis. Les conditions d’élevage se sont également détériorées.

 

Heureusement, les civettes ont beaucoup d’amis de par le vaste monde : le réseau TRAFFIC (réseau de surveillance du commerce de la faune et de la flore sauvages), l’organisation PeTA (People for the Ethical Treatment of Animals), même la BBC en 2013… tous se sont émus des mauvais traitements infligés aux civettes en cage et ont exigé plus de contrôles. Le magasin britannique Harrods, sous la pression, a retiré le fameux café de ses rayons. Rappelez-vous que la WSPA est également sur la brèche en ce qui concerne les civettes élevées pour leur parfum en Ethiopie. Cela me réjouit le cœur. Les civettes sont bien défendues.

Bon, mais dans ces pays, malheureusement, il n’y a pas que les civettes qui ont des conditions de vie déplorables…

En Indonésie, presque 30% des enfants présentent une insuffisance pondérale. Le TMM5 (taux de mortalité des enfants avant cinq ans) va de 2.7 à 3.6% pour les familles les plus pauvres. Pour mémoire, il est de 0.5 à 0.6% dans la plupart des pays d’Europe.

 

En Ethiopie, c’est encore pire : l’espérance de vie y est de 59 ans. Le TMM5 de 8 % (11).

 

Ce qui veut dire que près d’un enfant éthiopien sur douze ne verra jamais une civette adulte…

 

 

 

 

 

 

Bibliographie :

 

(1)Su Su & John Sale : Niche differentiation between Common Palm Civet Paradoxurus hermaphroditus and Small Indian Civet Viverricula Indica in regenerating degraded forest, Myanmar in Small Carnivore Conservation Vol 36: 30-34 April 2007

 

(2) http://www.wspa-international.org/Images/Civet-Farming-WSPA-1998.pdf

 

(3)      Kebra Nagast : La gloire de rois http://www.sacred-texts.com/chr/kn/kn000-5.htm

 

(4)     M. Balakrishnan & M.B. Sreedevi : Husbandry and management of the Small Indian Civet Viverricula indica in Kerala, India. in Small Carnivore Conservation Vol 36: 9-13 April 2007

 

(5)      http://www.alacivette.fr/histoire/histoire.php

 

(6)      Vie et langage N°67, Octobre 1957, pages 466-467

 

(7)     Permitted additives to tobacco products in the United Kingdom - Department of Health -London 2000

 

(8)     Massimo F. Marcone : Composition and properties of Indonesian palm civet coffee (Kopi Luwak) and Ethiopian civet coffee. in Food Research International Volume 37, Issue 9, 2004, pages 901-912

 

(9)      http://www.improbable.com/

 

(10)   Udi Jumhawan , Sastia Prama Putri , Yusianto , Erly Marwani , Takeshi Bamba, and Eiichiro Fukusaki : Selection of Discriminant Markers for Authentication of Asian Palm Civet Coffee (Kopi Luwak): A Metabolomics Approach in J. Agric. Food Chem., 2013, 61 (33), pp 7994–8001

 

(11)  http://www.unicef.org/french/infobycountry/ethiopia_statistics.html


19/11/2013
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Du goût et des odeurs : L’omniprésent parfum des viverridés (Tome I)

Paris, novembre 2013

 

I – Cigarette, civette et eau de toilette

 

Saviez-vous qu’il existe à Paris dix-sept débits de tabac qui s’appellent « La Civette » ? Et que dans toute l’île de France, ils sont plus d’une quarantaine ?

 

Je suis bien conscient que cette information a peu de chance de se placer un jour en tête de vos préoccupations, et j’entends déjà çà et là divers commentaires désobligeants : « keksapeubienm’fout’ », « ça m’fait une belle jambe », voire un « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre » dans la plus pure tradition chiraquienne et autres « rien à cirer, y’a danse avec les stars à la télé ce soir ».

Et pourtant une question me taraude : quel rapport peut-il bien exister entre une civette et un vendeur de tabac ?

Et tout d’abord, qu’est-ce qu’une civette ?

Ecartons d’un revers de main dédaigneux la « plante à racine bulbeuse ressemblant à l’oignon », la cive – ou civette.

Non, ces plantes-là ne se fument pas. Fumer de la ciboulette (autre variante de la cive) serait faire montre d’un profond désespoir cannabinoïdesque. Le produit actif qui fait rire, c’est le THC ou Tétra Hydro Cannabinol. La littérature scientifique est muette sur le Tétra Hydro Ciboulettol.

Ecartons également un possible féminin féministe du civet (de lapin). Ce met là nous ramènerait encore à cette plante bulbeuse qui entrait dans la composition du « connin au civé », autre nom du civet de lapin au XIIIème siècle. Nous passerons ici pudiquement, mais en rougissant, sur ce connin (du latin cuniculus) qui, abrégé en trois lettres, servira plus tard à désigner un autre petit animal doux et caressant, si proche de l’homme…

Non, la civette dont nous parlons ici est un animal de la famille des viverridés. Grosso modo, cela ressemble (selon l’observateur) à un chat… ou à une hyène… ou à un furet … ou des fois à un raton-laveur. Les avis divergent.

Il en existe de plusieurs types tout autour du globe, mais toutes vivent principalement la nuit. Certaines passent leur temps à manger des fruits au sommet des arbres, tandis que d’autres dégustent ces mêmes fruits mais aussi petits vertébrés, insectes divers… au ras du sol(1).

 

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Attachons nous tout d’abord à la famille ras-du-sol. Deux représentants de cette honorable famille de rase-mottes sont particulièrement intéressants : Viverricula indica, ou petite civette de l’Inde et Civettictis civetta ou civette d’Afrique.

Bien que toutes deux civettes, elles ne se ressemblent pas. Tout d’abord, parce qu’elles vivent dans des régions différentes du monde (ben oui, regardez le nom avant de dire « ah bon ? » bêtement. Faudrait voir à suivre un minimum, quand même !). Ensuite, elles ne concourent pas dans la même catégorie :

A ma droite, la petite civette de l’Inde : 55cm de taille, plus 40 cm de queue, pour un poids de 3 kilogrammes environ.

A ma gauche, la civette d’Afrique : 75 cm de long, plus 40 cm de queue, avec un poids moyen de 12.5 kilogrammes. Le modèle au-dessus, quoi !

Comme aurait pu dire Rocco à Pepa dans le film « 100000 dollars au soleil » : « … Quand les civettes d’Afrique de 12 kilos disent certaines choses, les petites civettes de l’Inde de 3 kilos les écoutent » !

Toutes deux ont l’habitude de marquer leur territoire à l’aide d’un liquide secrété par leur glandes périnéales (ou périanales), situées entre l’anus et les organes génitaux du mâle ou de la femelle. Cette substance, épaisse et gluante, ressemble à du miel jaunâtre à brun et – comment dire ?– pue abominaffreusement lorsqu’elle est émise par l’animal. Pour vous donner une idée, quelque chose entre l’odeur d’excrément et d’urine de chat concentrée, d’après les spécialistes. Une infection.

Mais oh merveille…. Dès que ce liquide est suffisamment dilué, son odeur devient celle du muguet, avec des petites notes musquées… je ne vous dis que cela !

Ce parfum est dû à la civetone, ou civettone, qui est une molécule cyclique.

Une molécule cyclique, c’est une molécule dans laquelle le premier atome de carbone forme une liaison avec le dernier atome pour former une sorte d’anneau. Un des exemples les plus simples, c’est le benzène, de formule C6H6 :

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(Merci de revoir vos notes sur Dimitri Ivanovitch Carbonara et les liaisons chimiques).

Toujours la même molécule de benzène, mais en plus joli et avec des couleurs :

 

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La civetone, ou civettone, elle, forme un cycle composé de 17 atomes de carbone, ce qui n’est pas très courant et la rend très jolie à dessiner :

 

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Que l’on peut simplifier comme cela :

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Il ne lui manque plus que deux yeux et on dirait la tête de Mickey. Ben si, regardez !!

 

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Bon, on s’égare…

 

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Depuis des temps que l’on pourrait qualifier d’immémoriaux si on ne craignait pas les clichés, ce liquide émis par les civettes est très recherché …

La légende dit que lorsque la reine de Saba (1013-982 avant JC) est venue rendre visite au roi Salomon à Jérusalem, elle lui a remis en cadeau du « musc de civette »(2) : « La reine décida d’adresser des cadeaux à Salomon et elle lui envoya immédiatement 500 esclaves hommes et 500 esclaves femmes, 500 lingots d’or, une couronne sertie de pierres précieuses ainsi qu’une grande quantité de musc, d’ambre, d’épices et de bois précieux (3) ». Personnellement, je trouve ça quand même vachement plus classe que d’offrir une azalée et une bouteille de vin, quand on est invité.

En même temps, mille esclaves, moi je dis qu’il faut avoir la place….

Revenons à « la civette », puisque que l’on a baptisé ce fameux miel du même nom que l’animal.

L’animal en secrète 2 à 6 g par mois, de manière continue entre l’âge de 5 mois et 7/8 ans. Du coup, les paysans de certaines régions d’Inde ont eu l’idée d’élever les civettes (ici Viverricula indica, ou petite civette de l’Inde) dans une cage : ils installent verticalement, au milieu de la cage un pieu en bois sur lequel les civettes viennent se frotter régulièrement et déposer le précieux liquide(4) que les paysans récoltent ensuite.

Ça, c’est la version sympa. Il arrive, dans d’autres cas, (en Ethiopie notamment, avec Civettictis civetta ou civette d’Afrique) qu’afin « d’optimiser les rendements » (comme on dirait dans les écoles de commerce) on maltraite les civettes (cages trop petites, absence de soins, pressage des glandes pour récupérer plus de substance…).

La WSPA (World Society for Protection of Animals, comme qui dirait la SPA mondiale) a enquêté et le bilan n’est pas très brillant pour les Français : officiellement, plus de 1000 kilos de liquide sont exportés d’Ethiopie chaque année dont environ 90% vers la France(2). Il est vendu environ 450 dollars le kilo par les grossistes éthiopiens. Pour vous donner une idée, d'après la Banque mondiale, le revenu moyen annuel par habitant en Ethiopie était d’environ 390 dollars (290 euros) en 2011.

Ce produit est utilisé dans l’industrie du parfum et des cosmétiques : de nombreux grands parfumeurs l’ont utilisé pour leurs parfums les plus célèbres (par exemple Shalimar) et même le cultissime Chanel N°5, qui servait à habiller Marylin la nuit, en contenait.

Il parait que depuis 1998, soucieux du bien-être des animaux, Chanel l’a remplacé par une version synthétique… Mais pourtant cette tonne qui continue à être exportée chaque année doit bien finir quelque part…

Pour la WSPA « cette exploitation est totalement inacceptable et les pressions appropriées doivent être appliquées afin de mettre un terme aux conditions de vie déplorables des animaux dans les fermes éthiopiennes » (2).

De plus « quand civette vieillit, source se tarie » (pourrait dire un vieux proverbe indien, s’il existait) et les civettes finissent bien souvent dans l’assiette de leur éleveur. En effet, la civette (dit-on, je n’ai pas goûté personnellement) est très goûteuse, nourrissante et même susceptible de redonner vigueur et vitalité aux malades selon les croyances populaires locales.

J’imagine déjà le menu : aujourd’hui, civet de civette !!

A part cette utilisation dans la parfumerie, les sécrétions de la petite civette Viverricula Indica sont utilisées en Inde(1) comme anti-asthmatique, anti-inflammatoire et même… aphrodisiaque. On s’en sert aussi au cours de certains rituels religieux, en médecine ayurvédique mais également pour fabriquer des bâtons d’encens.

Cette civette sert aussi - et voici que nous arrivons à l’objet initial de notre propos - à parfumer le tabac. Il parait même que dans une région d’Inde appelée le Kerala, on mélange à la civette, de la ganja (c'est-à-dire du cannabis, de la marijuana… « de la beu », quoi) et que l’on roule l’ensemble dans une feuille de tabac. Ah, les barbares… voilà bien des mœurs d’une autre époque !

Euh, non, en fait !

En Europe, les tabacs (notamment à priser) ont longtemps été parfumés à l’extrait de civette, au point que le mot « civette » était souvent devenu synonyme de « tabac », comme le prouve le dialogue suivant, extrait de « la Grande duchesse de Gerolstein » de notre ami Jacques Offenbach:

 

Dialogue entre deux protagonistes de l’histoire, le général Boum et baron Puck : 

(Ah, le général Boum !….on reconnait bien là l’humour de notre ami Offenbach, par ailleurs auteur inoubliable du fameux « je suis l’époux de la reine, poux de la reine, poux de la reine…»).

 

PUCK

Bien!... maintenant, parlons un peu de nos propres affaires... (il lui offre une prise de tabac.) En usez-vous?...

BOUM

Non, pas de cela!... (il prend à sa ceinture un pistolet à deux coups, le décharge en l'air puis porte, l'un après l'autre, les canons fumants sous chacune de ses narines en respirant avec force l'odeur de la poudre). Voilà ma civette, à moi!

 

C’est pour cette raison que l’un des débits de tabac les plus anciens de Paris (qui fêtera quand même ses trois siècles d’existence en 2016 !) au 157 rue Saint-Honoré se nomme… A La Civette (5).

A noter qu’un article, paru en 1957 dans la revue « Vie et Langage » (6) conteste cette version et propose une autre origine à ce nom : un certain Monsieur Civette aurait été propriétaire du bureau de tabac de la rue Saint-Honoré et lui aurait laissé son nom. Le problème, c’est que même le site Internet officiel du fameux bureau de tabac (6) confirme l’origine animale du nom. Aucune trace non plus de ce Monsieur Civette nulle part. Même une recherche de la fréquence du patronyme « Civette » au début du XIXème siècle (on ne peut pas aisément remonter avant), nous apprend qu’il n’existait que sept personnes portant ce nom en France, et qu’elles habitaient toutes le nord de la France. Pas de « Civette » à Paris…

Serait-il possible que l’estimable revue Vie et Langage, émanation de la librairie Larousse et organe de L’Office du Vocabulaire Français (un des ancêtres du Conseil Supérieur de la Langue Française), se mette à ce point le doigt dans l’œil jusqu’au calcanéum (os du talon)? Je n’ose y croire…

 

Une chose est certaine : l’extrait de civette était toujours présent, en 2000 dans la liste des additifs autorisés pour les tabacs au Royaume uni (7) ! Il est donc très probablement toujours utilisé de nos jours pour parfumer le tabac.

 

 

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 ... A suivre....

 

 

 

 


17/11/2013
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Vagabondage hétéroptérique

Amis, il est temps que quelqu’un se lève et pousse un cri d’alarme :

 

Un danger nous menace, et les discours lénifiants des médias sur le taux de remplissage des campings de l’Aveyron ou la reprise de la ligue 1 n’y changeront rien.

Cet ennemi qui  prépare l’invasion de nos nobles demeures, ce monstre tapi, se dissimule sous le nom savant de Cimex lectularius  (selon notre ami Linné) mais c’est sous le nom de punaise de lit qu’il est le plus connu. En France.

 

Parce que par exemple, au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord (c'est-à-dire en Angleterre), il répond uniquement si on l’appelle –poliment- bed bug.  En Espagne, c’est  « la chinche de las camas » ce qui lui donne tout de suite un côté plus sympa, vous ne trouvez pas ?

 

Ce charmant animal, de la famille des cimicidés et du sous-ordre des hétéroptères se nourrit exclusivement de sang et ingère à chaque piqure, en moyenne, 1 à 2 fois son poids, au cours d’un repas qui dure de 10 à 20 minutes.

 

Il semble exister depuis bien longtemps… en fait, il existait même bien avant qu’il y ait des lits et on peut se demander comment il s’appelait, à ce moment-là. Parce que, une punaise de lit sans lit, moi, je dis que cela n’a pas de sens… Ben si. Réfléchissez. C’est comme un loup des steppes sans steppes ou un moineau domestique sans domestiques.

 

Mais bref !

 

Cette version préhistorique de l’animal vivait dans des grottes et n’embêtait à l’origine que les chauves-souris.

C’est probablement  de là que lui est  venu son goût pour l’homme des cavernes. Il faut vous dire que la bestiole déteste la lumière et préfère prendre ses repas dans le noir. Elle s’est probablement dit qu’il était quand même plus simple de piquer un gros lourdaud poilu qui ronflait dans la pénombre en digérant son mammouth  plutôt qu’une bestiole qui passait le plus clair de ses nuits (façon de parler !) à voleter un peu partout.

 

On retrouve ensuite sa trace en Egypte vers 1340 avant J-C,  à Tell el-Amarna (à 270 km au sud du Caire), où elle faisait déjà se gratter les ouvriers qui creusaient les tombes pour Akhenaton ou les soldats qui gardaient Toutankhamon. Elle s’en alla ensuite gratter les philosophes Aristophane, Aristote et même Pline l’ancien, qui s’en plaint dans son « «Histoire naturelle ».

 

Elle continue  et s’en va piquer King John « himself » (1166-1216), dans le Hampshire, en Angleterre. Vous vous rendez compte ? King John, le roi Jean, dit Jean sans terre, le fiston d’Aliénor d’Aquitaine quand-même !! Bon, il avait beau ne pas être exactement sympathique (c’est le fameux « prince Jean », le fourbe, dans Robin des bois), moi, je dis que ces bestioles ne respectent rien…

 

Au milieu du 18 siècle, en Ecosse, on se rend compte que les maisons, désormais chauffées au charbon (et non plus à la tourbe) et donc plus chaudes, sont infestées de punaises…

Car en plus d’être un vampire qui craint la lumière, la bête est également frileuse et refuse toute partie de pattes en l’air en-dessous de 13°C. 

Sa devise : «Mercure au plus bas, libido dans le cabas»…

 

Pas de câlin si la température est trop faible.

 

Il faut à Monsieur Punaise un certain confort pour conter fleurette à Madame Punaise. Enfin, quand je dis conter fleurette, on va voir que, question romantisme, c’est pas Frédéric Chopin non plus, l’animal…

Non, Monsieur Punaise est doté d’un fort tempérament qui le pousse, tel un directeur du FMI moyen, à forcer la femelle à des relations sexuelles non consenties dans des lits de hasard…

 

Pire, monsieur Punaise est une espèce d’obsédé sur (6) pattes dont le seul but dans la vie est de copuler avec n’importe quelle punaise, à partir du moment où elle vient  de déjeuner. Chacun sa libido. Lui, c’est de voir quelqu’un terminer un repas qui l’excite… Allez comprendre…

 

Du coup, les bébés punaises et les autres mâles, pour ne pas subir les derniers outrages au moment du dessert, se sont mis à secréter des molécules spéciales (des phéromones) pour avertir l’autre obsédé qu’il s’est gouré et qu’il n’est pas leur genre.

Mais ça ne fonctionne qu’à moitié… de temps en temps, il arrive que Monsieur Cimex, emporté par son désir ardent, copule avec un autre mâle… Il est donc, dans son genre un précurseur du mariage pour tous et un des nombreux exemples d’homosexualité animale.

 

Pourtant Madame Punaise a tout ce qu’il faut, là où il faut. Bon attention, c’est pas le genre décolletés pigeonnants  et porte-jarretelles non plus. D’ailleurs trois paires de porte jarretelles, allez essayer de trouver ça, vous… 

Non, je veux dire qu’elle équipée d’un système génital tout à fait normal qui fonctionne d’ailleurs pour la ponte, mais que le mâle n’utilise jamais pour l’accouplement

 

Parce que ce n’est pas un tendre… dès que  Dame punaise finit son diner, sans même régler le repas avec sa carte bleue et la raccompagner chez elle en voiture, le mâle monte dessus et sans réfléchir «poinçonne » la femelle entre les côtes (sternites) 5 et 6, lui transperce l’abdomen et injecte directement son petit matériel dans une sorte de réceptacle appelé spermalège… le sperme va ensuite circuler via le sang jusqu’aux ovaires et féconder la femelle.

 

Le mâle s’éloigne ensuite à la recherche d’une autre compagne, en sifflotant  « J’suis l’poinçonneur des Lilas »….

La femelle, elle, part en claudiquant, drapée dans sa dignité et en récitant le Cid, Acte 1 scène 6 :

« Percé(e) jusques au fond du coeur

D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,

Misérable vengeur d'une juste querelle,

Et malheureux objet d'une injuste rigueur,

Je demeure immobile, et mon âme abattue

Cède au coup qui me tue »

 

C’est ce que les savants appellent une « insémination extragénitale traumatique ». En langage Cimex lectularius : « Aie ! mais ça va pas, non ? »

 

Comme une femelle peut être « visitée » comme ça par plusieurs mâles, je vous laisse imaginer l’état des femelles à la saison des amours. En plus, comme monsieur Punaise a une hygiène douteuse, il lui arrive par la même occasion d’introduire dans la femelle des bactéries diverses qui entraineront la mort de Madame.

C’est le fameux « coup qui me tue » dont parlait Corneille précédemment.

Une sorte de MST de la punaise, en quelque sorte…

 

Tant qu’il faisait froid et que cela endormait la sexualité débridée du perforateur fou, tout allait bien. Mais de nos jours, un intérieur de maison à moins de 13 degrés, ç a ne court pas les rues. Ce qui rend Monsieur Punaise chaud comme la braise…. La femelle va pondre ensuite de 5 à 15 œufs par jour, jusqu’à un possible total de 200 à 500 au cours de sa vie…

 

Ce qui vous donne une idée du problème… ajoutez à cela qu’un individu peut aisément survivre six mois à un an sans manger, si nécessaire, et que, à force d’être traitées par des insecticides, à New York, les punaises de lit sont 250 fois plus résistantes aux pesticides courants que les punaises de lits de Floride….

Les chercheurs qui se sont penchés sur la question ont identifié 14 gènes impliqués dans cette résistance : développement d'une peau plus épaisse qui empêche les insecticides de pénétrer, mutations qui empêchent les toxines d'atteindre le système nerveux ou qui augmentent la production d'enzymes détruisant les insecticides, ou modifiant leur transport dans l’organisme…. De vrais mutants, je vous dis !

 

Ces charmantes bestioles sont donc en train de nous envahir.

 

Les américains ont même créé un site web afin de savoir si votre hôtel ou votre quartier est infesté (seulement aux Etats-Unis):

http://www.bedbugregistry.com

Créé en 2006, le site a reçu 20000 rapports d’infestations,  concernant un total de 12000 sites...

 

Mais pas de panique, il existe une solution.

 Si les insecticides ne peuvent pas grand-chose en raison de la résistance acquise, il nous reste heureusement les ennemis naturels, la lutte biologique :

Les pires ennemis de la punaise de lit sont – en plus de la chaussure pointure 42, qui fonctionne remarquablement bien - la Scutigère véloce (sorte de mille pattes cavaleur, assez difficile à domestiquer) et la blatte, le cancrelat… bref le cafard.

 

La seule solution restante pour lutter contre l’invasion des punaises de lit est donc d’élever des cafards en masse dans vos appartements. Lorsque vous ne pourrez plus faire un pas sans marcher sur un cafard, nul doute que la dernière Cimex Lectularius aura quitté pour toujours votre domicile avec armes et bagages, baluchon sur l’épaule.

 

Vous voyez que je suis de bon conseil… Non, ne me remerciez pas.

Je vous souhaite une bonne nuit, peuplée de beaux rêves.

 

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Bibliographie

  • Alastair D. Stutt and Michael T. Siva-Jothy : Traumatic insemination and sexual conflict in the bedbug Cimex lectularius in Proc. Natl. Acad. Sci. USA,  May 8, 2001 vol. 98 no. 10, 5683–5687
  • Eva Panagiotakopulu and Paul C. Buckland : Cimex lectularius L., the common bed bug from Pharaonic Egypt in Antiquity, Volume: 73  Number: 282  Page: 908–911
  • F. Zhu et al.  : Bed bugs evolved unique adaptive strategy to resist pyrethroid insecticides in Scientific Reports Vol. 3, March 14, 2013. DOI: 10.1038/srep01456
  • Berenger  JM et al. : Les punaises de lits (Heteroptera, Cimicidae) : une actualité « envahissante »  in Med Trop 2008; 68 : 563-567

 

 

 

 

 

 

 


27/08/2013
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D'Epicure à des piqûres... Introduction à "De la nature des choses"

Une nouvelle rubrique sur ce blog : «De la nature des choses »

 

Bon, je sais, c’est un peu facile comme titre, d’Epicure à des piqûres... Et  pourtant….

 

Au premier siècle avant JC,  un Romain nommé Lucrèce écrit le  « De rerum natura » (De la nature des choses)…

Ce  texte reprend l’essentiel de la doctrine d’Epicure, mais en l’exprimant sous forme de 7400 vers (afin de l’entourer du « doux miel de la poésie »). Il entend développer ainsi chez le lecteur la connaissance des choses de la nature. Pour Lucrèce, c’est le seul moyen pour l'homme de se libérer du fardeau des superstitions et de la religion, qui sont les obstacles majeurs à la quiétude de l’âme.

 

Dans le Livre I du "De rerum natura", (Victoire d'Epicure sur la religion (I, 66-71)), il rend hommage au grand philosophe grec, qui le premier, essaya d’expliquer les phénomènes naturels et de libérer l'humanité par la connaissance:

 

« Un Grec fut le premier qui, redressant la face,
Affronta le fantôme avec des yeux mortels.
Foudre, ni ciel tonnant, ni prestige d'autels
Ne l'ébranle, & d'un cœur qu'enhardit la menace
II brûle de forcer pour la première fois
Le temple où la Nature enserre et clôt ses lois
. »

 

(Traduction Sully Prudhomme - 1869)

 

En Version originale, les vers 70 et 71 :

 

…, EFFRINGERE UT ARTA                           

           NATURAE PRIMUS PORTARUM CLAUSTRA CUPIRET.

 

C'est-à-dire littéralement « à désirer rompre le premier (UT CUPIRET EFFRINGERE PRIMUS)  les verrous bloqués des portes de la nature (CLAUSTRA ARTA PORTARUM NATURAE) »

 

Mon « De la Nature des choses »à moi n’a ici -modestement-  pas d’autre but :

Le merveilleux est devant nous, tout autour de nous, et il nous suffit de le regarder et de le comprendre.

Inutile de chercher des âmes, ou des ondes, des dieux ou des arrières-mondes. Tout est beaucoup plus simple, finalement : Le réel suffit, jubilons !

En facilitant la compréhension des sciences du vivant, ces textes veulent aider à « rompre les verrous bloqués des portes de la nature » permettant ainsi d’approcher l’ataraxie, cette absence de trouble qui apporte la tranquillité de l’âme à l’Homme.

 

Poil au duodénum

 

Et afin d’inaugurer cette rubrique, ne manquez pas l'article prurigineux et haletant décrivant la vie palpitante de Cimex lectularius, ou punaise de lit : "Vagabondage hétéroptérique" !


26/08/2013
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