Les étoiles dans le caniveau

Les étoiles dans le caniveau

Fête du bruit

Paris, janvier 2018

 

 

Cher et heureux habitant de l’appartement du quatrième (droite)

 

Il y a de cela quelques jours, j’ai eu le plaisir de découvrir sur la porte de l’ascenseur votre petit mot qui disait en substance : « Chers voisins, nous organisons ce soir une réception chez nous. Il est possible que nous fassions un peu de bruit, ce dont nous nous excusons à l’avance. Vous pouvez nous joindre au … » et suivait votre nom, accompagné de votre numéro de téléphone.

 

Tout d’abord je voudrais vous remercier d’avoir pris le temps de confectionner cette affichette de votre belle écriture cursive, et ceci en commettant un peu moins de dix fautes d’orthographe, d’accent et de grammaire. C’est un exploit de nos jours et je suis fier d’habiter dans un immeuble qui abrite de ces dignes élèves de notre Éducation Publique Laïque et Nationale, comme qui dirait une certaine élite de la Nation Française.

Cependant, au lendemain de cette soirée, je ne peux m’empêcher de vous poser une question qui me brûle les lèvres… Mais à quoi, bougre, fichtre et diantre, sert donc votre avertissement ?

En effet, quand on invite une trentaine de personnes dans un coquet deux pièces parisien, avec une sono à fond, la fenêtre ouverte, et que ces trente primates hurlent à pleine voix en sautant sur eux-mêmes comme s’ils passaient la soirée au Macumba de Saint Julien en Genevois, …. Il n’est pas en effet « possible » que cela fasse du bruit. C’est une certitude. Cela en fait. Beaucoup. Trop, même.

Et il faudrait être stupide, inconscient ou demeuré notoire pour ne pas s’en douter. Ce que votre bonne éducation précitée m’empêche d’envisager, a priori….

De mon coté, je n’ai nul pavillon de banlieue ou appartement à la montagne pour me réfugier le temps de vos agapes et encore moins l’intention de louer une suite au Crillon juste pour dormir en paix.

 

Dès lors, pourquoi s’excuser ? Ce qui nous intéresse, nous, voisins, c’est de pouvoir légitimement jouir d’une soirée bien méritée, en tentant d’oublier qui un patron exigeant, qui des enfants impossibles, ou qui les douleurs de la nuit qui vient et ses angoisses concomitantes.

Pour vous donner une image que vous pourrez comprendre : on préférerait que vous ne nous marchiez pas sur les pieds, même si vous nous demandez pardon auparavant. Parce que cela fait tout de même mal au pied, voyez-vous ?

Je sais qu’il est de coutume, en ces périodes troublées, de faire n’importe quoi sans réfléchir, puis de s’en excuser ensuite mais si vos excuses font certainement du bien à votre ego, elles sont en revanche totalement sans effet sur ma nuit gâchée.

 

Heureusement, j’ai fini par réussir à m’endormir vers les cinq heures et demie du matin, avec l’aide d’une demi-bouteille de whisky et de ces bouchons auriculaires qui ont fait la fortune de la maison Quiès depuis 1918. Le petit jour approchait, mais vous, si j’en crois les hululements de vos invités, étiez de plus en plus « Un peu plus près des étoiles…. »

 

En fait, je crois que ces « excuses « ne sont que prétexte pour vous donner bonne conscience et pouvoir ensuite traiter tous ceux qui émettraient un léger doute sur votre comportement de … pisse froid, pisse vinaigre, esprit chagrin, morose, bégueule… De bonnet de nuit, d’éteignoir, de rabat-joie, de trouble-fête … en un mot d’indésirable, voire, paradoxalement… de mauvais coucheur.

Mais comment vous expliquer ? La vie en commun, dans un immeuble, d’individus au relationnel normal n’est pas compatible avec Patrick Juvet à fond à 4 heures du matin. Je ne manquerai d’ailleurs pas de vous le rappeler des que possible lors de notre prochaine rencontre dans l’ascenseur, en vous relâchant la porte dans les dents….et en n’omettant pas bien entendu de m’excuser juste après.

 

Mais le plus triste pour moi a été votre réaction quand je vous ai appelé vers … il était quoi ? Sept heure et demie, huit heures du matin ?... le lendemain pour vous dire que votre musique ne m’avait pas du tout gêné et pour vous remercier de votre petit mot.

J’ai du beaucoup insister pour que vous répondiez, et vous n’aviez pas l’air content. J’espère que vous avez passé une bonne soirée, quand même ?

 

 

Fete-du-bruit.mp3

 



06/01/2018
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