Les étoiles dans le caniveau

Les étoiles dans le caniveau

Humeurs


Sois sage, ô ma douleur...

Que faire de la douleur ?

 

L’accepter ? La combattre ? La mépriser ? L’ignorer ? Rien de tout cela n’est digne de cette compagne obligée de notre vie, de ce pendant sombre au bonheur.

 

  • L’accepter, c’est être comme le mouton sacrificiel. On ne peut pas accepter d’être jeté à bas ainsi sans réagir. On ne peut pas la laisser gagner. L’accepter, c’est mourir
  • La combattre, c’est vouloir être David contre Goliath, c’est vouloir remonter le fleuve tumultueux au risque de l’épuisement. C’est un combat perdu
  • La mépriser, c’est jouer à mains nues avec une bête féroce. La Douleur se venge de n’être pas considérée, d’être ainsi rabaissée. Elle tient à son statut, Elle veut pouvoir poser sur notre tête ses griffes noires et y régner en maître .La mépriser, c’est croire qu’on peut être plus fort
  • L’ignorer ? Elle en rit, la gueuse!… elle sait qu’elle prend le contrôle de nos sens, elle sait qu’elle est inoubliable, même un court instant. Elle est debout sur notre corps, aussi évidente que l’air qu’on respire ou que la lumière..

 

Alors ? Il faut l’apprivoiser, comme un animal dangereux que l’on veut voir partir. Se rendre à son évidence. Elle est là et nous domine. Elle nous prend. Elle devient nous.

Courber la tête. Sentir son souffle. C’est elle la plus forte quand elle est là. Mais elle partira. Dans cinq minutes, dans une heure, dans un mois. Elle partira. Elle perdra forcément.

Elle aura fait pleurer nos yeux, elle nous aura jeté à terre en gémissant… mais elle partira, à regret, en reculant, en revenant parfois…mais elle partira.

 

Et ensuite, telle la campagne après l’orage, la vie après la douleur, qui ruisselle comme une douche tiède.

L’absence de douleur est un Bonheur.


11/09/2017
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Signe particulier : Néant

A l'ouest, Août 2017

 

 

 

Préambule : ce billet d’humeur contient de vrais morceaux de mots compliqués et de citations culturelles. Tout d’abord parce cette oisiveté émolliente dans laquelle vous vous complûtes durant cet été commence à bien faire et qu’il est temps désormais de faire chauffer vos neurones : les vacances sont finies.

Et ensuite parce que, je vous le rappelle, la culture est la seule chose susceptible de donner enfin un sens à nos mornes existences de cloportes.

 

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Un obscur financier d’outre-Atlantique a décidé, il y a déjà une paire d’années, de mettre un terme au contrat synallagmatique qui nous liait depuis bien longtemps. Et paf, dès le début, un mot compliqué. Qu’est ce que vous croyez ? A vos dictionnaires (1)

Ce contrat de travail aux engagements réciproques consistait de ma part à me lever (presque) tous les jours que Dieu faisait aux aurores, voire souvent à parcourir une partie de ce si joli monde en aéronef, afin d’assurer la bonne utilisation par leurs heureux propriétaires d’appareils compliqués que mon employeur faisait profession de commercialiser dans l’espoir, en général récompensé, de remplir ses poches d’espèces sonnantes et trébuchantes et de préférence en dollars.

 

De son côté, il s’engageait à me verser chaque mois quelque menue monnaie qui me permettait au choix soit de remplir mon réfrigérateur de denrées diverses ou bien de revêtir de quelques oripeaux coûteux et bien taillés ce corps de rêve qui, comme chacun sait, faisait déjà mon succès dans les maternelles de Loire-Atlantique.

 

Bref, j’ai été viré de mon boulot. Oui, ça veut dire la même chose, mais avouez que c’est tout de même moins classe.

 

Depuis ce jour, je ne fais plus rien. Oh, Entendons-nous ! Je continue à regarder pousser mes plantes vertes, à caresser le chat ou à noircir quelques feuilles blanches comme celle-ci de réflexions puissantes sur le sens de la vie ou de récits désopilants sur les amours contrariées de la punaise de lit Cimex lectularius. (2)

Il m’arrive même parfois, bravant tous les dangers, de pousser la porte qui me sépare de ce monde hostile pour vaquer à quelques occupations extérieures, dans notre capitale enfumée ou sur les riants rivages de la côte Atlantique « qui m’a vu naître et que mon cœur adore », comme disait (à l’acte IV, scène V) Camille, la sœur d'Horace, sombre héros tragique et néanmoins éponyme de la pièce du grand Corneille. Re-paf, encore un peu de culture.

 

Mais je ne fais plus rien au sens ou l’entendent la plupart de mes congénères. Ma soudaine inactivité forcée ne m’a pas jeté sur les chemins cahoteux de l’inscription aux cours de gym, aux stages d’œnologie ayurvédique ou de self défense option karaté/zumba.

Pas non plus de garde obligatoire de petits enfants putatifs qui viendrait me casser les tympans et les génitoires en tentant de refaire la décoration de mon modeste logis à coups de ballon de foot.

 

Non, je ne fais rien… J’écoute pousser mes cheveux, comme le disait le grand Jacques (3). Ou pour rester dans le style des grands-chanteurs-disparus-qui-nous-manquent-comme-c’est-pas-possible, «Je vis à l'écart de la place publique, serein, contemplatif, ténébreux, bucolique »(4).

Et donc, ce faisant (c'est-à-dire ne faisant rien), je m’installe mine de rien dans une position hautement philosophique en faisant face au néant.

Ne riez pas. Lisez plutôt les dictionnaires :

 

Farniente : Douce oisiveté, état d'heureuse inaction. Étymologie : Mot italien signifiant proprement « ne rien faire », composé de fare (faire) et niente (néant) (5)

Fainéant : Personne qui ne veut rien faire. Personne qui n'a rien (ou peu de choses) à faire.

Étymologie : Altération populaire d'après la forme verbale fait (faire) et néant, de feignant : part. prés. adj. de feindre au sens de « se dérober, rester inactif » (5)

 

Voici donc ce qui jette la plupart de mes interlocuteurs dans des abîmes d’incompréhension :

« Non ? Mais vraiment…Tu ne fais rien ? Tu n’as pas peur de t’ennuyer ? Il  faut absolument que tu restes actif pour te maintenir… » (ce dernier commandement ayant ma préférence : n’ayant pour ma part aucunement l’impression de m’écrouler sur moi-même comme une vieille serpillière humide, cette obligation absolue d’activité me fait irrémédiablement penser au lapin de la publicité Duracell ). Et je ne suis pas un lapin.

 

L’éventualité de ne rien faire semble rejoindre chez mes contemporains la liste des grandes angoisses existentielles que sont la panne de LiveBox un soir de finale de coupe du Monde de foot ou la non-commercialisation de l’Iphone 7 Plus en finition gris sidéral. Et on ne m’ôtera pas de l’idée que cette terreur est liée au néant susmentionné : sinon, pourquoi cette insistance grotesque à vouloir à tout prix que je peuple mes journées d’activités fébriles ?

 

Le grand Rien semble donc vous faire peur ? Rassurez-vous : on peut toujours tenter de s’en tirer comme Parménide, qui disait que « le néant n’est pas, donc il n’est rien ».

Mais (en vérité) je vous le dis : ce n’est pas en niant le néant, ni en s’ingéniant à être casanier, ou dans tous les cas à nier le néant qu’il naît en nous une envie…néanmoins. Il faut qu’on ait envie de vie, sinon le néant vit. (Oui, ça me fait rire).

 

« Il faut regarder le néant en face pour pouvoir en triompher », disait le poète (6). Et ne rien faire, quelle belle activité, finalement… comme une nouvelle vie… : « Dans ce genre de vie t'attendent l'amour des vertus et leur pratique, l'oubli des passions, la connaissance de la vie et de la mort, et l'altière paix des choses » (7).

 

Et donc ….Vive rien puisque c'est la seule chose qui existe! (8)

 

 

 Bibliographie

 

 

  1. Allez, je suis sympa : Synallagmatique : [En parlant d'un contrat, d'une convention; par opposition à unilatéral] Dans lequel chaque partie s'oblige vis-à-vis de l'autre. Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose (...). Le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les contractants s'obligent réciproquement les uns envers les autres (Code civil, 1804, art. 1101-1102, p. 200).
  2. Voir : Vagabondages hétéroptériques : //les-etoiles-dans-le-caniveau.blog4ever.com/vagabondage-heteropterique
  3. Jacques Brel : Les bonbons 67
  4. Georges Brassens : Les trompettes de la renommée
  5. Toutes les définitions sont empruntées à l’indispensable CNRTL, ou Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales : www.cnrtl.fr
  6. Louis Aragon : Les poètes
  7. Sénèque : De la brièveté de la vie
  8. Albert Camus : L'Etat de siège

 

 


24/08/2017
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Parole d'homme blanc

Paris, juin 2017

 

 

Allez, c’est décidé je fais mon coming-out ... je vais tout vous dire, même si c’est difficile, même s’il m’en coûte : j’avoue…

Oui, je suis un homme blanc.

Si si, je vous assure, j’ai vérifié. Et tout petit, déjà, si j’en crois les photos de ma prime enfance ou, nu sur une  peau de chèvre….

 

Bon j’arrête, j’excite tout le monde…

 

Même si le constat m’accable, il n’y a aucun doute possible. Je dois me rendre à l’évidente navrance de ma mâlitude blanche, ou de ma blanchitude mâle, comme vous voudrez…

 J’ai un chromosome en plus (le Y) et une protéine en moins (la mélanine)… Je suis un mâle blanc, vous dis-je. J’ai tout essayé pour quitter ce groupe, mais rien à faire. Mon corps, cette carcasse honnie, s’obstine stupidement à fabriquer de la testostérone et à prendre des coups de soleil, même en Bretagne au mois de juin.

 

Et ce n’est pas fini. Il me faut ici poursuivre mon examen de conscience et finir mes aveux devant vous. J’ai été élevé dans la religion catholique (apostolique et romaine), au sein d’une famille ni pauvre, ni riche, en province.

Je me rends bien compte du misérabilisme absolu de tout mon être. Homme, blanc, catholique, « bourgeois » et provincial…

 

Selon une ligne de pensée à la mode un peu partout actuellement, me voici donc de facto définitivement disqualifié pour parler des grands sujets de ce monde qui sont, dans l’ordre, le Sexisme, le Racisme,  les Problèmes sociaux, la Place de l’Islam dans la société et la Fermeture des voies sur berges à Paris.

 

Parce qu’un nouveau courant de pensée est né en ces temps troublés : pour élaborer une opinion qui puisse être considérée comme avisée sur un sujet quelconque, il faut nécessairement avoir vécu ce quelque chose dans sa chair.

Je m’explique : seules les femmes peuvent parler de féminisme, les noirs de racisme et les musulmans de l’islam, par exemple.

N’étant ni femme, ni noir… mes opinions sur le féminisme ou le racisme sont suspectes. Plus que suspectes même, elles sont forcément erronées : je pense en mâle dominant blanc, inéluctablement. Beurk.

A moi donc les sujets de vrais mâles blancs: foot (duel Monaco/PSG),  bagnole (duel Porsche Panamera / Maserati Granturismo) ou culture (duel Nabilla / Kim Kardashian). Là se limite mon domaine d’expertise…

 

Me voici marqué au fer rouge….et ces marques s’accumulent les unes sur les autres pour me ranger dans ma petite boîte : toute opinion émise, toute idée formulée  est aussitôt repoussée d’un « ah, toi, tu es bien un……un mec, un blanc, un catho, un bourgeois (pour les prolos) , un prolo (pour les bourgeois), un capricorne, un breton (pour les parisiens), un parisien (pour les bretons), un gauchiste (pour les gens de droite), un facho (pour une certaine gauche)…

 

Peu importe mon athéisme farouche… Je suis né catho blanc, je pense donc comme un catho blanc et suis donc responsable (en bloc) de la quatrième croisade (et donc de la prise de Constantinople subséquente), de l’inquisition et du massacre des Templiers, des guerres coloniales, du malaise des banlieues et des mauvaises ventes du dernier single du rappeur Abd al Malik. Que la honte soit sur moi jusqu’à la treizième génération de ma race, ceci dit pour rester dans l’esprit Templier !

 

Dire que je pense ce que je pense PARCE QUE je suis homme ou blanc, c’est de l’essentialisme. Une vieille théorie qui « estime que l'innéité biologique prévaut dans le comportement d'un individu sur les acquisitions ultérieures qu'il a adoptées ou construites »(1).

A cette théorie, s’oppose l’existentialisme de Sartre, qu’il nous faudrait bien relire aujourd’hui (2) : « L'existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité-humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait »

 

Exprimé de manière encore plus simple, l’existentialisme est résumé en une phrase par Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme. On le devient »(3).

Etre femme n’est pas un préambule (au sens de pre-ambulus, qui marche devant, qui précède), mais le résultat d’une exploration, d’un voyage, d’une découverte qui passe par la découverte de l’autre. Phrase que devraient méditer quelques féministes adeptes de non-mixité (de genre ou de couleur) et farouches contemptrices de blanchitude.

 

On ne naît pas homme non plus. On le devient. C’est Erasme qui l’avait dit, bien avant Simone, qui n’avait fait en réalité que lui piquer l’idée : « at homines, mihi crede, non nascuntur, sed finguntur » (Pour ce qui est des hommes, à mon avis, ils ne naissent pas hommes, ils sont façonnés comme tels.) (4)

 

Alors oui, on sait maintenant que tout n’est pas si simple. Que l’inné et l’acquis, que la psychologie, la génétique et même désormais l’epigénétique se mélangent pour venir  compliquer tout cela… mais n’oublions quand-même jamais Sartre : « Nous sommes condamnés à être libre ».

 

Et donc si, au lieu de se demander « qui » parle, on se demandait plutôt « d’où » on parle ?…

 

Je suis né homme blanc. Mes voyages, mes rencontres, mes réussites, mes échecs…m’ont tour à tour rendu un peu plus noir, un peu plus femme, un peu plus africain, un peu plus juif, un peu plus pauvre, un peu plus athée…Je pense parfois en vieille femme africaine, ou en enfant juif … L’existence précède l’essence, disait Sartre.

 

On ne peut plus me réduire à mon phénotype (4)

 

Une pensée provient nécessairement d’un corps. La disqualifier (ou la qualifier) a priori,  parce que ce corps est blanc, ou noir, ou mâle, ou pauvre, … est un rétrécissement de l’esprit et la base de tous les replis sur soi, de tous les racismes et de toutes les intolérances.

 

Désolé, mais une pensée complexe, élaborée dans ce que je crois être un néocortex en état de marche, ne sera jamais réductible à un gène perdu de mon ADN.

 

Je ne pense pas avec ma mélanine (5).

 

 

 

 Bibliographie

 

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Essentialisme
  2. Jean-Paul Sartre  - L'existentialisme est un humanisme – Poche Folio
  3. Simone de Beauvoir – Le deuxième sexe – Tome II
  4. Érasme - De pueris instituendis (1528) 
  5. Ensemble des caractères observables, apparents, d'un individu
  6. @Doctor_Mouse : « Des millénaires de civilisation pour penser avec sa mélanine. L’Histoire est une poubelle de crânes vides »

25/06/2017
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La java des mandibules

 

Paris, juin 2017

 

 

Je vais vous faire une confidence : j’aime faire à manger. Oui. « A manger »

 

Oh, j’entends déjà les ayatollahs de la calorie, les snobs de la papille, les délicats du palais. On ne dit pas « manger », voyons ! On déjeune, on dîne, on soupe, on goûte, on déguste, on picore, on chipote… on brunch, cet hybride entre le breakfast et le lunch …(une excuse pour boire du mauvais vin bio au petit-déjeuner, en fait…)

On apériritive-dinatoire même… Mais on ne mange pas. Manger, c’est sale.

 

Etymologiquement, c’est le « manducare » qui évoque le mouvement des mandibules, des mâchoires. Une activité animale. Beurk.

Cela avait même gravement indisposé Pétrone, le poète latin du premier siècle après Jésus-Christ, qui remplaçait déjà d’ailleurs ce « manducare » forcément populaire par le plus élégant « comedere »..

Les Italiens ont gardé « mangiare », les Espagnols « comer ». Nous, nous avons conservé manger, mais nous semblons le regretter chaque jour. Seuls les pauvres mangent. Les riches, eux, se sustentent, voire se restaurent.

 

Les esthètes dévots (pardon) de la nouvelle cuisine n’aiment pas manger, tel Franck, le cuisinier virevoltant joué par Victor Lanoux dans « Le bal des casse-pieds » d’Yves Robert :

….Franck, ami que seule la jalousie m'autorise à chambrer, était un Cuisinier Gentilhomme : Il offrait à sa cuisine le plus beau des ustensiles : le langage « Ici l'on braise, on blanchit, on blondit, on écume, on affriande, on écorche, on découenne, on escalopine… On ne presse pas un citron, on l'exprime… »

 

Evidemment, pas question ici de pot au feu, de bœuf bourguignon, de blanquette de veau ou de garbure fermière… il nous faut des tartares de légumes, des espumas de tomate, des smoothies et des muffins ou des pâtisseries véganes sans gluten et sans sucre…

 

Faire à manger, c’est donner. Des sensations, du plaisir. De l’amour. C’est incompatible avec le calcul, la mesure, le petit peu, l’étriqué. Il n’y a pas de normes, de règles ou de lois. Même si je préfère un Madiran 2005 avec mon tournedos aux morilles, libre à toi de préférer un Coca ou un jus d’orange, si tu le choisis en connaissance de cause et en accord avec tes papilles (mais goûte quand-même le Madiran d’abord !). La cuisine est férocement généreuse, tolérante, ouverte sur les autres cultures. On traverse le monde en mangeant, et tous les pays y sont beaux. Les religions s’y mélangent. Le goût n’a pas de race, pas de couleur

 

Oui, le vin blanc est bon avec le fromage. Oui, le rouge se marie aussi avec le foie gras. Ose ! Goûte ! Essaie ! Rien n’est interdit. Ici comme ailleurs, les églises sont à renverser. Une seule règle : Cela te plait ? Alors, c’est réussi.

 

Et non, il ne faut pas nécessairement dépenser plusieurs mois de salaires dans l’achat de matériel compliqué que le marché nous vante : blenders, hachoirs, robot pâtissier ou multifonction, robot cuiseur même, Magimix, machine à pain, centrifugeuse, crêpière, extracteur de jus, presse agrumes, émulsionneur… Un mauvais photographe a forcement besoin du dernier appareil à la mode. On peut réaliser des petits miracles avec une poêle, une batterie de casseroles et un mauvais four.

 

Faire à manger, ce n’est pas compliqué. C’est ce que les cuistres de cuisine ont voulu te faire croire. Il suffit de vouloir et d’aimer. Tout le monde peut réussir une soupe aux légumes, excellente si les légumes sont bons …et un bon vieux mixer, voir un simple presse-purée suffit. Avec une grille fine.

Et une pointe de crème fraiche.

 

Alors… On mange ?


12/06/2017
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Comme une rage dedans

Paris, avril 2017

 

 

Mais moi,

La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête…

 Edmond Rostand - Cyrano de Bergerac Acte II scène VIII

 

 

Il est digne en cette après-midi, dans la cour des Invalides à Paris. Il est debout. On le devine immensément triste. Son compagnon a été tué de deux balles dans la tête par un illuminé. Sans raison. Deux morceaux de métal qui massacrent à jamais le visage de l’être aimé. L’absence. L’angoisse. L’inconcevable .Le vide…

 

Et puis soudain, la phrase. « Vous n’aurez pas ma haine ». Cette phrase déjà prononcée par un père a qui on avait enlevé son enfant de la même manière, quelques mois auparavant. Cette phrase qui vient elle-même après les « Nous n’avons pas peur », incantations dérisoires après les attentats de Paris, de Nice, de Londres, de Tunis, de …..

 

Je sais peu la psychanalyse… Sans doute cette phrase est-elle un moyen pour le malheureux de sublimer sa douleur, de ne pas tomber à terre. Alors, elle est respectable.

 

Mais je ne peux m’empêcher de me poser des questions : des fous terroristes tirent à l’arme automatique sur vos enfants, vos frères, vos sœurs, vos amours et vous n’avez ni peur, ni haine ? Mais de quel bois êtes-vous donc faits ?

 

Moi, j’ai de la haine et de la peur…vous pouvez même y ajouter de la révolte, de la colère et de la rage. Mais où sont passés notre fougue, nos coup de sang, nos échauffements de bile… ?

 

Parce que nous ne sommes pas des purs esprits…

 

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Au commencement était la brute.

Que ce soit pour manger ou pour argumenter lors d’un léger désaccord d’ordre relationnel, le Néandertalien ou l’Homo Sapiens moyen ne connaissait qu’une technique : « Assommer bisons, aurochs et bonne fortune »(1). Il ne dédaignait ni le viol, ni le meurtre, ni même l’anthropophagie (2) et la massue restait la première réponse à quiconque mettait en péril la survie de l’individu ou la conquête de l’être aimé.

Et puis la civilisation est venue…et principalement Saint Paul, par qui, juste après Jésus-Christ, tout a commencé.

La doctrine paulinienne a voulut extirper de l’homme forcément imparfait toute émotion, quelle qu’elle soit : « On les connaît, les œuvres de la chair: libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuveries, ripailles et autres choses semblables ; leurs auteurs, je vous en préviens, comme je l’ai déjà dit, n’hériteront pas du Royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n’y a pas de loi.

Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. (3)

 

Crucifier la chair… La dompter au point de la rendre inexistante, et avec elle, toute émotion qui en résulte.

 

Pas de sexe, pas de haine, pas de jalousie, pas de discorde... L’homme devient une créature affranchie de ses hormones et de ses liquides biologiques, son corps est un tabernacle à maintenir indemne pour l’existence d’une âme propre. «Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ?»(4)

 

La rage et la colère sont suspectes. Le corps est suspect. Tout ce qui le compose est suspect : la chair, le sang, la bile, la sueur, la salive, … les odeurs, les désirs…tous suspects, vous dis-je.

 

Bien évidemment, Saint-Paul est mort et sa doctrine ne se porte plus très bien. Mais elle nous a marqués à jamais.

 

 

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Et puis est venu la science, et avec elle, nos trois blessures narcissiques, qui, selon Freud, ont « infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité de graves démentis »(5)

 

Par Copernic, tout d’abord qui nous montra que « La terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur »(5). Nous n’étions pas le centre de l’univers.

 

Par Darwin ensuite qui supprima à l’homme sa « place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale »(5). Pour Darwin, nous avions un corps, et il était animal.

 

La dernière blessure fut infligée par Freud lui-même dont les travaux allaient « montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. »(5). L’essentiel de nos vies était hors de notre contrôle.

 

Nietzche est ensuite venu porter le coup final : « Ma formule pour ce qu'il y a de grand dans l'homme est amor fati : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni dans les siècles des siècles. Ne pas se contenter de supporter l'inéluctable, et encore moins se le dissimuler - tout idéalisme est une manière de se mentir devant l'inéluctable -, mais l’aimer.»(6)

Dieu est mort, il n’y a aucun arrière-monde. Et il ne s’agit pas de se résigner tristement à ce destin, de le supporter ou de d’endurer. Il nous faut le choisir, le construire, puis le vouloir, l’aimer de toutes ses forces même, lui dire oui .Il nous faut acquiescer. Amor fati… Aime ton destin !!

 

Seuls dans un univers sans limite, animal parmi les animaux, soumis à un inconscient tout-puissant et dans l’obligation de créer et d’aimer notre destin tragique … Tout cela était insupportable. La science avait fait l’homme libre, mais terriblement seul et Nietzche voulait en plus qu’on y acquiesce ?!! … C’en était trop ….

 

Il faut être fort pour être seul. Alors, nous sommes repartis vers l’éther paulinien désincarné…

 

Nous devons à tout prix reprendre le contrôle de l’animal qui sommeille en nous en tentant d’oublier notre matérialité. Dans les publicités pour les serviettes hygiéniques, le sang n’est plus rouge, mais bleu. Nous chassons le poil, la sueur et les secrétions diverses. Le végétarisme éloigne toute chair de notre vue. Tuer un lapin fait aujourd’hui de vous un criminel contre l’humanité. Même la mort n’existe plus…

Nos congénères s’en vont, seuls, dans une lointaine chambre d’hôpital. C’est à peine si on les voit quelques instants sur leur dernier lit, et puis nous les dématérialiserons encore un peu plus par une crémation au son du Requiem de Mozart…

 

Pour l’homme, la nature n’est plus que le paradis des légumes bios ou des gentils zanimaux. Exit le bourbier violent ou les bêtes se déchirent et se mangent pour survivre. Le simple et évident tragique de la réalité nous est insupportable.

 

Bien sûr, nous avons encore un corps. Mais une nouvelle ascèse nous ordonne de le maintenir mince, jeune, svelte. … désincarné. Plus de graisse, plus de sucre, plus de gluten, plus d’alcool….

 

En position du lotus, zen devant notre salade au Tofu et notre verre d’eau tiède, nous n’avons plus ni colère, ni haine.

 

Rabelais et Brillat-Savarin ont disparu… Seul subsiste Saint Paul, aujourd’hui déguisé en Dalaï Lama.

 

Plus de poings fermés et de cris face au ciel. Plus de genoux qui ploient sous la colère et la haine, plus de rage … plus de hurlements.

Nous désodorisons tout : nos intérieurs, nos voitures, nos corps, notre cerveau. Notre pensée est désormais hygiénique.

 

Rien ne doit sentir la bête.

 

Et tant pis si les bêtes qui nous menacent sont partout déjà autour de nous….

 

 

 

Bibliographie

 

1 Pierre Tisserand -L'homme fossile (chanté par Serge Reggiani)

2 Hélène Rougier et al. : Neandertal cannibalism and Neandertal bones used as tools in Northern Europe - Scientific Reports 6, Article number: 29005 (2016) - //dx.doi.org/10.1038/srep29005

3 Saint Paul : Ga 5,13-25 : « Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs » (v. 24)

4 Saint Paul : Co 6,12-20 : « Le Seigneur est pour le corps » (v. 13b)

5 Sigmund Freud:  Introduction à la psychanalyse (1916),

6 Nietzsche : Ecce homo


30/04/2017
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Le pêcheur aquoiboniste

Paris, avril 2017 

 

Parce qu’il y a eu César, Marc Aurèle,  Néron, Cincinnatus et Caligula...

 

Des dictateurs, des consuls, des rois, des empereurs, des princes, des tsars et des présidents du conseil…

 

Parce que je suis né sous la IVème république (de justesse, mais bon…), que j’ai vécu sous la Vème et que je ne désespère pas de voir la VIème…

Parce que ma France a successivement été gouvernée par René Coty, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande…..

 

Soit par la droite, la gauche, le centre, la droite, les républicains indépendants, les républicains de progrès,  le libéralisme, le néo-libéralisme, le socialisme libéral, la coalition socialo-communiste, le socialisme à visage humain, le souverainisme, l’européanisme, la gauche réaliste et la droite décomplexée….

 

Parce que je me souviens précisément de l’enthousiasme suivant ces élections, parce que j’ai connu mai 68, parce que j’ai voté Mitterrand en 1981…

 

Parce que j’ai connu l’abolition de la peine de mort de Mitterrand et le mariage pour tous de Hollande , mais aussi la majorité a 18 ans et le droit à l’avortement de Valery Giscard d’Estaing…

 

Parce que j’ai connu le travail du dimanche de Hollande.

 

Parce que j’ai connu toutes les aventures du monde : le communisme soviétique de Khrouchtchev, ou le communisme chinois de Mao, le Chili de Salvator Allende, le Brésil de Lula, le Cuba de Castro, l’Angleterre de Thatcher, le Burkina de Sankara, le Ghana de Nkrumah, les Etats-Unis de Ronald Reagan puis ceux de Barak Obama…

 

Parce que j’ai connu la fin des dictatures qui ont amené des chaos

Et la fin des chaos qui ont amené d'autres dictatures

 

La fin de l’apartheid et la chute du mur de Berlin.

 

Parce que j’ai vu la corruption sous Mandela  et les émeutes raciales sous Obama.

 

Parce que j’ai connu Paris Chirac et Paris Hidalgo… 

 

Parce que je sais que les lendemains ne chanteront jamais et qu’on ne rasera jamais gratis

Parce qu’il n’est pas de sauveur suprême

Ni dieu, ni César, ni tribun (1)

 

Mais surtout

 

Parce qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils

Parce que voilà que j'ai touché l'automne des idées (2)

 

Parce que d'avoir trop pleuré des larmes encore me perlent aux paupières

Parce qu’en politique, je ne rêve plus, mes livres s'ensommeillent, mon piano est fermé (3)

 

Parce que dorénavant, je vais consacrer mon énergie à changer les hommes et non les lois,

Parce que le destin d’un pays ne dépend pas de notre façon de voter… le pire des hommes est aussi bon à ce jeu que le meilleur des hommes.

Parce qu’il ne dépend pas du type de bulletin que vous déposez dans l’urne une fois par an, mais du type d’homme que vous déposez depuis votre chambre jusque dans la rue chaque matin.(4)

 

 

Parce que j’ai vu les bras coupés des enfants de Sierra Leone

Parce que j’ai vu Ghetto, Varsovie et le mur de la Shoah

 

Parce que les enfants des rues…

 

Parce que j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans (5)

Parce que je ne crois plus en l’homme.

 

Pour toutes ces raisons…. Je ne voterai pas aux prochaines élections.

 

 

 

1- L’internationale

2 - Baudelaire – L’ennemi

3- Jacques Brel – Les vieux

4- Henry David Thoreau -  La moelle de la vie

5- Baudelaire - Spleen


11/04/2017
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Paris sur-saine

Paris, novembre 2016

 

Avant de sortir de chez lui et de mettre un pied dans la rue, Pierre prit soin de déchirer en petits morceaux son mégot de cigarette avant d’en disperser les fragments dans le vent d’automne, puis de corriger son haleine à l’aide du petit spray à la menthe qui ne le quittait jamais.

De trop nombreux amis à lui, fumeurs également, étaient tombés en n’étant pas assez prudent avec ces détails. Ils s’étaient fait rapidement interpeller par les unités de la police de la Santé Municipale (démocratique et populaire) et certains croupissaient encore dans les gymnases de rééducation de l’Est parisien.

 

En cette année 2034, à Paris, fumer était en effet interdit partout. La loi avait été votée par le Conseil Municipal Sanitaire (démocratique et populaire) de la capitale après un sondage qui avait établi que 51% des parisiens étaient non fumeurs, et donc profondément hostiles à l’idée même de croiser un fumeur, parce que « d’abord, ça sent pas bon, et en plus, c’est pas bon pour la santé !».

 

Une étude scientifique indépendante, réalisée par le laboratoire (démocratique et populaire) de la ville de Paris avait ensuite prouvé que les taux de nicotine dans l’air entraînaient une diminution notable (1.05%) de la fertilité de la Coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata). Or cet insecte était désormais le seul autorisé par le Ministère de la Santé comme agent de lutte biologique contre les pucerons qui envahissaient les jardins populaires (et démocratiques) qui se développaient un peu partout dans la ville grâce aux Permis de Végétaliser distribués à tous les habitants qui en faisaient la demande.

                                                                                                              

On avait donc d’abord commencé par interdire le tabac dans les restaurants, les bars, les boîtes de nuits…puis dans les squares et les aires de jeux… Le quatrième arrondissement, fer de lance du progrès écologique, avaient ensuite été déclaré non fumeur, et la mesure avait été plus tard étendue à toute la capitale.

Les Brigades des Voisins (démocratiques et populaires) veillaient à ce que cette loi soit également appliquée dans les domiciles privés où la moindre odeur de tabac émanant de votre appartement était susceptible d’être dénoncée aux autorités et de causer votre expulsion.

 

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Pierre partait donc ce matin là, en marchant d’un bon pas, vers l’Espace Ludique et Sportif  (démocratique et populaire) distant de cinq kilomètres de son domicile. L’utilisation d’une voiture n’était plus autorisée que trois jours par mois et par personne et de toute façon, le prix du stationnement, récemment fixé à 50 euros le quart d’heure, dépassait ses faibles moyens. Et depuis que la perception des droits de stationnement avait été confiée à une milice privée armée, plus question de prendre le risque de ne pas payer : la menace d’un enlèvement, puis de la confiscation pendant 30 jours, suivi d’une restitution contre le paiement d’une amende égale à 25% du prix de la voiture avait dissuadé les derniers tricheurs.

 

De toute façon, la plupart des rues étaient devenus piétonnes et l’utilisation d’une voiture, fortement déconseillée, entraînait immédiatement pour le pauvre conducteur railleries, quolibets et huées de la part de tous sur le bord de la route. Certains jetaient même des cailloux sur ces primitifs non éco-responsables qui osaient encore se déplacer en utilisant un véhicule à moteur. Une autre étude scientifique, toujours indépendante, réalisée par le même laboratoire (démocratique et populaire) de la ville de Paris avait d’ailleurs établi qu’il n’était ni plus pratique, ni plus rapide d’utiliser une voiture pour se déplacer.

 

Les derniers automobilistes récalcitrants devaient également se rendre une fois par semaine à un stage obligatoire de désensibilisation à la voiture, organisée par les Brigades Vertes (démocratiques et populaires). Les plus difficiles à convertir au Vélib, trottinettes et autres MAD (moyens alternatifs de déplacement) étaient les quelques seniors qui s’obstinaient encore à habiter la capitale, mais ils étaient de moins en moins nombreux. Leur maintien dans la cité n’était d’ailleurs pas encouragé, du fait du peu d’enthousiasme qu’ils montraient à participer aux nombreuses activités d’Enchantement de l’Espace Public organisées par la Mairie : on notait en effet une très faible participation de leur part lors des soirées Zumbas sur les quais ou lors de la Love Run organisée chaque année pour la Saint Valentin dans le Bois de Boulogne.

 

 

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Pierre n’était pas non plus un véritable adepte du sport. Mais le Conseil Municipal Sanitaire (démocratique et populaire), en collaboration avec les compagnies d’assurance avait rendu quasi obligatoire l’appartenance à un club sportif : les tarifs des Mutuelles de Santé étaient fortement diminués si vous pouviez prouver que vous étiez non fumeur, non buveur, végétarien, ne consommant ni gluten, ni produits laitiers et que vous pratiquiez régulièrement une activité physique. Une carte Vélib et une carte d’abonnement à un club sportif était  également une condition indispensable pour pouvoir obtenir un rendez-vous à la Maison de Santé (démocratique et populaire) de votre arrondissement, seul endroit où se faire soigner depuis que le dernier médecin avait fermé son cabinet et que la médecine libérale avait été déclarée illégale.

 

 

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Après ses quatre heures de sport, il irait prendre part au Conseil Hebdomadaire de la Démocratie Locale Participative Populaire et Citoyenne. Celui-ci devait discuter du Grand Projet de Réimplantation des espèces sauvages dans la capitale : on avait commencé dans les années 2000 par installer des ruches et des abeilles sur les toits des immeubles, puis enchaîné par l’utilisation de moutons sur les pelouses qui bordaient le périphérique. Mais ces derniers avaient récemment proliféré et menaçaient d’envahir la ville… La résolution, cette semaine, concernait donc la réimplantation des loups dans les jardins de la capitale.

 

Il avait hâte d’y être…


02/11/2016
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Le Parti d'en rire

Paris, septembre 2016

 

 

Dire qu’il existe des gens qui préfèrent François Mauriac à Pierre Dac.
Comment se peut-ce ? Si je devais écrire une biographie un jour, j’écrirais
celle de Pierre Dac. Je voudrais tant expliquer aux cons et aux jeunes
l’importance de cet homme dans la pensée moderne. 
Pierre Dac est à l’esprit d'aujourd’hui, ce que Charles Trenet est à la chanson.
Merci Pierre Dac de nous avoir enfoncé tant de portes !

 

SAN-ANTONIO, (Emballage Cadeau, Editions Fleuve Noir)

 

 

 

Françaises, Français,

 

En ces temps de débats religieux et politiques heurtés, et en hommage au regretté Pierre Dac (1893-1975), phare de la pensée contemporaine et immortel auteur du célèbre sketch «Le Sar Rabindranath Duval », j’ai pensé que la création d’un nouveau grand parti s’imposait : j’ai nommé le « Parti pour la promotion et la défense du slip en chachlik mercerisé » ou PPLPELDSECM.

 

Ce parti, au fondement solide et à la doctrine élastique s’articulera selon deux axes indissociables et néanmoins parallèles, l’un religieux, l’autre politique et le troisième international.

 

Religieux, évidemment : le port du slip en chachlik mercerisé représente tout à la fois la clé de voûte, la pierre angulaire et le témoin fondamental de notre attachement séculaire et atavique à la civilisation chachlikienne, telle qu’elle nous a été léguée par nos glorieux ancêtres gaulois.

 

Porter librement ce symbole, le vendredi matin entre 11:47 et 12:32, les jours de mistral, est un droit sacré et imprescriptible que nous entendons défendre de toutes nos forces contre les menaces des tenants du slip kangourou ou du Boxer Short.

Ces brebis, égarées dans leurs croyances primitives, doivent savoir qu’elles nous trouveront toujours dressés face à leur obscurantisme. Le port du slip en chachlik mercerisé est une tradition de longue date, et les écrits anciens attestent d’ailleurs de la DIMension historique et donc de la pré EMINENCE de notre religion.

 

Mais qu’on se le dise : notre guerre sera également sans merci contre les adeptes naturistes, ces athées du slip, dont le nihilisme caleçonnier se vautre dans l’anarchie et la perte des valeurs morales traditionnelles, préambule comme chacun sait à l’usage de drogues dures et à l’écoute en boucle d’albums de Christophe Maé.

 

Et nous abordons ici la seconde dimension de notre action, l’aspect politique : le savoir-faire français en matière de chachlik mercerisé est indiscutable et constitue un des fleurons de notre industrie depuis des siècles. Pour cette raison, nous entendons réunir dès que possible un groupe de députés à l’Assemblée Nationale afin de promouvoir le port du slip en chachlik mercerisé partout en France métropolitaine, ainsi que dans les départements et territoires d’outre mer, dans sa version allégée, bien sûr, nous ne sommes pas des monstres.

 

Vive le chachlik français ! Halte à l’importation de chachlik venu de pays gangrenés par les métèques basanés ou la finance cosmopolite, pâle imitation de notre chachlik national !

 

La fabrication de slip en chachlik mercerisé est la fierté du Made in France et représente un pilier essentiel dans le redressement de notre économie nationale. Seule la relance de cette activité est susceptible d’inverser les courbes du chômage, de réduire le déficit de notre balance commerciale et de faire baisser notre taux de cholestérol… Dans cette optique, la nationalisation de l’usine de slips de la ville de Montcuq, dans le Lot sera décidée dès que possible et une loi sera votée pour rendre obligatoire l’achat de 2.3 slips par habitant mâle avant l’hiver prochain.

 

 La vente de slip en coton, soie, laine Mérinos, macramé, fil d’Ecosse, fil de pêche, fil dentaire ou philodendron sera lourdement taxée… La commercialisation des strings sera, elle, purement et simplement interdite et passible des galères royales, de bannissement à vie ou d’interdiction de sortie après 22 heures…

 

Il faut le dire : le chachlik français, détenteur de l’appellation d’origine protégée, est le seul reconnu par l’Institut International du chachlik, basée à Genève, et nous atteignons ici, enfin, la dernière dimension de notre action : l’International.

 

Soyons vigilants ! Debout, la France ! Le parti de l’étranger veille, à l’affût, et les ambassades ennemies sont à pied d’œuvre. Cet outil qui fait rayonner la culture, le savoir-faire et disons le, la puissance de la France fait des envieux. Ils vont venir jusque dans nos bras, n’en doutez pas, et ce ne sera plus pour égorger vos fils et vos compagnes, mais bien pour voler vos slips en chachlik mercerisé.

S’il faut défendre le slip français, que nos ennemis sachent que nous serons debout et prêts à verser notre sang jusqu'à la dernière goutte.

Qu’ils soient certains que nous n’hésiterons pas à ameuter l’OTAN et, si nécessaire, à utiliser le feu nucléaire et nos Opinels à virole tournante afin de défendre les valeurs occidentales traditionnelles, dont le port du slip en chachlik mercerisé est un élément constitutif, essentiel, mais également fondateur.

 

Françaises, Français, soyez en certains : ça va mieux ! Demain, grâce à notre action, un soleil radieux se lèvera enfin sur une France forte et apaisée, confortée dans ses traditions chachliko-chrétiennes et fière de ses valeurs. Dans cette France, crainte et respectée par nos ennemis slippiers, nos usines produiront à plein régime cet élément éternel de notre identité et de notre richesse nationale.

 

Poil à la poche marsupiale.

 

Vive le slip en chachlik mercerisé

Vive la France !

 

(Marseillaise)

 

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Petites annonces (toutes réellement de Pierre Dac !)

 

  • Vends fous à lier. Ficelle fournie.
  • Femme de ménage pieuse cherche emploi dans institution religieuse pour regarder ménage se faire tout seul par opération du Saint-Esprit.
  • A vendre : Tandem à une place pour personne seule. Les deux : 310 fr.
  • On demande deux hommes de paille, un grand et un petit pour tirage au sort.
  • Vends papier glacé pour lettres de rupture.
  • Athée récent échangerait bon Dieu vivant contre bon vieux divan
  • A vendre : Pendule à réservoir. Sert à remplir les heures creuses.
  • Souffrant insomnies, échangerais matelas de plume contre sommeil de plomb
  • Cède bombe à retardement. Très très urgent…

24/09/2016
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En Coran colère

Paris, mai 2016

 

 

 

 

Il faut que je vous avoue une chose : l’islam m’emmerde. Ca y est, c’est dit !

 

Ne criez pas … Entendons-nous bien : je n’ai rien contre mes amis du Maghreb, du Mali  ou d’ailleurs … La religion Islam m’emmerde. Et pour être complet, le catholicisme tout autant, et le judaïsme à peine moins !

 

Pouvez-vous me comprendre ? Je suis athée.

 

Il y a des chrétiens, catholiques, orthodoxes ou protestants. Il y a des juifs. Il y a des musulmans. Il existe des bouddhistes, des hindouistes, des animistes…

Il y a des jésuites, des islamologues, des théologiens, des cardinaux, des imams, des rabbins, des grands muftis, des médiums…

Il y a des musulmans féministes, des juifs antisionistes et même des chrétiens de gauche…

Il y a des monothéistes, des théistes, des déistes, des polythéistes. Il y a des panthéistes…

 

Il y a des agnostiques, des qui doutent, des qui s’interrogent, qui hésitent, des qui ne savent pas, des qui ne savent pas s’ils croient, des qui croient qu’ils savent, des qui voudraient croire…

 

Et puis il y a des athées. A.T.H.E.E.S.

 

De « a » privatif et « θεός, theós » dieu. « Personne qui ne reconnaît pas dieu ou nie l'existence de dieu ».

J’appartiens à ce groupe : en ce qui me concerne, je réponds même à la première partie de la définition : Ce n’est pas que je nie dieu ou que je sois « contre » dieu…. Je ne reconnais ni ne conçois cette pure création du cerveau humain. Exactement comme pour les fantômes, les vampires, les korrigans, la petite souris ou les extraterrestres.

 

Et encore j’ai un doute pour les extra terrestres. Et pour la petite souris.

 

Rien que le mot athée est une incohérence : «ne pas croire à  quelque chose qui n’existe pas ». Est-ce qu’on doit se définir comme a-licorne si on ne croit pas aux licornes ? Je l’affirme : je suis aussi anhydre : je ne crois pas à la mythologie grecque de l’hydre de Lerne…

 

Dois- je vraiment me définir par une double négation, qui s’annule pour devenir positive comme dirait un mathématicien ?

Je ne conçois pas dieu. C’est plutôt simple non ? Dieu n’a aucune place dans ma vision de l’univers, de la vie, de l’amour et des relations entre les gens. Son concept m’est étranger, sa nécessité un mystère et surtout, surtout… les discussions le concernant m’ennuient.

 

Quand on m’interroge sur la création de l’Univers ou le sens de la vie, je réponds : « Je ne sais pas ».

 

Je ne sais pas… c’est simple, non ?

Comme répondait un homme préhistorique quand on l’interrogeait sur le système solaire

Un homme du Moyen Age quand on l’interrogeait sur la cause de la peste

Un homme de la Renaissance quand on lui parlait d’électricité

Un homme du XIXème siècle quand on lui parlait de télévision

Un homme d’aujourd’hui quand on lui parle du vaccin anti Ebola ou des extra-terrestres.

 

Quand à la vie après la mort, puisque cela semble une autre motivation à l’ardente nécessité d’un dieu, je sais qu’elle ressemblera en tous points à la vie avant la naissance : un ensemble d’atomes désordonnés voletant dans l’air. Et oui, cette conscience peut être angoissante, mais se créer un ami imaginaire n’y changera rien. D’ailleurs, souvenez-vous que nous naissons tous athées.

Ce n’est qu’après que notre famille, ou la société, ou nos ennemis ou notre peur, nous nomment ou nous construisent croyants.

 

Je ne vois pas la nécessité de créer cette idée de dieu. Elle n’a rien à faire dans ma construction intellectuelle. Elle n’explique rien, ne justifie rien, elle ne me rassure pas…Je n’en éprouve pas le besoin.

 

Voila, je crois que cela résume tout : JE N’EN AI PAS BESOIN !

 

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Secondairement, mais secondairement uniquement, je considère cette idée de dieu comme incohérente, à la limite du cliniquement délirant, et difficilement justifiable par la raison raisonnante. Et l’un des mots qui me fait le plus rire dans la langue française est le mot de « théologie ». « Science de dieu » .L’oxymore en seul mot, ultime, encore plus parfait qu’un « socialiste de gauche »  ou que « cette obscure clarté » qui tombe des étoiles, comme chacun sait… 

 

Donc vous comprendrez que l’avis du pape sur le mariage gay ou la contraception, ou celui de la grande mosquée sur le port du voile m’intéresse autant qu’un colloque sur les apparitions des fantômes écossais au XIXème siècle ou un débat sur l’histoire du père Noël.

 

Mais comme quelqu’un a pu dire récemment : « "Dieu, je m'en fous. C'est son personnel au sol qui m'emmerde!"(1)

 

Les religions (toutes les religions) n’ont apporté au cours des siècles qu’intolérance, tortures, massacres, inquisition, croisades, exclusions, guerres, refoulement, régression, conditionnement, interdictions, tabous et névroses.

 

Depuis des années, nous luttons contre l’église catholique pour qu’elle nous lâche enfin sur le mariage obligatoire, le divorce, le port du préservatif…pour que les curés s’arrêtent enfin de donner leur avis sur tout et d’interférer à chaque instant avec nos vies quotidiennes. Nous avons voulu redevenir maitres de nos destinées et de notre morale : nous commencions à peine à entrevoir un début de calme, avec le pape et sa clique renvoyés dans leurs cellules du Vatican, à discuter du sexe des anges. On n’a vraiment pas envie de recommencer, mais s’il le faut, soyez assurés que nous serons là. Nous sommes entrainés et décidés.

 

Nous savons que vos religions et vos croyances sont solubles dans le temps qui passe, la démocratie, l’éducation, la culture et l’avancée des sciences.

 

Alors soyez gentils…. Arrêtez vos articles sur le Conseil Français du Culte Musulman ou le Collectif contre l’Islamophobie en France,  vos débats radiophoniques sur la place du voile et vos émissions sur la nourriture halal.

 

Je m’en fous. Intensément, profondément et définitivement.

 

Relisez le sens du mot laïcité : priez, agenouillez-vous, prosternez-vous, psalmodiez, chantez, discutez, argumentez mais de grâce….chez vous. Arrêtez de polluer l’air que je respire et l’intégralité des radios, journaux, livres, (sans parler de la politique) avec cette omniprésence de vos dieux polymorphes et de vos discussions stériles. Pouvez-vous comprendre ce qu’il y a d’insupportable à entendre une secte monopoliser l’attention et les débats sur la meilleure manière d’intégrer dans une société moderne des croyances en des êtres fictifs et les rites qui vont avec ?

 

Votre prosélytisme me hérisse. Est-ce que je vous agresse en portant ostensiblement un T-shirt : « DIEU EST MORT » ?  Est-ce que je hurle tous les dimanches ou 5 fois par jour urbi et orbi que « Lourdes a la même direction que le cirque Pinder(2) ? »

 

Mon athéisme est discret (bon à part ici…). Soyez-le aussi.

 

Je vous en veux de me donner cette impression de revenir 100 ans en arrière et d’avoir tout à recommencer. Je vous en veux même d’avoir à écrire un texte sur ce qui ne devrait pas être un sujet.

 

Je ne veux plus vous entendre.

 

En revanche je vous préviens, ne touchez pas :

 

à notre Liberté de vivre et d’aimer qui on veut

à notre Egalité des droits entre homme et femme

À notre Fraternité au delà de nos croyances, de notre couleur ou de notre nationalité

Ou je vous emmerde avec des études comparatives sur le choix de la meilleure race de rennes pour tirer le traineau du Père Noël.

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Bibliographie (courte !)

 

1 Twitter, @nicole_chn

2 Jean Yanne –Je vais m’en farcir quelques uns -Pensées, répliques, textes et anecdotes


22/05/2016
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Recherche bonheur désespérément

Paris, décembre 2015

Il faut imaginer Sisyphe heureux.

A.Camus

 

 

« Vous voudriez au ciel bleu croire, je le connais ce sentiment… »(1) disait le poète qui espérait  en un monde meilleur… qui n’est d’ailleurs jamais arrivé.

Mais là STOP... il va falloir arrêter, ce n’est plus raisonnable !

 

Un vendredi soir de novembre, à Paris, une petite dizaine de décérébrés gonflés de croyances moyenâgeuses et de haine de la vie ont massacré 130 jeunes au hasard. Ils sont arrivés tranquillement et ont craché dans la douceur du soir parisien un effroyable déluge de feu et d’acier. La douleur. La mort. Le sang. Les cris…

Après l’école de Toulouse, après Charlie, après l’hyper Cacher. Avant Bamako. Avant Tunis. Avant…. ?

Car, dans nos esprits, cette certitude : Ils reviendront. Demain, dans une semaine, un mois, un an…

 

Face aux armes automatiques qui mutilent et qui tuent, aux tueurs aux yeux noirs qui rechargent froidement, méthodiquement, leurs chargeurs de 30 cartouches face à ces jeunes qui pleurent et supplient , face aux kamikazes et à leur ceintures d’explosifs gorgées de boulons et de clous pour faire encore plus mal, bien sûr, nous avons réagi…

 

Nous avons défilé

Nous nous sommes recueillis

Nous avons prié

Nous avons joué du piano ou de l’accordéon

Nous avons chanté la vie en rose, la Marseillaise ou bien des cantiques

Nous avons dansé

Nous avons fait du bruit ou des minutes de silence

Nous avons allumé des bougies et déposé des fleurs

Nous avons brandi des drapeaux

Nous avons cité Hugo, Camus, Gandhi ou John Lennon

Nous avons déclamé des poèmes

Nous avons fait la fête et bu de la bière

Nous avons trinqué à la Liberté

Nous avons célébré les différences, l’amour et la paix

Je suis Charlie, Je suis Paris, Je suis Bamako

Paris est une fête,

On est fort, On continue, On est debout

Pas d’amalgame,

On ne change rien, on ne lâche rien,

Même pas mal,

Même pas peur,même pas peur…..

 

Même pas peur ??…Mais quel est ce déni, cette pitoyable rodomontade, cette fanfaronnade a deux balles ? Des scènes de guerre se déroulent dans Paris et vous dites que vous n’avez pas peur ? Moi si. J’ai peur.

 

Et ça me parait à la fois normal et salutaire. Et il faudrait mieux réaliser que si vous désirez survivre face à des tueurs déterminés, il va vous falloir avoir peur, changer votre mode de vie et que toutes vos belles actions sont d’une totale inutilité.

Les fleurs, les chansons et les poèmes sont magnifiques. Leur intérêt en face d’une AK 47 chargée ou d’une charge explosive est hélas totalement nul. Objectivement, aucune de ces belles actions n’a la moindre chance de changer le cours des choses.

J’espère que vous en êtes conscients.

 

Jeunes, vieux, religieux ou athées, de droite, de gauche, riches ou pauvres, homme ou femme…..soudain, nous voici devenus tous un peu Juifs : On nous massacre non pas seulement en raison d’une religion, d’une activité, ou d’une opinion. On nous massacre pour ce que nous sommes.

On nous massacre parce que nous sommes. Et nous ne pouvons pas ne pas être. Le piège est refermé.

 

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Il faut bien se rendre à cette évidence : Nous sommes entre deux néants, celui qui a précédé notre naissance et celui d’après notre mort. Dans cet entre-deux, la mort rode et peut frapper à chaque instant. Et elle continuera de roder encore longtemps.

Face à cet « inintégrable » par le cerveau humain, Il n’y a que trois réponses possibles : la fuite, la lutte (le combat armé) ou…. l’apprentissage du désespoir

 

-La fuite est tentante... « Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites « psychotogènes ». D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire.

Il y a peut-être une autre façon encore : fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. Dans ce monde on risque peu d’être poursuivi. On peut s’y tailler un vaste territoire gratifiant »(2)

Dans ce monde de l’imaginaire, les croyances, les bougies, les fleurs et les chansons arrêtent les balles. Emotivement stabilisant, certes, mais dramatiquement inefficace.

 

On peut aussi tenter de fuir ailleurs… Partir…Loin…

Mais la terreur est mondiale : Etats-Unis, Espagne, Indonésie, Nigéria, Tunisie, Grande-Bretagne, Turquie, France, Mali… a qui le tour ? Il n’y a plus un seul endroit qui ne soit à l’abri de la folie meurtrière.

Notre monde se rétrécit. Mes villages africains s’éloignent… Nous ne boirons plus de sitôt un thé à l’ombre des fromagers, nous ne marcherons plus sur les rives du fleuve Sénégal…

 

-Bien sûr, nous pourrions prendre les armes. Devenir une société armée, militaire et organisée. Avoir un service national et des réservistes. Vivre l’arme au pied, les pieds dans les bottes et le doigt sur la détente. Développer la culture du combat permanent… Il faut plus de bombes, plus d’avions, plus de militaires dans les rues…. Il faut envoyer des troupes au sol en Syrie…Il faut…

Mais le point commun à tous les va-t’en guerre c’est qu’ils n’y vont jamais eux-mêmes. Ils délèguent, ils organisent, ils réclament, et il faut que… Nous devrions…. Mais ils restent au bar et partent en week-end en Normandie.

Jean Moulin, en 1941, ne s’est pas contenté de prendre une bière à une terrasse de café. Et Spartacus ne s’est pas battu avec des bouquets de fleurs.

Se battre c’est faire des choix et nous manquons de courage, anesthésiés par nos années de langueur. Nos appartements sont trop pleins, nos corps et nos cerveaux trop nourris. Nous n’avons jamais eu assez faim pour avoir le désir de combattre. Nos adversaires, si.

 

-Il ne nous reste plus que le désespoir, ce « gai désespoir » dont parlait Comte-Sponville

 

Nous sommes nus en face de cet Absurde : Il n’y a aucune place pour l’espoir et probablement aucune sortie au labyrinthe :

« Ainsi dans le labyrinthe, quand il eut longtemps couru, quand il eut traversé ces milliers de salles, de couloirs, quand il se fut tellement perdu dans tous ces tours et détours, dans tous ces coins et recoins, dans toutes ces sinuosités sans nombre, d’impasse en impasse, de faux-fuyant en faux-fuyants, et toujours les mêmes portes, toujours les mêmes murs, il y eut un moment sans doute où Icare, épuisé, à bout de forces et de courage, hors de souffle et d’espérance, comprit qu’il n’y avait pas d’issue, nulle part, que sa course était vaine et folle, tous ses efforts inutiles, et tout espoir illusoire. Alors il s’arrêta. Et je devine le bruit de son souffle, et ce silence en lui comme une mort. (…)

 

Je l’imagine assis par terre, le dos contre un mur, la tête sur les genoux… Et soudain la sérénité étrange qui le saisit. L’angoisse qui s’annule à l’extrême d’elle-même. Le désespoir. » (3)

 

On peut croire que les poèmes arrêteront la folie meurtrière, que les fleurs protégeront des balles, que l’amour sauvera le monde, que clamer « Même pas peur » évitera le prochain massacre. Mais c’est une illusion et une perte de temps. Et la certitude d’une tristesse à venir plus grande encore car « la tristesse n’est jamais que la déception d’un espoir préalable »(3).

 

Nous allons d’espoir en espoir, et chaque nouvel espoir nous fait oublier l’espoir précédant déçu. « Oscillant, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui »(4) « nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre » (5)

 

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Alors ? Je te dis, ami, qu’il est urgent d’arrêter d’espérer.

 

« Commencer par l’angoisse, commencer par le désespoir : aller de l’une à l’autre. Descendre. Au bout de tout, le silence. La tranquillité du silence. La nuit qui tombe apaise les frayeurs du crépuscule. Plus de fantômes : le vide. Plus d’angoisse : le silence. Plus de trouble : le repos. Rien à craindre ; rien à espérer. Désespoir. »(3)

 

Alors nous commencerons enfin à vivre. Avec, comme une douleur, la certitude prégnante de nos deux néants, enfin apprivoisés. En n’espérant plus ni en demain, ni au ciel. En étant certain que « le bonheur n’est pas une chose, c’est une pensée. Ce n’est pas un fait, c’est une invention. Ce n’est pas un état, c’est une action. Disons le mot : le bonheur est création »(3)

 

Alors nous créerons notre bonheur. Mieux : Nous transformerons notre quotidien imparfait en bonheur. Parce qu’il n’y aura peut-être pas de demain.

 

Nietzsche disait que l’esprit naissait chameau agenouillé, puis devenait lion qui « veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert » pour finir enfant, « un renouveau et un jeu » car « celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde » (6).

 

Notre monde est perdu. Il nous faut maintenant devenir enfant désespéré pour gagner notre propre monde. « Pour qu’un jour – aujourd’hui peut- être- sans espoirs, sans regrets, la vie nous soit douce, légère lumineuse et belle, comme un rêve d’enfant heureux perdu dans le plein ciel »(3)

 

Et n’oublie pas : « Tu cesseras de craindre si tu as cessé d’espérer» (7)

 

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Bibliographie

 

  1. Aragon – J’entends, J’entends-Les poètes
  2. Henri Laborit – Eloge de la fuite
  3. André Comte-Sponville – Traité du désespoir et de la béatitude
  4. Schopenhauer - Le Monde comme Volonté et comme Représentation
  5. Pascal- Pensées
  6. Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra (Les trois métamorphoses)
  7. Hécaton (in Sénéque - Lettre 5 à Lucilius)

02/12/2015
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Misanthropie à part...

Paris, octobre 2015

 

 

"Un jour pourtant un jour viendra, couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche "(1)

 

Disait le poète…

Bon, il n’a pas précisé non plus quand ce jour viendrait. Parce que soyons francs…Ce n’est pas demain la veille. Il y a encore du boulot.

 

Pour l’instant, je ne vous aime pas.

 

A part toi,  Hypocrite lecteur, -mon semblable, - mon frère!  (2) et quelques individus qui se compteraient probablement sur les doigts d’une seule main d’un employé de scierie maladroit … je ne vous aime pas, vous dis-je.

Au mieux, les humains m’indiffèrent. Au pire, ils me révulsent. Ce monde m’insupporte. Définitivement.

Dès que je mets le nez au dehors de chez moi, ils sont déjà tous là :

 

Le 4X4 arrogant qui éclabousse le piéton de ses chromes vulgaires, l’énervé klaxonnant la bave aux lèvres ou le livreur bloquant la rue parce qu’il « travaille, lui, monsieur ».

 

Le piéton agressif qui pense que se déplacer sur ses deux pieds l’exonère à jamais du respect du code de la route et qui oscille donc entre cécité et daltonisme dès qu’il croise un feu tricolore.

 

Le vélo insolent qui s’approprie route, rues, trottoirs, chemins, persuadé que son effort physique pour se déplacer doit être récompensé par une dispense définitive du respect des stops et feux rouges ainsi que par un droit inaliénable à emprunter les sens interdits.

 

Les scooters ou les motos qui estiment qu’attendre  sagement 30 secondes derrière un véhicule, respecter les limitations de vitesse ou ne pas être en première position au feu tricolore constituerait une indignité inacceptable. Et puis je crains que le casque, en contrariant le développement de votre cerveau, ne vous empêchent de réfléchir sereinement… : Est-il vraiment indispensable de briser les oreilles de vos congénères (et aussi par la même occasion certaines glandes endocrines des éléments mâles) en traversant Paris dans un boucan d’enfer ? Vos pots apocalyptiques sont-ils réellement nécessaires à votre épanouissement personnel ?

 

Mais même immobiles, je ne vous aime pas. Comment pouvoir supporter…

 

Les vieilles filles aigries qui ressassent leurs frustrations et leurs rêves ratés en se desséchant entre leurs toutous pelés et les plantes rachitiques de leur balcon…

 

Les mères  reproductrices, la matrice en avant, dont les accouchements ont été les seules aventures et qui vous enduisent d’épisiotomies, de péridurales et de couches merdeuses dès lors qu’on leur adresse la parole…

 

Les familles « Foyers clos, portes refermées, possession jalouse du bonheur » (3) qui brisent les yeux clairs des enfants et excluent l’étranger.

 

Ces cadres médiocres préoccupés par leurs revenus en bourse, leurs stocks options, leurs primes, leurs actions, leurs placements, leurs rendements. Leur mépris de classe, leur dédain du faible, leur rejet de la différence…

 

Ces syndicats impuissants qui veulent leur part du gâteau et sont prêts pour cela à toutes les bassesses, compromissions et renoncements

 

Cette gauche qui ne rêve que de devenir riche ou puissante pour opprimer à son tour

Ces bourgeois dominateurs qui ont beaucoup trop d’argent pour leur intelligence

 

Ces religions qui excluent, stigmatisent, dénoncent, rejettent

Vos prêtres pédophiles, vos rabbins belliqueux, vos imams sanguinaires

Le sioniste extrémiste et le palestinien fanatique

 

Ces politiciens de droite frileux qui veulent garder un monde qui se meurt

Ces politiciens de gauche qui veulent leur place dans ce monde qui se meurt

 

L’extrême droite brune qui chasse le chevelu, le noir, le juif ou l’immigré

L’extrême gauche qui barbote dans ses caricatures simplistes, ses désaccords dérisoires et son antisémitisme rampant.

 

Le royaliste méprisant et le révolutionnaire sanguinaire

 

Ces hommes cavaliers, présomptueux, fats, hautains, impertinents,  impudents, insolents, méprisants, orgueilleux, outrecuidants, prétentieux, fiers et suffisants,

Ces femmes intrigantes, hypocrites, futiles, arrogantes, vénales, soumises, sournoises et intéressées,

Leur fierté dégoulinante pour le succès accidentel de l’union de leurs gonades, ces enfants tyranniques, manipulateurs, pleurnichards et morveux, qui leur autoriseront l’inutile autocollant « Bébé à bord » sur la bétaillère dominicale.(4)

 

Et passons sur tous ceux qui ne cessent de s’activer pour rien, de préférence le matin, avec des perceuses hurlantes, des scies sauteuses,  des tondeuses vrombissantes ou des souffleurs de feuilles rugissants.

 

Oh ! Combien je fais mienne cette pensée de Pierre Desproges qui disait  « Je trouve que les riches puent et je sais que les pauvres sentent, que les charcutiers sont dégueulasses et les végétariens lamentables » (5)

 

Bref, je vous hais. Alors que faire ?

 

Changer le monde ? Je n’en ai plus ni le souhait, ni la volonté, ni le courage, ni même l’espérance.

 

Je vais continuer à vivre donc. Je vais continuer à parler aux fleurs, aux pierres, aux oiseaux, aux chiens et aux chats, et aux quelques humains aux yeux tendres. Cela devrait rendre la vie possible.

"Et le plus simplement du monde il y aura

La jeunesse d’aimer et les yeux des pervenches

Des parfums plus profonds et des aubes plus blanches

Et le tendre infini dont m’entourent tes bras"

 

Disait toujours le même poète optimiste…

 

 

Et puis surtout…Je vais continuer de vous haïr.

 

 

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BIBLIOGRAPHIE

 

(1)    Louis Aragon – Le Fou d’Elsa

(2)    Charles Baudelaire – Au lecteur (Les fleurs du mal)

(3)    André Gide – Les nourritures terrestres

(4)     D’ailleurs, quelqu’un peut me dire à quoi sert cet autocollant ? Est-ce à dire que le chauffard moyen tentera avec plus d’insistance d’épargner la vie des occupants d’une voiture porteuse de ce signalement? Ou qu’il faut fait faire plus attention parce qu’il y a un petit d’homme ? Et que donc un homme, une femme, une grand-mère ou mon chat ne mérite pas les mêmes égards et peuvent donc être emboutis en toute sérénité ? Expliquez-moi !

(5)    Pierre Desproges Tribunal des flagrants délires. Réquisitoire contre François Béranger

 


12/10/2015
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Je vais me mettre en couleurs...

Paris, mai 2015

 

Depuis quelques temps, je le savais, j’étais devenu leur bête noire.

Après m’avoir mis sur liste rouge, le jeune blanc-bec qui me servait de responsable me l’a annoncé de but en blanc : j’étais licencié. Bien sûr, je n’étais pas un bleu, ni une oie blanche et je m’y attendais. Même si je connaissais bien leurs méthodes cousues de fil blanc, cela me mettait tout de même un peu de bleu à l’âme.

Sans noircir la situation, ce carton rouge me sortait prématurément du monde du travail et j’avais de quoi me faire des cheveux blancs.

 

L’actualité, en ce début d’année, n’était pas rose non plus et cela n’arrangeait rien. On ne parlait que du retour des chemises brunes, du rassemblement Bleu Marine, des migrants d’Afrique noire et des querelles des Verts. Pas de quoi voir la vie en rose, vraiment.

 

Après quelques nuits blanches passées à ressasser des idées noires, il fallait prendre une décision : que faire ? Il me suffisait d’utiliser ma matière grise, une page blanche s’étalait devant moi…

Chercher l’oubli dans des verres de petit blanc ou de gros rouge, se griser, sniffer de la blanche… bref, chercher l’oubli dans les éléphants roses ou les petits hommes verts ? Non.

 

Retrouver un travail au noir ? Je risquais fort de faire chou-blanc …

 

Non, plutôt profiter de ce temps libre. Ecouter de la musique… les Roses blanches, la Java bleue, la Vie en rose ... Brown Sugar ou Yellow Submarine….ou encore George Gershwin et sa Rhapsody in Blue…

Lire le « Rouge et le Noir » ou « Le mystère de la chambre jaune. Regarder « La Rose pourpre du Caire » ou « Le grand Bleu ».

 

Devenir cordon bleu et passer son temps en cuisine, a réaliser sauces blanches et roux blonds, salades vertes et blanc-manger, steaks au bleu et canards à l’orange ?

 

Ou bien voyager…

Partir à la campagne se mettre au vert en regardant rouge-gorges, mésanges bleues, chevaliers culblancs et goélands argentés ? Ou bien, après s’être assuré que cette situation ne me mettrait pas dans le rouge à la banque, envoyer tout le monde sur les roses et partir au bord de la grande bleue…

 Ou plutôt se fâcher tout rouge, piquer une colère noire  et brandir un drapeau rouge sur le boulevard Richard Lenoir?

 

Tout était possible. Une chose était certaine, la vie ne serait jamais grise.

 « La terre est bleue comme une orange », disait Eluard…


26/05/2015
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Enfumages

Paris, avril 2015

 

Paris est à nouveau pollué ces jours-ci …. Comme d’habitude, l’ennemi est désigné à la vindicte populaire..Haro sur la voiture !

 

L’Homo automobilus est décrit urbi et orbi comme un gros beauf dégénéré se vautrant sur les coussins luxueux de son 4X4 en asphyxiant sans vergogne les petits n’enfants et les vieillards cacochymes. Honte sur lui. Beurk.

Mais pourquoi cet individu s’obstine-t-il à user de ce moyen  de transport de prolo demeuré alors que « ma chère, le Vélib sur les quais, c’est juste divin au printemps, je ne comprends pas les gens qui se privent de ce plaisir, quôa !.. »

 

Passons brièvement sur le fait qu’une voiture est tout de même plus pratique qu’un Vélib pour amener votre voisine de 94 ans faire ses examens à l’hôpital, ou pour transporter échelle et boite à outils nécessaires aux menus travaux dont certains ont fait profession, les gueux !

L’ennemi, on vous le dit, c’est la voiture et principalement les moteurs Diesel et cela ne souffre aucune discussion. Donc après des années de promotion et de taxes réduites sur le Diesel, c’en est fini de ces engins dépassés. Exit. Kaput .Ringard. Dangereux, même.

 

Après avoir appliqué pendant des années une fiscalité réduite sur le fioul, ce qui avait conduit les animaux stupides que nous sommes à privilégier ce mode de propulsion, voici que tous nos décideurs tournent casaque en envisageant même pour certains (comme  Mâme la Maire de Paris, Anne Hidalgo) d’interdire carrément le moteur Diesel dans Paris à l’horizon 2020. Une des principales raisons évoquée pour cela : ces moteurs sont polluants. Les fameuses particules fines produites par ces moteurs (connues sous le joli nom de PM 10, pour « Particulate matter » de diamètre inférieur à 10 microns) sont dangereuses pour la santé et menace la délicate fraicheur de nos frêles poumons. C’est vrai.

 

Mais si on supprime les Diesels, aurons- nous donc enfin des levers de soleil radieux dans l’air pur et la scintillante rosée du matin ? Pas sûr, comme le montre ce schéma très officiel (issu du site de Airparif(1)) détaillant l’origine des PM10 présentes dans l’air de la capitale.

 

 

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Source : Inventaire Airparif année de référence 2012

 

 

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Que dit ce schéma ? Que 72% des émissions de PM 10 n’ont rien à voir avec les voitures.

Seuls 28% (en bleu  sur le schéma) sont émis par le trafic routier. Le chauffage des habitations en produit à peu près tout autant (26%). Bientôt, le chauffage alterné pour chaque côté de rue en cas de pic de pollution ?

La troisième cause (18%), c’est l’agriculture avec ses épandages agricoles (principalement dû à l’ammoniac). A égalité avec les chantiers et carrières, 18% également. Etonnant, non ?

 

Mieux, la part liée aux véhicules particulier diesels (que l’on désigne comme coupables) ne représente, elle, que 32% de ces 28 %. Donc au total (et vive la Mathématique !) les véhicules particuliers diesels sont responsables de 32x28 = 9% de l’ensemble des émissions des PM10.

C’est encore pire pour les bus et les cars de touristes roulant dans la capitale, première cible désignée de l’ire Hidalgienne : ces pelés, ces galeux sont responsables de 2% de ces 28% soit ….2x28 = 0.56% des PM10.

Le Diesel comme source principale de pollution ? Pour le moins douteux.

Cependant  il est vrai que la région parisienne a en effet connu un épisode de pollution sévère aux particules fines au mois de mars dernier, au cours duquel  l’interdiction de circuler pour la moitié des véhicules a été demandée (et obtenue). Pour un air plus pur ?

Penchons-nous sur les cartes décrivant la pollution sur le nord de la France ce jour-là (voir ci-dessous) : de Brest au land de Bade-Wurtemberg en Allemagne, même situation… Les diesels parisiens polluent vraiment beaucoup, non ?

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Il semblerait plus judicieux, au vu de cette carte, de se pencher sur les nombreuses usines du Nord de la France, des bords du Rhin et des pays de l’Est…

 

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Ce qui est certain, c’est que l’air parisien est pollué. Il nous faut privilégier les transports en commun.

Ben… euh… non : selon les relevés d'Airparif (encore eux), le réseau souterrain émet en moyenne trois à quatre fois plus de particules fines que l'anneau routier. Lors de mesures effectuées en juin 2009 au métro Faidherbe-Chaligny, riante station de l’Est parisien, les taux de PM10 sont en moyenne de 100 à 150 microgrammes (µg)/m3 pour les quais du métro contre environ 60 µg/m3 a l’extérieur…. 2 fois plus, donc ! (2)

Si vous regardez bien la carte ci-dessus représentant la situation de la France au 25 mars 2015 au plus fort de l’épisode de pollution, le maximum indiqué en rouge sombre/brun, représente « seulement »  60 µg/m3… je vous laisse imaginer les 150 µg du métro...qui présente donc en routine plus du double du plus fort de l’épisode de pollution du mois de mars. Allez zou, attention à la fermeture des portes.

Donc pas de métro non plus..

 

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Mais alors que faire ? Nous voilà semblables à de pauvres papillons de nuit aveuglés par ces révélations,  voletant sans but dans les bourrasques du doute et de l’indécision. Que faire ?

Heureusement, nous pouvons faire confiance à nos avisés décideurs politiques.  Tournons-nous donc vers cette élite et les solutions alternatives qu’ils proposent. Principalement le nouveau Saint Graal, le nec plus ultra, LA solution : la  voiture électrique. Voilà un mode de déplacement non polluant qu’il nous faut promouvoir et utiliser, disent-ils ! Ecoutons Anne Hidalgo et ses amis « Verts »: « les propriétaires de véhicules électriques pourront prendre les couloirs de bus et recharger gratuitement la nuit sur les bornes installées par la Ville»(3)

Elle ne dit pas encore qu’on leur offrira des bouquets de fleurs, des repas gratuits, que les routes seront tapissées de pétales de roses devant ces heureux conducteurs, et que des masseuses Thaï feront patienter pendant le rechargement des batteries, mais patience…

 

10 000 euros de bonus sont même offerts si l’on se débarrasse de son vieux véhicule Diesel.

Mais bon, puisqu’on vous dit que la voiture électrique est « propre », « écologique », « non-polluante » « zéro émission »…

A l’endroit ou circule la voiture c’est vrai. Pas de bruit, pas de fumées… un rêve ?

Pour les « NIMBistes » que sont les bobos Parisiens, certainement. Adeptes du « Not In My Back Yard », c'est-à-dire « pas dans mon jardin ».Les NIMBistes, c’est ainsi que l’on appelle dans les pays anglo-saxons «des personnes qui veulent tirer profit des avantages d'une technologie moderne, mais qui refusent de subir dans leur environnement les nuisances liées aux infrastructures nécessaires à son installation »(4) 

Je crains qu’une fois de plus, ami lecteur, on nous prenne pour un demeuré apte à gober n’importe quel conte pour enfant sans réfléchir. Car pour consommer de l’électricité, il faut tout d’abord la produire. Ben oui, cela peut paraitre stupide mais j’ai l’impression qu’il est utile de rappeler que l’électricité ne sort pas toute seule des prises de courant. Si, si. Je vous assure. J’ai des preuves.

Petit rappel à l’attention des ardents écolos bobos adeptes de la voiture électrique : en France, voici comment on produit de l’électricité (5):

 

 

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Passons rapidement sur l’électricité produite par la combustion de fioul (en jaune, 1%), où là, on sombre dans l’aberration écologique et énergétique si on l’utilise pour faire rouler une voiture: on brûle du fioul, pour produire de l’électricité qui fournira de l’énergie pour une voiture. Beaucoup plus simple et efficace sur le plan du rendement énergétique de brûler le fioul directement dans la voiture, non ?

 

Passons également pudiquement sur l’électricité produite par le charbon (3.3%, en rouge). Pas certain qu’une centrale au charbon soit l’avenir en termes de lutte contre la pollution. Parlez-en aux Chinois, dont l’électricité est produite à 75% dans des centrales au charbon responsables en 2012 de 26 % du total mondial des émissions de CO2 par combustion et dont les grandes villes sont régulièrement envahies de nuages nauséabonds.

 

Non, concentrons-nous sur le sérieux : 79.3% de l’électricité produite en France est produite par l’énergie nucléaire. Grâce à cette énergie, et selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) (dans un rapport  qui compare véhicules électriques et véhicules thermiques) la voiture électrique produit moins de gaz à effet de serre. Si elle sort de l'usine en ayant émis à peu près deux fois plus de CO2 (du fait principalement de l'extraction des métaux qui composent la batterie), la voiture électrique rattrape assez vite son retard grâce…. à une électricité nucléaire peu ou pas émettrice de gaz à effet de serre. C’est vrai. Beaucoup moins de CO2 grâce aux centrales nucléaires.  Youpi. Plus de fumées. Les petits oiseaux chantent.

 

Mais pas mal de PM 10 quand même, causées par l’abrasion des routes, des pneus et des freins. Vous vous souvenez du schéma de début d’article ? Les moteurs diesels honnis étaient responsables de 32% des émissions de PM10 liées au trafic routier. L’abrasion, elle, est responsable de 41% de ces mêmes émissions et cette valeur est la même que la voiture soit électrique, à essence ou Diesel.

 

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Et n’oublions pas surtout le principal : quelques déchets nucléaires, dont les fameux HAVL (Haute activité à vie longue), comme uranium 235, plutonium ou uranium 233, dont on ne sait pas quoi faire et qui vont nous embêter pendant les prochains 500 000 ans. Et qu’on envisage donc d’enfouir sous le sol de la Meuse, comme j’ai eu l’heur de vous le conter avec cette verve qui me caractérise dans l’article « Des lendemains radiants » disponible sur ce même blog.

Ben oui. Si je ne cite pas mes propres articles, qui le fera ? Je vous le demande.

Donc pas de pollution dans les belles rues de Paris…mais des contaminations autour des mines d’uranium (mais c’est à Arlit, au Niger, par exemple), des risques de rejets et pollution dans l’air et dans l’eau autour des centrales, (mais c’est dans les campagnes)  et production de déchets nucléaires entassés dans des sites de stockage situées en zones déshéritées très loin des centres urbains.

Passons sur l’extraction du lithium nécessaire aux batteries des véhicules électriques dans les mines d’Argentine(5) : corruption, trafic d’influence, conflits d’intérêt, pollution, épuisement des ressources en eau, exploitation de main d’œuvre non qualifiée… 

Paris rit et reste propre, l’Argentine pleure. Don’t cry for me, Argentina.

Roulez, roulez, petits bolides !

 

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Se déplacer est un phénomène physique qui demande de l’énergie. Presque toutes les énergies sont polluantes. L’essence, le fioul, le charbon, le bois, le gaz polluent. Mais faire croire qu’un Diesel neuf et bien réglé est l’ennemi à abattre au profit de la voiture électrique nucléaire est – au mieux- une incompétence. Au pire, une malhonnêteté.

Comme le disent les écologistes (enfin ceux que le nucléaire préoccupe): « la voiture électrique n’est finalement qu’un outil de communication au service du lobby nucléaire. Une pompe à fric avant d’être "zéro émission " ! Une "atomobile" qui engendrera une accentuation des pointes de la consommation très carbonée tout en justifiant le programme nucléaire et ses déchets. » (7)

 

Enfumage, dites-vous ?

 

 

 

Bibliographie

 

1 //www.airparif.asso.fr/pollution/air-et-climat

2 Campagne de mesure a la station de métro Faidherbe-Chaligny //www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/Rratp_20090701.pdf

3 Municipales de Paris - Anne Hidago mise sur la voiture électrique  //www.avem.fr/actualite-municipales-de-paris-anne-hidago-mise-sur-la-voiture-electrique-4695.html

4 //fr.wikipedia.org/wiki/Nimby

5 Information sur l'origine de l'électricité fournie par EDF //fr.edf.com/autres-pages-53295.html

6 Corruption, pollution, consommation : les ravages du lithium en Argentine //www.reporterre.net/Corruption-pollution-consommation

7 La voiture électrique… l’atomobile !  //www.sortirdunucleaire.org/La-voiture-electrique-l-atomobile

 

 

 

 

 

 

 


13/04/2015
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Dire ou Fuir : Amalgame over

Paris, février 2015

 

« Je vois ce que c’est », dit la dentiste en reposant ses outils. « C’est votre prémolaire gauche, je fais vous faire un amalgame ».

Incroyable ! En janvier 2015, quelqu’un osait et résistait encore…En ces temps troublés, je ne pensais pas trouver dans ce tranquille cabinet d’orthodontie parisien un héros moderne, capable de s’opposer au raz de marée de la pensée correcte et néanmoins unique en faisant … un amalgame.

 

Parce que l’amalgame, c’est mal. Beurk.

 

Les journaux, les télés, les radios, les commentateurs, les experts, les spécialistes, les intellectuels, les journalistes, les politiques….. Tous unis dans une frayeur de jeunes vierges effarouchées : à droite, à gauche, croyants, non croyants, jusqu’à la nausée : surtout pas d’amalgame…

Il s’est bien passé quelque chose, à Paris, en ce mois de janvier 2015 mais cela n’a « rien à voir » avec la religion. Rien du tout.

Et même… Le simple fait de dire que cela n’a rien à voir, c’est déjà trop car « se désolidariser de quelque chose, c’est aussi s’accuser » comme l’a déclaré Abdelkrim Branine (1), rédacteur en chef de la radio Beur FM.

Je vous laisse relire la phrase…. C’est bon, on peut continuer ? Non, je vois bien que vous avez « buggé »…

 

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Vous ne comprenez pas cette phrase « se désolidariser de quelque chose, c’est aussi s’accuser »? Vous pensiez bêtement que c’était l’inverse ? Que se désolidariser de personnes ayant commis des actes immondes, c’était au contraire garder sa liberté et sa fierté?

C’est normal de ne rien y comprendre. Il s’agit de ce qu’on appelle un sophisme, c'est-à-dire un argument à la logique fallacieuse. Un argument massue destiné à assommer l’adversaire.

 

En 1864, le philosophe et néanmoins allemand Arthur Schopenhauer publie un ouvrage titré « La dialectique éristique », plus connu en Français sous le titre « L'Art d'avoir toujours raison »(2).

Ben oui, c’est un peu plus vendeur comme titre. (L’éristique, ou l’art de la controverse philosophique, est l'art de réduire l'adversaire au silence…).

 

Dans cet ouvrage, Arthur établit une liste de stratagèmes permettant de l'emporter lors de toute discussion, et ceci « que l’on ait raison ou tort ». En quelque sorte un guide de la mauvaise foi… Il y cite 38 stratagèmes à utiliser dans une discussion pour avoir toujours raison, dont le dernier, dénommé « ultime stratagème » est le suivant : « Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers »…même s’il admet qu’il y a alors le risque de le risque de « déboucher sur une bagarre, un duel ou un procès en diffamation. ». Un rigolo, je vous dis, ce Schopenhauer…

 

La pensée du rédac’ chef de Beur FM est issue, elle,  du stratagème numéro 13,  que Schopenhauer nomme le "contraste engageant" : " Pour faire en sorte qu'il (votre interlocuteur)  accepte notre thèse, nous devons lui en présenter le contraire et lui laisser le choix, ayant pris soin de mettre en évidence l'aspect péjoratif de cette antithèse. L'adversaire, sous peine qu'on croit qu'il cultive l'art du paradoxe, ne pourra faire autrement que de se rallier à notre manière de penser ».

Autrement dit, il s’agit d’un « argumentum ad odium » qui « consiste à rendre odieuse les idées de l’opposant »(3), en les « connotant de façon péjorative, sans justification apportée sur le fond » (4).

 

Reprenons l’argumentaire d’A. Branine : Vous avez le choix de vous désolidariser ou non de ces massacres. Mais si vous décidez de vous en désolidariser, alors vous vous en accusez, donc vous en êtes coupables.

Que répondre à cela ?

Merci Monsieur Schopenhauer !

 

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Cette terreur de l’amalgame, qui prend l’interlocuteur pour un demeuré du bulbe incapable de discernement et de jugement réfléchi, est la dernière invention du politiquement correct qui, tout doucement, nous refuse chaque jour un peu plus le droit de nommer le réel : c’est ainsi que le concierge est devenu gardien, le balayeur agent d’entretien, voire technicien de surface... Les vieux sont des seniors. Le cancer est une longue et douloureuse maladie, les mourants sont en soin palliatifs et les suicides sont des tentatives d’autolyse. Les allocations chômage sont devenues des allocations de retour à l’emploi. Les paysans sont promus acteurs du monde rural.

L’exploitation de l’homme par l’homme est devenue une « politique libérale ».

 

Plus récemment, on ne tue plus les terroristes… on les « neutralise ».

 

Ne nommons pas la chose et elle disparaitra, croit-on … Si on se tait, le réel disparait en effet de nos consciences mais reste présent, tapi dans l’ombre. Il faut dire le réel pour qu’il ne nous dépasse pas. Si le mot fait peur, comment alors s’attaquer à ce qu’il désigne ?

 

Cyrano de Bergerac le disait déjà de belle manière (il parlait d’un baiser…):

Le mot est doux !

Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l'ose;

S'il la brûle déjà, que sera-ce la chose ?

Ne vous en faites pas un épouvantement.

 

Oser dire la réalité, c’est déjà la maîtriser.

Prenons un exemple : dire qu’un Japonais a dépecé et mangé une Hollandaise à Paris dans les années 80 est un fait. En déduire que tous les Japonais sont cannibales (ou toutes les Hollandaises comestibles) est un amalgame. Si on craint l’amalgame, et donc les réactions des Japonais, des Hollandaises, mais aussi de la Ville de Paris, voire des hommes, des femmes, des carnivores… on ne peut plus dire que « un individu en a tué un autre ». Ce n’est déjà plus tout à fait le réel…

 

Un autre exemple ? Bon, d’accord… Dire que quelqu’un est noir, jaune ou blanc, Breton ou Occitan, jeune ou âgé c’est encore dire le réel. Se sentir libre de dire d’un Sénégalais qu’il peut être aussi con qu’un Berrichon (s’il l’est vraiment !), c’est traiter à égalité tous les êtres humains.

 

Par peur du racisme et de l’amalgame, les individus n’auraient plus ni couleur, ni religion, ni sexe, ni âge ?

Dire que les extrémistes religieux, de tous bords, quel qu’ils soient, de tout temps, dans tous les pays, ont toujours rêvé de dominer, de prendre le pouvoir, de convaincre par la force et de supprimer l’hérétique c’est un fait. L’histoire des religions regorge d’exemple, de Saint Barthélemy en 11 septembre, en passant par Hébron (vous voyez, pas de jaloux…). Il faut simplement le dire, afin que tout le monde le sache et puisse s’en prémunir.

A-t-on déjà oublié que Breivik , le tueur Norvégien qui a tiré pendant plus d'une heure sur des membres de la Jeunesse travailliste réunis en camp d'été sur l'île d'Utoeya, près d'Oslo et qui a massacré 77 personnes se définissait lui-même comme un «templier » en lutte contre les périls du «multiculturalisme» et de l'« islamisation » ? Dire qu’il se définissait aussi comme fondamentaliste chrétien, est-ce stigmatiser tous les catholiques ?

 

Dire l’Inquisition n’est pas insulter Mère Térésa.

Amalgame précède Ignorance et Racisme dans le dictionnaire, mais pas seulement là…

 

En revanche, le dictionnaire, lui, n’est pas raciste. Les mots n’ont pas de papiers : Saviez-vous que abricot, baldaquin, cramoisi, fakir, mousseline, tambour, magasin, marabout…. nous viennent tous de l’arabe ?

Et tiens, à propos, « amalgame » également.

 

Il aurait été formé à partir de l’arabe amal al-gamāa « œuvre de l'union charnelle ».

Les premiers alchimistes arabes établissaient en effet une analogie entre l'union charnelle (le coït, pour faire plus simple) et la combinaison entre les métaux. Plus particulièrement le mercure étant assimilé à l’homme et l'argent à la femme, l’amalgame mercure/argent était donc synonyme d’une union charnelle, que l’on devait célébrer ainsi : Natura lætatur quando sponsus cum sponsa copulatur. C'est-à-dire « La nature se réjouit quand le fiancé s’accouple à la fiancée ».

 

Vous allez dire que je le fait exprès…. Mais ce n’est quand même pas de ma faute si une petite copulation de derrière les fagots vient -via la langue arabe- mettre un terme à une réflexion initiée par un fait religieux…..

 

Puisque la nature elle-même se réjouit de l’amalgame et puisqu’il est synonyme d’amour charnel, n’en ayons pas peur ! C’est finalement encore l’amour qui gagne.

 

Eros 1 - Thanatos 0. Fin de la première mi-temps.

 

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Et pour ne pas oublier que les mots sont importants, (re) lisons Raymond Queneau :

 

Prends ces mots dans tes mains et sens leurs pieds agiles

Et sens leur cœur qui bat comme celui du chien

Caresse donc leur poil pour qu’ils restent tranquilles

Mets-les sur tes genoux pour qu’ils ne disent rien

 

Une niche de sons devenus inutiles

Abrite des rongeurs l’ordre académicien

Rustiques on les dit mais les mots sont fragiles

Et leur mort bien souvent de trop s’essouffler vient

 

Alors on les dispose en de grands cimetières

Que les esprits fripons nomment des dictionnaires

Et les penseurs chagrins des alphadécédets

 

Mais à quoi bon pleurer sur des faits si primaires

Si simples éloquents connus élémentaires

Prends ces mots dans tes mains et vois comme ils sont faits

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

  1. //www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/13/il-faut-ecouter-ceux-qui-disent-je-ne-suis-pas-charlie_4554861_3224.html
  2. Arthur Schopenhauer : L’art d’avoir toujours raison. Editions Mille et une nuits
  3. A lire absolument, surtout si vous n’êtes pas d’accord avec l’article : « De l’argumentation à l’intimidation » de Marc Angenot sur //rheto13.ulb.ac.be/wp-content/uploads/2013/07/Intimidation2.pdf
  4. //fr.wikipedia.org/wiki/Argumentum_ad_odium

 


01/02/2015
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Des lendemains radiants...

Paris, janvier 2015

 

Je viens de recevoir ma facture EDF.

Oui, je sais, j’ai une vie passionnante, dont les fulgurances feraient pâlir d’envie les aventuriers les plus audacieux.

 

En fin de facture, on peut lire une mention en petites lettres, à peine lisible : 79,3% de l’électricité vendue par EDF est d’origine nucléaire.

Depuis les années 1970, la France a en effet fait le choix du nucléaire pour répondre à la demande d’énergie des ménages.

19 centrales, soit 58 réacteurs nucléaires  ronronnent donc  en permanence dans nos belles campagnes françaises  afin de nous permettre de nous chauffer, de préparer à manger, d’écouter de la musique et de regarder la télévision…

 

Rien que de très banal, me direz-vous…

 

Ces centrales utilisent comme source d’énergie de l’uranium et produisent des déchets dits « nucléaires ».

Parmi ceux-ci,  des déchets classés « Haute activité à vie longue » (HA-VL en abrégé).

Oh, les centrales ne produisent pas beaucoup de ces déchets : 1,1 g/an et par habitant, soit environ 70 tonnes par an tout de même pour toute la France.

Afin de pouvoir manipuler plus facilement ces produits, on est obligé de les vitrifier (c'est-à-dire de les mélanger à du verre fondu et de les couler dans des récipients en acier). Là, on passe à de 3 à 5 g/an/habitant et donc à 210 à 350 tonnes par an. C’est tout de même environ l’équivalent d’une dizaine de gros semi -remorques.

 

Ces déchets ont un niveau de radioactivité très élevé (c’est pourquoi ils sont appelés à  « haute activité ou HA) : plusieurs centaines de milliards de Becquerels (ou désintégration par seconde) par gramme de déchet. A titre de comparaison, un caillou de granite (une des pierres les plus radioactives naturellement) « crache » seulement quelques milliers de Becquerel par kilo.

 

Ces déchets sont constitués de différents éléments chimiques, dont certains restent radio actifs pendant très longtemps (et c’est pour cela qu’ils sont dits à « Vie longue » ou VL).

Et quand on dit très longtemps, ce n’est pas une façon de parler : le Chlore 36, présent dans ces déchets a une période (ou demi-vie) de 300 000 ans. C'est-à-dire qu’après 300 000 ans, il reste encore la moitié de la radioactivité qu’il y avait au début. C'est-à-dire encore énormément, si on considère la centaine de milliards de Becquerel du début.  Encore 300 000 ans, et il ne restera plus que la moitié de cette moitié… et ainsi de suite.

 

Cela risque donc de durer un peu…

 

Présents aussi dans ces déchets différents éléments à demi vie-longue, comme le technétium 99 (211 000 ans), le sélénium 79 (295 000 ans), l’étain 126 (100 000 ans), le zirconium 93 (1,5 million d’années), le césium 135 (3 millions d’années), l’iode 129 (15,7 millions d’années), et le palladium 107 (18 millions d’années).

Un peu encombrants et dangereux, ces déchets, donc….. Alors l’homme (qui est très intelligent, rappelons-le) a imaginé une solution : c’est le projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique).

Comme il est affirmé très sérieusement sur le site officiel du projet (www.cigeo.com),  les déchets, après vitrification, « seront stockés dans des installations souterraines, situées à environ 500 mètres de profondeur, dans une couche de roche argileuse imperméable choisie pour ses propriétés de confinement sur de très longues échelles de temps. »… « Le principe du stockage profond a été retenu par la loi de 2006, après 15 ans de recherche, leur évaluation et un débat public, comme seule solution sûre à long terme pour gérer ce type de déchets sans en reporter la charge sur les générations futures. ».

 

Fermez le ban ! Puisqu’on vous dit que l’on fait cela pour les générations futures.

 

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Résumons donc  ce projet : entreposer, à 500 mètres sous le sol du doux village de Bure (en Lorraine) et sur une surface de 15 à 25 km2, plusieurs centaines de milliers de m3 de conteneurs bourrés de déchets radioactifs. L’enfouissement est prévu pour débuter en 2025, puis pour se poursuivre pendant une centaine d’année avant que l’on referme à tout jamais ce « tombeau ». Sous la terre, ces déchets continueront à être dangereux pendant plusieurs centaines de milliers, des millions d’années.

 

Les questions qui se posent sont les suivantes : si la terre existe encore dans 300 000 ans, comment communiquer avec ses habitants d’alors et les prévenir du danger ? Et tout d’abord, qui seront ces habitants ? Est-ce que ce sera encore l’homme l’espèce la plus développée ? Ou bien le poulpe,  ou un singe ?

 

Et si ce sont encore les hommes qui dominent, à quoi ressembleront ces humains qui naitront en l’an de grâce 302 015 ? Auront-ils encore des yeux ? Des oreilles ?

 

Pour compliquer encore un peu la communication avec ces lointains descendants, il y a de grandes chances que cette immense zone de stockage soit le seul témoin restant de notre civilisation et que l’opéra Bastille ou le centre Beaubourg n’ait pas résisté aussi longtemps... Ils commencent déjà à tomber en pièces.

Nos livres, nos ordinateurs, nos films, notre culture, notre écriture, notre langue… Tout cela aura disparu depuis longtemps.

Ce tas de déchets sera sans doute la seule relation que nous aurons avec nos successeurs.

 

Comment se faire comprendre des gens qui nous succéderons dans… trois mille siècles ?

 

A ce stade de la réflexion, et à ce niveau d’échelle du temps, je vois bien que votre petite tête tourne. Il est difficile d’imaginer ce que représentent plusieurs centaines de milliers d’années à l’échelle de la terre. Alors j’ai créé ce petit tableau pour vous aider (non, ne me remerciez pas !)

 

 

-4500 millions d’années

Age de la terre

-3500 à -3800 millions d’années

Apparition de la vie (bactérie)

-200 millions d’années

Apparition des mammifères

-65 millions d’années

Premiers primates

-2,9 à – 2,5 millions d’années

Apparition du genre « Homo »

-250 000 ans à -200 000 ans

Apparition d’Homo Sapiens

-30 000 ans

Disparition de l’homme de Neandertal

-12 000 ans

Fin du paléolithique .Disparition des mammouths

-5500 ans (3500 avant J-C)

Plus anciennes civilisations connues : Egypte et Mésopotamie. Invention de l’écriture en Mésopotamie

-4600 ans (2600 avant J-C)

Civilisation de l’Indus. Ecriture existante, mais non déchiffrée à ce jour

-2768 ( 753 avant J-C)

Fondation de Rome

880 après J-C

Ecriture de ce qui est considéré comme le  premier texte poétique écrit en langue d'oïl alors nommé roman : La Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie.

 

Que retenir de ce tableau ?

Il y a 300 000 ans, l’homme (Homo Sapiens) n’existait pas. Les plus anciennes civilisations connues ont un peu plus de 5000 ans et il nous est très difficile de les comprendre…

Vous comprendriez, vous, une inscription en écriture hiéroglyphique qui vous signale un danger? Vous savez ce qui est écrit sur l’obélisque de la place de la Concorde ?

Et encore, grâce à notre ami Champollion, on comprend l’écriture Egyptienne. En revanche, on ne sait toujours pas décrypter l’écriture utilisée par la civilisation de l’Indus, qui n’a pourtant que 4600 ans. Les experts discutent même encore entre eux pour savoir s’il s’agissait réellement d’une langue…

 

Pire : A moins d’être un expert, on ne comprend rien à un texte poétique écrit en l’an 800 de notre ère (soit il y a juste 1200 ans). Vous en doutez ? Voici donc, pour votre plaisir et à la demande générale, un extrait de la Cantilène de Sainte-Eulalie, le tube de l’époque :

Buona pulcella fut Eulalia
Bel avret corps, bellezour anima
Voldrent la veintre li Deo inimi
Voldrent la faire diaule servir.

 

Ce qui veut dire en Français:

 

Bonne pucelle fut Eulalie.

Beau avait le corps, belle l'âme.

Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,

Voulurent la faire diable servir.

 

Pas lumineux, lumineux, non ?

Soyons large : les plus anciennes traces de constructions humaines remontent à 10 000 ans. Au-delà on ne sait que très peu de choses.

Comment prévenir nos descendants de l’immense danger qui est caché sous terre ?

 

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Du 15 ou 17 septembre dernier a été organisée à Verdun une conférence dénommée « Constructing Memory » présentée comme : « An International  Conference and Debate on the Preservation of Records, Knowledge and Memory of Radioactive Waste Across Generations ».

Ce que l’on peut traduire par « Conférence-débat internationale sur la préservation des documents, des connaissances et de la mémoire des déchets radioactifs génération après génération ».(1)

 

Les participants à cette conférence ont réfléchi –entre autres – sur les deux questions suivantes : quelle langue doit-on utiliser  pour prévenir nos descendants du risque que représente ce stockage et sur quel support doit-on graver ce message?

 

Le support, tout d’abord… en dignes enfants du XXIème siècle, on pense bien évidemment tout d’abord à l’informatique. Mais ni IBM, ni Bull, qui ont été contactés, n’ont été capables de répondre à l’appel d’offre : ils ne pouvaient pas  démontrer qu’ils seraient encore capables de lire dans 500 ans un support gravé aujourd’hui.

 

Ce qui, personnellement, ne m’étonne pas. Je suis beaucoup plus jeune que l’homme de Neandertal, (bah, si, quand même !...) et mes débuts dans l’informatique ont connu le floppy disk 5 pouces ¼ dont même le nom ne dit plus rien à la majorité des lecteurs de cet article. C’était il y a trente ans. Plus aucun ordinateur moderne n’est capable de lire ce support aujourd’hui.

De la même manière, je suis certain qu’il vous reste chez vous quelques disquettes 3 pouces que vous ne pouvez plus lire. Même chose pour vos cassette vidéos VHS, ou même bientôt pour vos DVD, remplacés par des Blue-rays…. En attendant la prochaine génération qui ne manquera pas à son tour de remplacer tout cela dans quelques années.

 

On a donc dû interroger les Archives Nationales, qui conservent des documents depuis plus de mille ans. Leur conseil ? Le papier ordinaire se détériore en quelques dizaines d’années. Le papier permanent (un papier spécial) « devrait être stable sur plusieurs siècles sous réserve de le manier avec précaution et de le conserver dans des lieux adaptés ». 

Le parchemin ou le papyrus sont les supports les plus stables à leur connaissance, du moins beaucoup plus stable que le papier… Au moins pour un millénaire. Après….

 

Dans quelle langue ensuite faire passer le message ?

Selon le linguiste français Claude Hagège (2) « il meurt environ 25 langues chaque année … Dans cent ans, si rien ne change, la moitié de ces langues seront mortes. À la fin du XXIe siècle, il devrait donc en rester 2 500 environ, et sans doute beaucoup moins encore si l’on tient compte d’une accélération, fort possible, du rythme de disparition».

Que sera devenu le français en l’an 300 000 ?  Est-ce que même l’anglais ou le chinois existeront encore ?

 

Les linguistes consultés préconisent…. Le latin et le grec ancien !  Etant des langues mortes, elles sont donc figées et ont peu de chances de se modifier dans le futur. Reste à savoir si elles seront encore enseignées…Combien reste-t-il de latinistes ou d’hellénistes dans nos lycées de France aujourd’hui ?

 

Il est à craindre qu’un message d’avertissement calligraphié en grec ancien et placardé dans un lycée de banlieue de nos jours ne suscite qu’un « Zarma ! sur la vie d’ma mère, t’as vu l’graph ?, il est grave chelou…»

 

Donc résumons-nous : le meilleur moyen pour prévenir les générations futures de ce monstrueux danger atomique mortel qui va nous menacer sous terre pendant plusieurs centaines de milliers d’années est un parchemin écrit en grec ancien.

 

Voilà, voilà….je vous souhaite une bonne nuit.

 

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Ah non, j’oubliais…Afin de finir de vous rassurer, voici une interview du grand spécialiste, Patrick Charton, responsable du département développement durable de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) . En quelque sorte, le « Monsieur Mémoire » de cette vénérable institution.

Cette interview est parue sur le site www.novethic.com et il y explique comment il rigole bien avec ses copains étrangers en imaginant notre communication avec le futur.

Si vous lisez entre les lignes, vous verrez surtout…. qu’ils n’en ont, en fait, aucune idée.

 

« La radioactivité des déchets nucléaires dépasse souvent les cinq cent ans. Comment faire pour assurer une mémoire sur un très long terme ?

 

C'est aussi l'objet de travaux de recherche que nous menons à l'Andra. Pour cela, nous travaillons avec des homologues étrangers, car il faut créer une réflexion globale sur le sujet. Chacun y va de ses idées.

Par exemple, les anglo-saxons et les américains travaillent sur des marqueurs de surface, un peu à la manière des mégalithes présents depuis des siècles. Mais la difficulté est souvent d'en comprendre le sens : regardez le mystère qui entoure les statues de l'Île de Pâques ! (note de l’auteur du blog : qui ont été édifiées il y a moins de deux mille ans…)

Les américains envisagent de graver un message en plusieurs langues, dont le français, pour accroître les chances de transmission. Mais comment garantir la pérennité d'une langue à l'échelle du millénaire ?

 Donc ils travaillent également à l'élaboration de sigles significatifs, pour faire apparaître la dangerosité d'une intrusion intempestive sur le site. Là encore se pose le problème fondamental du sens : comment être sûr de ne pas inciter à pénétrer le site par curiosité ? Laisser une trace c'est avant tout signifier la présence de quelque chose qui peut s'avérer intrigant...

De leur côté, les japonais envisagent d'autres types de marqueurs. Notamment un marquage au laser sur un matériau très résistant qu'ils entreposeraient dans un lieu sacré. Il existe en effet un temple qui, depuis plus de mille ans, est détruit et reconstruit à l'identique tous les vingt-cinq ans. On réalise ici l'impact de la tradition culturelle dans la transmission du savoir.

 

Quelles sont les propositions françaises en la matière ?

 

Pour ma part, je pense qu'il faudra inévitablement combiner plusieurs des solutions avancées. Un sociologue proposait par exemple de créer un ouvrage d'art dont les populations seront tellement fières qu'elles ne le laisseront jamais disparaître. Je trouve l'idée plutôt séduisante. De toute façon, il faudra sortir du seul monde de l'ingénieur, se tourner vers les civilisations passées pour étudier la façon dont leur culture nous est parvenue. On fera appel à des archéologues, des historiens, des anthropologues. Mais on a tout le temps pour y réfléchir : la fermeture des centres de stockage n'est pas prévue pour demain. »

 

Quelqu’un a crié « Au fou » ?

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

  1. 1.       https://www.oecd-nea.org/rwm/rkm/verdun2014/
  2. 2.       Claude Hagège : Halte à la mort des langues –Editions Odile Jacob

 


19/01/2015
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