Les étoiles dans le caniveau

Les étoiles dans le caniveau

Je vais me mettre en couleurs...

Paris, mai 2015

 

Depuis quelques temps, je le savais, j’étais devenu leur bête noire.

Après m’avoir mis sur liste rouge, le jeune blanc-bec qui me servait de responsable me l’a annoncé de but en blanc : j’étais licencié. Bien sûr, je n’étais pas un bleu, ni une oie blanche et je m’y attendais. Même si je connaissais bien leurs méthodes cousues de fil blanc, cela me mettait tout de même un peu de bleu à l’âme.

Sans noircir la situation, ce carton rouge me sortait prématurément du monde du travail et j’avais de quoi me faire des cheveux blancs.

 

L’actualité, en ce début d’année, n’était pas rose non plus et cela n’arrangeait rien. On ne parlait que du retour des chemises brunes, du rassemblement Bleu Marine, des migrants d’Afrique noire et des querelles des Verts. Pas de quoi voir la vie en rose, vraiment.

 

Après quelques nuits blanches passées à ressasser des idées noires, il fallait prendre une décision : que faire ? Il me suffisait d’utiliser ma matière grise, une page blanche s’étalait devant moi…

Chercher l’oubli dans des verres de petit blanc ou de gros rouge, se griser, sniffer de la blanche… bref, chercher l’oubli dans les éléphants roses ou les petits hommes verts ? Non.

 

Retrouver un travail au noir ? Je risquais fort de faire chou-blanc …

 

Non, plutôt profiter de ce temps libre. Ecouter de la musique… les Roses blanches, la Java bleue, la Vie en rose ... Brown Sugar ou Yellow Submarine….ou encore George Gershwin et sa Rhapsody in Blue…

Lire le « Rouge et le Noir » ou « Le mystère de la chambre jaune. Regarder « La Rose pourpre du Caire » ou « Le grand Bleu ».

 

Devenir cordon bleu et passer son temps en cuisine, a réaliser sauces blanches et roux blonds, salades vertes et blanc-manger, steaks au bleu et canards à l’orange ?

 

Ou bien voyager…

Partir à la campagne se mettre au vert en regardant rouge-gorges, mésanges bleues, chevaliers culblancs et goélands argentés ? Ou bien, après s’être assuré que cette situation ne me mettrait pas dans le rouge à la banque, envoyer tout le monde sur les roses et partir au bord de la grande bleue…

 Ou plutôt se fâcher tout rouge, piquer une colère noire  et brandir un drapeau rouge sur le boulevard Richard Lenoir?

 

Tout était possible. Une chose était certaine, la vie ne serait jamais grise.

 « La terre est bleue comme une orange », disait Eluard…



26/05/2015
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 25 autres membres